LE SEPTIÈME COMMANDEMENT
Tu ne paillarderas point.
La fin est, pource que Dieu aime pureté et chasteté, que toute immondicité doit eslre loin de nous. La somme donc sera, que nous ne soyons entachez d'aucune souilleure,ou intempérance de la chair. A quoy respond le précepte affirmatif : c'est que nostre vie en toutes ses parties soit reiglée à chasteté et continence. Or il défend nommément paillardise, à laquelle tend toute incontinence : atin que par la
1) 1 Jean III, 15; Mattlt. V, 22.
turpitude et déshonnesteté qui e~\ en paillardise plus apparente et plus énorme, entant qu'elle déshonore nostre corps, il nous rende toute incontineneeabominable:
pource que l'homme a esté créé à ceste condition de ne vivre point solitaire, mais avoir une semblable à soy : d'avantage , que par la malédiction du péché il a esté encore plus assujéti à ceste nécessité : d'autant qu'il estoit expédient , le Seigneur nous a donné remède en cest endroict , en instituant le mariage : lequel après l'avoir ordonné de son aulhorité, l'a sanctitié de sa bénédiction. Dont il appert que toute compagnie d'homme et de femme hors mariage est maudite devant luy : et que la compagnie de mariage nous est donnée pour remède de nostre nécessité, alin que nous ne laschions la bride à nostre concupiscence. Ne nous flattons point doneques , quand nous oyons que l'homme ne peut cohabiter avec la femme hors mariage, sans la ma-' lédiclion de Dieu.
42 Or comme ainsi soit que nous ayons doublement meslier de ce remède:
asçavoir tant pour la condition de nostre première nature, que pour le vice qui y est survenu, et que de cela nul ne soit excepté, sinon celuy à qui Dieu a fait parculièrement grâce qu'un chacun regarde bien ce qui luy est donné. Je confesse bien que virginité est une vertu qui n'est pas à mespriser : mais d'aulant qu'elle n'est pas donnée à chacun, et aux autres elle n'est donnée que pour un temps, ceux qui sont tourmentez d'incontinence, et ne la peuvent surmonter, doyvent recourir au remède de mariage, afin de garder chasteté selon le degré de leur vocation. Car si ceux qui n'ont point receu un tel don (j'enten de continence) ne subvienent à leur fragilité par le remède qui leur est offert et permis de Dieu, ils résistent à Dieu et à son ordonnance. Et ne faut que quelqu'un objecte yci ce qu'ont accoustumé plusieurs de faire , que par l'aide de Dieu il pourra toutes choses : car ceste aide n'est point donnée sinon à ceux qui cheminent en leurs voyes, c'est-à-dire en leur vocation : de laquelle se destournent tous ceux qui en délaissant les moyens que Dieu leur