‹ Institution de la religion chrestienneChapitre 292 sur 335 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

De la similitude du Vieil et Nouveau Testament.

1 1l peut desjà estre notoire par ce que nous avons déduit, que tous ceux que Dieu a voulu adopter dés le commencement du monde en la compagnie de son peuple, ont esté par mesme raison alliez avec luy, estant conjoincls d'un mesme lien de doctrine que celle que nous avons : mais pource qu'il est bien requis que cest article soit confermé, j'adjousteray comme par forme d'accessoire, comment c'est que les Pères ont esté parti ci pans d'un mesme héritage avec nous, et ont espéré un salut commun par la grâce d'un mesme Médiateur. Et toutesfois qu'en telle société leur condition a esté diverse. Or combien que les tesmoignages que nous avons cueillis de la Loy et des Prophètes suffisent à prouver qu'il n'y a jamais eu au peuple de Dieu autre reigle de piété et de religion que celle que nous tenons, toutesfois pource que souvent il est parlé es Docteurs anciens de la diversité du Vieil et du Nouveau Testament d'une façon rude et aspre, et qui pourroit engendrer scrupule à ceux qui ne sont pas trop aigus, il m'a semblé advis bon de faire un traitté particulier pour mieux discuter ceste matière. D'avantage, ce qui autrement estoit trèsutile, nous est nécessaire à cause de l'importunité tant de ce monstre Servet, que d'aucuns Anabaptistes, lesquels n'ont autre estime du peuple d'Israël que comme d'un troupeau de pourceaux : veu qu'ils pensent que nostre Seigneur l'ait voulu seulement engraisser en terre comme en une auge, sans espérance aucune de l'immortalité céleste. Pourtant afin de retirer tous fidèles de cest erreur pestilent, pareillement de délivrer les simples personnes de toutes difficultez lesquelles vienent en l'entendement, quand il est fait mention de quelque diversité entre le Vieil et Nouveau Testament, regardons briefvement que c'est qu'ont de semblable ou divers l'alliance

que le Seigneur a faite devant Padvénement de Christ, avec le peuple d'Israël, et celle qu'il a faite avec nous après l'avoir manifesté en chair.

2 Or l'un et l'autre se peuvent despescher en un mot : c'est que l'alliance faite avec les Pères anciens, en sa substance et vérité est si semblable à la nostre, qu'on la peut dire une mesme avec icelle. Seulement elle diffère en l'ordre d'estre dispensée. Mais pource que d'une telle briefveté nul ne pourroit concevoir certaine intelligence, il faut poursuyvre cela plus amplement si nous voulons proufiter quelque chose. En expliquant la similitude, ou plustost l'unité d'icelles, il seroit superflu de traitter derechef au long toutes les parties que nous avons desjà despeschées: et de mesler ce qu'il faudra déduire ailleurs, il ne viendroit pas à propos. Il nous faudra donc yci arrester en trois articles. Premièrement, que le Seigneur n'a point proposé aux Juifs une félicité ou opulence terrienne, comme un but auquel ils deussent aspirer : mais qu'il les a adoptez en espérance d'immortalité, et leur a révélé et testifié ceste adoption, tant par visions qu'en sa Loy et en ses prophètes. Secondement, que l'alliance par laquelle ils ont esté conjoincts avec Dieu n'a pas esté fondée sur leurs mérites, mais sur la seule miséricorde d'iceluy. Tiercement, qu'ils ont eu et cognu Christ pour Médiateur, par lequel ils estoyent conjoincts à Dieu, et estoyent faits participans de ses promesses. Le second, pource qu'il n'a pas encores esté assez esclarci, sera plus amplement démonstré en son lieu. Car nous prouverons par beaucoup de certains tesmoignages des Prophètes, que tout ce que le Seigneur a fait ou promis jamais de bien à son peuple, est provenu de sa pure bonté et clémence. Le troisième, nous l'avons aussi démonstré çà et là assez facilement : mesmes nous

avons aucunement touché le premier en passant.

3 Mais pource que cestuy-ei appartient de plus près à la cause présente et qu'il y en a plus de débat et de controversies, il nous faut mettre plus grande diligence à l'expliquer : néantmoins il nous y faut arrester en telle sorte, que s'il y a quelque chose qui défaille encores à la droite exposition des autres, nous les despeschions briefvement selon que l'opportunité le portera. L'Apostre certes nous oste toute doute des trois, quand il dit que le Seigneur avoit long temps au paravant promis l'Evangile de Jésus-Christ par les Prophètes en ses sainctes Escritures, lequel il a publié maintenant au temps qu'il avoit déterminé. Item que la justice de foy, laquelle est enseignée en l'Evangile, a esté testiflée en la Loy et par les Prophètes1. Certes, l'Evangile ne relient point les cœurs des hommes en une joye de la vie présente, mais les eslève à l'espérance d'immortalité : et ne les attache point aux délices terriennes, mais démonstrant l'espérance laquelle leur est préparée au ciel, les transporte enhaut. Car à cela nous mcine la définition qu'il en met en un autre lieu : Depuis, dit-il, que vous avezcreu à l'Evangile, vous avez esté marquez du sainct Esprit, lequel est arre de nostre héritage, etc. Item, Nous avons entendu de vostre foy en Christ, et de vostre charité envers les tidèles, à cause de l'espérance que vous avez au ciel, laquelle vous a esté annoncée par la doctrine de l'Evangile. Item, Le Seigneur nous a appelez par son Evangile en participation de la gloire de nostre Seigneur Jésus-Christ 2. De là vient aussi qu'il est appelé Doctrine de salut, Puissance de Dieu pour sauver tous croyans, et Royaume des deux3. Or, si la doctrine de l'Evangile est spirituelle, et nous donne entrée en la vie incorruptible, ne pensons pas que ceux ausquels l'Evangile a esté promis et presché, se soyent amusez comme bestes brutes à prendre leurs voluptés corporelles, ne se soucians de leurs âmes*. Et

l)Bom.I, 2; III, î|.

2) Ephés. 1, 13 ; Col. I, 4 ; 8 Thess. II, 14.

3)Ephés. I, 13; Rom. I, 16. *)LiicIX, 62.

ne faut point que quelqu'un caville yci que les promesses lesquelles Dieu avoit anciennement données de l'Evangile par ses Prophètes, ont esté destinées au peuple du Nouveau Testament. Car l'Apostre, un peu après avoir mis ceste sentence, que l'Evangile a esté promis en la Loy, adjouste pareillement, que tout ce que la Loy contient s'addresse proprement à ceux qui sont sous la Loy1. Je confesse bien que c'est à autre propos : mais il n'estoit pas tant oublieux, qu'en disant que tout ce que la Loy enseigne appartient aux Juifs, il ne pensast à ce qu'il avoit dit au paravant, touchant de l'Evangile promis en la Loy. Il démonstre donc clairement en ce passage, que le Vieil Testament regardoit principalement à la vie future : veu qu'il dit que les promesses de l'Evangile y sont comprinses.

4 Par une mesme raison il s'ensuit qu'il consistoit en la miséricorde gratuite de Dieu, et avoit sa fermeté en Christ. Car la prédication évangélique ne chante autre chose, sinon que les povres pécheurs sont justifiez par la clémence paternelle de Dieu, sans l'avoir mérité. Et toute la somme d'icelle est comprinse en Jésus- Christ. Qui osera donc priver les Juifs de Christ, ausquels nous oyons l'alliance de l'Evangile avoir esté faite, de laquelle le fondement unique est Christ? Qui est-ce qui les osera estranger de l'espérance de salut gratuit, veu que nous oyons que la doctrine de foy leur a esté administrée, laquelle nous apporte justice gratuite? Et afin de ne faire long débat d'une chose trop claire, nous avons pour cela une sentence notable du Seigneur Jésus : Abraham, dit-il , a esté esmeu d'un grand désir de veoir mon jour : il l'a veu, et s'en est resjouy 2. Ce qui est là dit d'Abraham , l'Apostre monstre avoir esté universel en tout le peuple fidèle, quand il dit que Christ a esté hier et aujourd'huy, et sera éternellement 3. Car il ne parle pas seulement de la divinité éternelle de Christ, mais de la cognoissance de sa vertu : laquelle a esté toujours manifestée aux fidèles. Pourtant la vierge Marie et Zacharie en leurs Can-

1) Rom. III, 19.

3) Héh. XIII, 8.

2) Jean VIII, 56.

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