LIVRE IL CHAPITRE IX
qui est commandé, mais qui est celuy qui commande : car il n'y a si petite transgression, en laquelle on ne dérogue à son authorilé. Est-ce peu de chose , à leur opinion, que la majesté de Dieu soit violée en quelque endroict ? D'avantage, si le Seigneur a déduire en la Loy sa volonté, tout ce qui contrevient à la Loy lui desplaist. Et pensent-ils que l'ire de Dieu soit si foible et désarmée, que la vengence ne s'en ensuyve incontinent ? Et de faiet il l'a assez déclairé, s'ils se pouvoyent ranger à escouter sa voix, plustost que par leurs subtilitez frivoles obscurcir sa vérité : L'âme, dit-il, laquelle aura péché, mourra de mort1. Item ce que j'ay n'aguères allégué desainct Paul, Le Loyer de péché c'est mort2. Ceux-ci
confessans concupiscence estre péché, pource qu'ils ne le peuvent nier, maintienent toutesfois que ce n'est point péché mortel. Puis qu'ils ont si longuement tenu bon en leur folie, pour le moins qu'ils s'amendent maintenant : que s'ils veulent tousjours persévérer en leurs resveries, que les enfans de Dieu les laissent là, et recognoissent que tout péché est mortel : veu que c'est rébellion contre la volonté de Dieu, laquelle nécessairement provoque son ire : veu que c'est transgression de la Loy, sur laquelle e6t dénoncée la mort éternelle sans exception aucune. Touchant des péchés que commettent les saincts et fidèles, ils sont bien véniels : mais c'est de la miséricorde de Dieu, et non point de leur nature.