CHAPITRE XIV
Comment les deux natures font une seule personne au Médiateur.
4 Or ce qui est dit que la Parole a esté faite chair l, ne se doit tellement entendre, comme si elle avoit esté convertie en chair, ou confusément meslée : mais d'autant qu'elle a prins du ventre de la Vierge corps humain, pour un temple auquel elle habitast. Et celuy qui estoit Fils de Dieu, a esté fait fils d'homme, non point par confusion de substance, mais par unité de personne : c'est-à-dire, qu'il a tellement conjoinct et uni sa divinité avec l'humanité qu'il a prinse, qu'une chacune des deux natures a retenu sa propriété : et néantmoins Jésus-Christ n'a point deux personnes distinctes, mais une seule. Si on peut trouver quelque chose semblable à un si haut mystère, la similitude de l'homme y semble propre, lequel nous voyons estre composé de deux natures : desquelles toutesfois l'une n'est tellement meslée avec l'autre, qu'elle ne retiene sa propriété. Car l'âme n'est
1) Je m I, H.
pas corps, et le corps n'est pas âme. Parquoy on dit de l'âme particulièrement ce qui ne peut convenir au corps : et pareillement du corps, ce qui ne peut convenir à l'âme : de l'homme total, ce qui ne peut compéter à l'une des parties, ne à l'autre à part soy. Finalement, les choses qui sont particulièrement à l'âme, sont transférées au corps, et du corps à l'âme mutuellement. Ce pendant la personne qui est composée de ces deux substances, est un homme seul et non plusieurs. Telle manière de parler signifie qu'il y a une nature en l'homme, composée de deux conjoinctes, et néantmoins qu'entre ces deux il y a différence. L'Escriture parle selon ceste forme de Jésus-Christ : car aueunesfois elle luy attribue ce qui ne se peut rapporter qu'à l'humanité, aucunesfois ce qui compète particulièrement à la Divinité, aucunesfois ce qui est convenable à toutes les deux natures conjoinctes, et non pas à une seule. Et mesmes exprime si diligemment ceste union des deux na-