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LIVRE Iï, CHAPITRE. XI

vraye affection de cœur, estoit si petit au pris, qu'il n'y a point de comparaison ; combien qu'à la vérité si on regarde le peuple d'Israël sans considérer l'Eglise chrestienne, il y a eu lors beaucoup de vrais fidèles.

9 La quatrième différence dépend et sort de la tierce : car l'Escriture appelle le Vieil Testament, Alliance de servitude, pource qu'il engendre crainte et terreur aux cœurs des hommes : le Nouveau, de liberté, pource qu'il les conferme en seureté et tiance. En ceste manière parle sainct Paul en l'Epistre aux Romains, disant, Vous n'avez point receu derechef l'Esprit de servitude en crainte : mais l'Esprit d'adoption par lequel nous crions Abba, Père l. C'est aussi ce que veut signifier l'aulheur de l'épistre aux Hébrieux quand il dit que les fidèles ne sont point venus maintenant à la montagne visible de Sinaï, où on ne voye que feu, tonnerres, tempestes, esclairs : comme le peuple d'Israël n'y voyoit rien qui ne luy causast horreur et estonnement, en telle sorte que Moyse mesmes en estoit espovanté : et que Dieu ne parle point à eux d'une voix terrible, comme il faisoit lors : mais qu'ils sont venus en la montagne céleste de Sion, et en Jérusalem cité de Dieu vivant, pour estre en la compagnie des Anges 2, etc. Ceste sentence, laquelle est briefvement touchée au lieu que nous avons allégué de l'Epistre aux Romains, est plus amplement exposée en l'Epistre aux Galatiens, où sainct Paul fait une allégorie des deux enfans d'Abraham en ceste manière : c'est que Hagar chambrière est figure de la montagne de Sinaï, où le peuple d'Israël a receu la Loy : Saramaistresse, est figure de Jérusalem, dont procède l'Evangile. Comme la lignée d'Hagar est serve et ne peut venir à l'héritage : au contraire la lignée de Sara est libre, et doit venir à hériter, ainsi que la Loy ne peut engendrer en nous que servitude, qu'il n'y a que l'Evangile qui nous régénère en liberté3. La somme revient là, que le Vieil Testament a esté pour estonner les consciences, et que par le Nouveau joye et liesse leur est donnée : que

i) Rom. VIII, 15.

3) Gai. IV, 22.

2) Héb. XII, 18-22.

le premier a tenu les consciences estreintes et enserrées au joug de servitude, le second les délivre et affranchit en liberté. Si on objecte les Pères de l'Ancien Testament, en alléguant que puis qu'ils ont eu un mesme Esprit de foy que nous, il s'ensuit qu'ils ont esté partie ipans d'une mesme liberté et joye : à cela nous respondons qu'ils n'ont eu ne l'un ne l'autre parle bénéfice de la Loy, mais plustost se voyans estre par icelle tenus captifs en servitude et trouble de conscience, ils ont eu leur recours en l'Evangile. Dont il appert que c'a esté un fruit particulier du Nouveau Testament, qu'ils ont esté exempts de ceste misère. D'avantage, nous nierons qu'ils ayent eu si grande liberté ou asseurance, qu'ils n'ayent gousté aucunement la crainte et servitutude que la Loi causoit. Car combien qu'ils jouyssent du privilège qu'ils avoyëht obtenu par l'Evangile, si estoyent-ils sujets communément avec les autres à toutes les observations, charges et liens qui estoyent pour lors. Puis doneques qu'ainsi est qu'ils estoyent contraints d'observer les cérémonies lesquelles estoyent comme enseignes de la pédagogie, que sainct Paul dit estre semblable à servitude, pareillement scédules par lesquelles ils se confessoyent estre coulpables devant Dieu, sans s'acquitter de leurs debtes : c'est à bon droict qu'au pris de nous ils sont dits avoir esté sous le Testament de servitude, quand on regarde l'ordre et manière de faire que tenoit lors le Seigneur envers le peuple d'Israël.

10 Les trois comparaisons dernières sont de la Loy et de l'Evangile. Parquoy en icelles, sous le nom du Vieil Testament il nous faut entendre la Loy, comme par le Nouveau Testament est signifié l'Evangile. La première que nous avons mise s'estendoit plus loin : car elle comprenoit en soy aussi bien Testât des Pères anciens qui a esté devant la Loy. Or ce que sainct Augustin nie, que les promesses de ce temps-là soyent comprinsessous l'Ancien Testament S son opinion est en cela bonne. Et n'a voulu autre

1) Ad Bonifac, lib. III, cap. IV.

chose dire, que ce que nous enseignons. Car il regardoit à ces sentences que nous avons alléguées de Jérémie et de sainct Paul, ausquelles le Vieil Testament est opposé à la doctrine de grâce et de miséricorde. C'est aussi trèsbien parlé à luy, quand il adjnuste que tous les fidèles qui ont esté régénérez de Dieu dés le commencement du monde, et ont suyvi sa volonté en foy et en charité, appartienent au nouveau Testament : et qu'ils ont eu leur espérance fichée, non pas en biens charnels, terriens et temporels : mais spirituels, célestes et éternels. Singulièremrnt qu'ils ont creu au Médiateur, par lequel ils ne doutoyent pas que le sainct Esprit ne leur fust donné pour bien vivre, et qu'ils n'obteinssent pardon loutesfois et quantes qu'ils auroyent péché. C'est ce que j'ay voulu prétendre : asçavoir que tous les saincts, lesquels nous lisons en l'Escriture avoir esté esleus de Dieu depuis le commencement du monde, ont esté participans avec nous des mesmes bénédictions qui nous sont données en salut éternel. Il y a seulement ceste différence entre la division que j'ay mise et celle de sainct Augustin : que j'ay voulu distinguer entre la clairlé de l'Evangile, et l'obscureté qui avoit esté auparavant, suyvant ceste sentence de Clirist, où il dit que la Loy et les Prophètes ont esté jusqu'à Jehan-Baptiste et que de là le Royaume de Dieu a commencé à estre presché1. Luy s'est contenté de distinguer entre l'infirmité de la Loy et la fermeté de l'Evangile. Il nous faut aussi noter cela des anciens Pères, qu'ils ont tellement vescu sous l'Ancien Testament, qu'ils ne s'y sont point arrestez, mais ont tousjours ;ispiré au Nouveau : et mesmes y ont participé en vraye affection de cœur. Car tous ceux qui se contentons des ombres extérieures, n'ont point eslevé leur entendement à Christ, sont condamnez d'aveuglement et de malédiction par PApostre. Et de faict, quel aveuglement plus grand pourroit-on imaginer, que d'espérer purgation de ses péchez de la mort d'une be.->te brute? ou chercher le lavement de son âme en l'aspersion

1) Hltth. XI, 15.

corporelle d'eau ? que de vouloir appaiser Dieu en cérémonies qui sont d& nulle importance, comme s'il s'y délectoit beaucoup? encores que nous nous taisions de beaucoup d'autres choses semblables. Or tous ceux qui sans regarder Christ, s'amusent en observations extérieures de la Loy, tombent en telle absurdité.

M La cinquième différence que nous avons dit pouvoir estre adjoustée, gisten ce que jusques à l'advénement de Christ, Dieu avoit ségrégé un peuple, auquel il avoit commis l'alliance de sa grâce. Quand le Dieu tout-puissant distribuoit les peuples, dit Moyse, quand il divisoit les enfans d'Adam, son peuple luy estescheu en partage : Jacob a esté son héritage *. En un autre lieu il parle ainsi au peuple, Voyci le ciel et la terre, et toutes choses qui y sont contenues appartienent à ton Dieu. Et néaiitmoins il s'est conjoinct avec tes Pères, et les a aimez, pour eslire leur semence après eux d'entre tous les autres peuples2. Nostre Seigneur doncques a fait cest honneur à ce peuple-là seul, de se donner à cognoistre-à luy, comme s'il luy eust plus appartenu que les autres. Il luy a commis son alliance : il a manifesté la présence de sa divinité au milieu de luy, et l'a exalté en tous autres privilèges. Mais laissons là les autres bénéfices qu'il luy a faits : contentons-nous doncques de celuy dont il est question, c'est qu'en luy communiquant sa Parole, il s'est conjoinct à luy pour estre appelé et estimé son Dieu. Ce pendant il laissoit cheminer toutes les autres nations en vanité et erreur 3, comme si elles n'avoyent nulle accointance avec luy, et ne leur donnoit point le remède par lequel il leur pouvoit subvenir : asçavoir la prédication de sa Parole. Parquoy Israël lors estoit nommé le lils délicat de Dieu : tous les autres esloyent tenus pour estrangers. Il estoit dit estre cognu de Dieu, et receu en sa sauvegarde et tutelle : les autres estre délaissez en leurs ténèbres. Il estoit dit estre sanctitié à Dieu : les autres profanes. Il estoit dit avoir esté honoré par la présence de Dieu : les autres en estre exclus. Mais quand la plénitude

1) Dent. XXXII, 8, 9.

3) Act. XIV, 16.

î) Deut. X, 14, 15.

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