LIVRE II, CHAPITRE XIII
corps, tout ainsi qu'il s'est fait sentir chef aux Anges, jusques à ce qu'il les amenast à la jouissance d'une mesme vie que les Anges ont. Osiander estime que ses badinages que j'ay réfutez jusques yci, sont comme oracles infaillibles, selon qu'il a accoustumé, estant enyvré de ses spéculations, de faire ses triomphes d'un rien : mais en la fin il se vante d'avoir un argument insoluble et ferme par-dessus tous les autres , asçavoir la prophétie d'Adam, lequel ayant veu Eve sa femme dit, Voyci maintenant os de mes os, et chair de ma chair1. Mais d'où prouvera-il que c'est une prophétie? Il respondra possible, que Jésus-Christ en sainct Matthieu attribue ceste sentence à Dieu. Voire, comme si tout ce que Dieu prononce par les hommes contenoit quelque prophétie pour l'advenir. Par ce moyen il faudroit qu'en chacun précepte de la Loy il y eust prophétie , veu que tous ont esté donnez de Dieu. Mais il y auroit bien pis, si nous voulions croire ce fantastique : car Jésus-Christ eust esté un expositeur terrestre, s'amusant au sens litéral , veu qu'il ne traitte point de l'union mystique qu'il a avec son Eglise, mais allègue le passage pour monstrer quelle foy et loyauté doit le mari à sa femme, puis que Dieu a prononcé que l'homme et la femme ne seroyent qu'un : et par ce moyen il monstre qu'il n'est licite à nul d'attenter de rom-
pre par divorce ce lien indissoluble. Si Osiander mesprise ceste simplicité, qu'il reprene Jésus-Christ, de ce qu'il n'a point abruvé ses disciples de ceste belle allégorie que luy nous met en avant : et par ainsi n'a pas interprété assez subtilement le dire de son Père. Ce qu'il ameine de sainct Paul ne sert de rien à sa fantasie. Car sainct Paul après avoir dit que nous sommes chair de la chair de Christ, s'escrie que c'est un grand mystère1. Et ainsi il ne veut point réciter en quel sens Adam a proféré ceste sentence : mais sous la similitude du mariage il nous veut induire à considérer ceste conjonction sacrée, laquelle nous fait estre un avec Jésus-Christ : mesmes les mots expriment cela. Car l'Apostre en protestant qu'il parle de Christ et de l'Eglise , met une espèce de correction, pour discerner le mariage d'avec l'union spirituelle de Jésus-Christ avec son Eglise, et ainsi tout le babil d'Osiander s'esvanouit de soy-mesme. Parquoyil ne sera point nécessaire de remuer plus tel bagage, veu que la vanité en est assez descouverte par ceste briefve réfutation. Ouoy qu'il en soit, ceste sobriété suffira à contenter les enfans de Dieu : c'est que quand la plénitude des temps est venue, Dieu a envoyé son Fils nay de femme, assujeti à la Loy, afin de racheter ceux qui estoyent sous la Loy2.