‹ Institution de la religion chrestienneChapitre 279 sur 335 · LE SIXIÈME COMMANDEMENT · texte numérisé non relu

LE SIXIÈME COMMANDEMENT

Tu n'occiras point.

La fin est, d'autant que Dieu a conjoinct en unité tout le genre humain, que le salut et la conservation de tons doit estre en recommandation à un chacun.

Parquoy en somme, toute violence et injure et nuisance, par laquelle le corps de nostre prochain est blessé, nous est interdite. De là nous faut venir au commandement : c'est que si nous pouvons quelque chose pour conserver la vie de nostre prochain, il nous y faut' fidèlement employer tant en procurant les choses qui y apparlienent, qu'en obviant à tout ce qui y est contraire : pareillement s'ils sont en quelque danger ou perplexité, de leur aider et subvenir. Or s'il nous souvient que Dieu est le Législateur qui parle en cesl endroict, il faut penser qu'il donne ceste reigle à nostre âme : car ce seroit chose ridicule que celuy qui contemple les pensées du cœur, et s'arreste principalement à icelles, n'instruisist à vraye justice q ,e nostre corps : parquoy l'homicide du cœur est yci défendu, et; nous est commandée l'affection intérieure de conserver la vie de nostre prochain. Car combien que la main enfante l'homicide, toulesfois le cœur le conçoit, quand il est entaché d'ire et de haine Regarde si tu te peux courroucera ton frère, que tu n'appètes de luy nuire.: si tu ne le peux courroucer, aussi ne le peux-tu havrque tu n'ayes ce mesme dé ir, veu que haine n'est qu'ire enracinée , combien que tu dissimules et tasches par couvertures obliques d'eschapper, il est certain que haine et ire ne peuvent estre sans cupi- i dite de mal faire. Si lu veux encores tergiverser, desjà il a esté prononcé par le sainct Esprit, que tout homme qui hait son frère en son cœur, est homicide. Il est prononcé par la bouche de Christ, que celuy qui hait son frère, est cdulpable de jugement : qui monstre signe de cour-

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roux, est coulpable d'estre condamné par tout le Consistoire: quiconquesluy dit injure, est coulpable de la géhenne du feu1. 40 L'Eseriture note deux raisons, sur lesquelles est fondé ce précepte : c'est que l'homme est image de Dieu : puis aussi est nostre chair. Pourtant si nous ne voulons violer l'image de Dieu , nous ne devons faire aucune offense à noslre prochain : et si nous ne voulons renoncer toute humanité, nous le devons entretenir

» comme nostre propre chair. L'exhortation qui se peut tirer pour cela du bénéfice de la rédemption de Christ, sera trailtée ailleurs : mais le Seigneur a voulu que nous considérions naturellement ces deux choses jà dites en l'homme, lesquelles nous induisent, à luy bien faire: c'est qu'en un chacun nous révérions son

' image, laquelle y est imprimée : et aimions nostre propre chair. Parquoy celuy qui s'est abstenu d'effusion de sang, n'est pas pourtant innocent du crime d'homicide. Car quiconque ou commet par œuvre, ou s'efforce et estudie, ou conçoit en son cœur aucune chose contraire au bien de son prochain, est tenu de Dieu pour homicide. D'autre part, sinon que nous nous employons selon nostre faculté et l'occasion qui nous sera donnée , à bien

f faire à nostre prochain, par telle cruauté nous transgressons ce -précepte. Or si le Seigneur se soucie tant du sa'ul corporel d'un chacun , de cela nous pouvons en-

i tendre combien il nous oblige à procurer le salut des âmes, lesquelles sont sans comparaison plus précieuses devant luy.

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