‹ Institution de la religion chrestienneChapitre 309 sur 335 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Que Jésus-Christ a prins vraye substance de chair humaine.

\ Je pense qu'il seroit superflu de traitter de rechef plus au long de la divinité de Jésus-Christ, puis qu'elle a esté desjà assez prouvée par bons et certains tesmoignages de l'Escriture. Il reste doncques de veoir comment ayant vestu nostre chair, il a accompli l'office de Médiateur. Or jadis les Manichéens et Marcionites ont tasché d'anéantir la vérité de sa na-

1) Gen. II, 23.

ture humaine. Car les seconds iraaginoyent qu'il avoit prins un fantosme au lieu d'un corps : les premiers imaginoyent que son corps estoit céleste. Mais l'Escriture résiste en plusieurs passages à tels erreurs. Car la bénédiction n'a pas esté promise ou en une semence céleste , ou en une. masque d'homme, mais en la semence d'Abraham et de Jacob 3. Et le

1) Ephés. V, 32. 2) Gai. IV, *.

3) Gen. SU, S ; XVII, 2-8 ; XXVI, 4.

throne éternel n'est point promis à un homme forgé en l'air, mais au fils de David, et au fruit de son ventre. Dont Jésus- Christ estant manifesté en chair, est nommé fils de David et d'Abraham 1: non pas seulement pour avoir esté porté au ventre de la vierge Marie, et qu'il n'eust pas esté procréé de sa semence : mais pource que selon l'interprétation de sainct Paul, il a esté fait de la semence de David selon la chair : comme en un autre passage il dit qu'il est descendu des Juifs selon la chair. Parquoy le Seigneur mesme ne se contentant point du nom d'homme, s'appelle souventesfois Fils d'homme, voulant plus clairement exprimer qu'il est homme vrayement engendré de lignée humaine. Veu que le sainct Esprit a tant de fois et par tant d'organes, et en telle diligence et simplicité exposé une chose laquelle n'estoit point trop obscure de soy, qui est-ce qui eust pensé que jamais homme mortel eust esté si impudent, de répliquer à rencontre? Et toutesfois il s'offre encore d'autres tesmoignages, sf on désire d'en avoir plus grande quantité : comme quand sainct Paul dit que Dieu a envoyé son Fils fait de femme : et quand il est récité par-cy par-là, qu'il a eu faim et soif, et froid, et a esté sujet aux autres infirmitez de nostre nature 2. Mais d'un nombre infini qu'on pourroil amasser, il nous est utile de choisir principalement ceux qui peuvent servir à édifier nos âmes en foy et en vraye fiance de salut. Comme quand il est dit qu'il n'a jamais fait cest honneur aux Anges de prendre leur nature , mais qu'il a prins la noslre, afin de destruire en la chair et au sang celuy qui obtenoit l'empire de mort3. Item, que par telle communication nous sommes réputez ses frères. Item qu'il a falu qu'il fust semblable à ses frères, pour estre fidèle Intercesseur, enclin à miséricorde4. Item, que nous n'avons point un Sacrificateur sans compassion et pitié de nos infirmitez, veu qu'il en a esté tenté : et semblables passages 5. A quoy aussi se rapporte ce que nous avons touché cy-dessus, qu'il estoit

1) Matlh. I, 1.

3) Héb. II, 16.

5) Héb. IV, 15

2) Gai. IV, 4.

4) Héb. II, 11,12, 17

requis que les péchez du monde fussent etïacez en nostre chair, comme sainct Paul l'afferme clairement1. D'avantage, tout ce qui a esté donné à Jésus-Christ par son Père , nous appartient : d'autant qu'il est le chef, duquel tout le corps estant lié par ses jointures, prend son accroissement2. Mesmes ce qui est dit, que l'Esprit luy a esté donné sans mesure, afin que. nous puisions tous de sa plénitude 3, ne conviendroit pas sinon qu'il eust esté vray homme : d'autant qu'il n'y auroit rien plus contraire à raison, que de dire que Dieu ait esté enrichi en son essence de quelque don nouveau. Pour laquelle raison aussi il dit , qu'il s'est sanctifié soy-mesme pour nous4.

2 Ils ont bien allégué, quelques passages pour confirmation de leur erreur, mais ils les ont trop lourdement dépravez : et ne profiteront rien , quoy qu'ils s'efforcent, en voulant eschapper de ce que nous avons allégué. Marcion a pensé que le corps de Jésus-Christ n'estoit qu'un fantosme, pource qu'il est dit qu'il a esté fait en similitude de l'homme, et qu'il a esté réputé comme homme en figure 5 : mais il a très mal regardé à ce que sainct Paul traitte là. Car il n'enseigne pas quel corps Jésus-Christ a prins: mais que comme ainsi soit qu'à bon droict il peust démonstrer la gloire de sa divinité , il est apparu en forme et condition d'homme mesprisé et de nulle valeur.

C'est, di-je, l'intention de l'Apostre, de nous exhortera humilité par l'exemple de Jésus-Christ, veu qu'estant Dieu immortel, il se pouvoit déclairer tel du premier coup : toutesfois qu'il a quitté de son droict, et s'est anéanty de son bon gré, prenant semblance et condition d'un chef, et s'estant abaissé en telle petitesse il a souffert que sa divinité fust cachée pour un temps sous le voile de sa chair. Il ne déduit pas doncques quel a esté Jésus-Christ en sa substance, mais comment et en quelle sorte il s'est porté. Mesmes par le fil du texte il est aisé à recueillir que Jésus-Christ s'est anéanty en la vraye nature humaine. Car que veulent dire, ces

1) Rom. VIII, 3) Jean 1, 16.

5) Phil. II, 7.

2) Ephés. IV, 16.

4) Jean XVII, 19.

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