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ces privilèges estant manifesté en chair, lesquels combien qu'il obteinst avec le Père devant la création du monde, toutesfois ce n'estoit pas en telle manière : et lesquels ne pouvoyent compéter à un homme, qui n'eust esté qu'homme seulement. Il convient prendre en ce sens ce que dit sainct Paul ailleurs : asçavoir que Jésus-Christ, ayant accompli office de Juge, au dernier jour rendra l'Empire à Dieu son Père l. Or il est certain que le règne du Fils de Dieu, qui n'a point eu de commencement, n'aura aussi nulle fin. Mais comme il a esté humilié en chair, et qu'en prenant figure de serf il s'est anéanty, et s'estant démis de sa majesté en apparence, s'est assujeti à Dieu son Père pour luy obéir, et après avoir achevé le cours de sa sujétion il a esté couronné de gloire et honneur, et exalté en dignité souveraine, à ce que tout genouil se ployé devant luy 2 : aussi pareillement il assujetira au Père et ce haut nom d'Empire, et la couronne de gloire, et tout ce qui luy a esté donné en la personne du Médiateur, afin que Dieu soit tout en toutes choses 3. Car pour quoy luy a esté donnée telle puissance, sinon atin que le Père gouverne par sa main ? Et c'est en ce sens qu'il est dit. qu'il est assis à la dextre du Père : ce qui est temporel, jusques à ce que nous jouissions du regard présent de la Divinité.
Et en cecy ne se peut excuser l'erreur des Anciens, de ce qu'ils n'ont point considéré assez près la personne du Médiateur, en lisant ces passages de sainct Jehan : et par ce moyen en ont obscurci le vray sens et naturel, et se sont enveloppez en beaucoup de filets. Tenons doncques ceste maxime comme une clef dedroicte intelligence : c'est que tout ce qui concerne l'office de Médiateur, n'est pas simplement dit de la nature humaine, ne de la nature divine. Jésus-Christ doncques, entant qu'il nous conjoinct au Père selon nostre petitesse et infirmité, régnera jusques à ce qu'il soit apparu pour juger le monde : mais après que nous serons faits participans de la gloire céleste, pour
1) 1 Cor. XV, Î4.
2) Pb.il. II, 8 ; Héb. II, 7 ; Pliil. II, 10.
3) ICor.XV, Î8.
contempler Dieu tel qu'il est, lors s'estant acquitté d'office de Médiateur, il ne sera plus ambassadeur de Dieu son Père, et se contentera de la gloire qu'il avoit devant la création du monde. Et de faict, le nom de Seigneur ne s'attribue particulièrement à Jésus-Christ pour autre regard, sinon d'autant qu'il fait un degré moyen entre Dieu et nous. Ce que sainct Paul a entendu disant, Il y a un Dieu duquel sont toutes choses, et un Seigneur par lequel sont toutes choses '.
Voire, d'autant que cest empire temporel que nous avons dit, luy a esté ordonné jusques à ce que sa majesté divine nous soit cognue face à face : à laquelle tant s'en faut que rien soit diminué quand il rendra l'empire à son Père, qu'elle aura sa prééminence tant plus haut. Car alors Dieu ne sera plus chef de Christ, entant que la déité d^r Christ reluyra de soymesme tout à plein, laquelle est encores cachée comme sous un voile.
4- Ceste observation servira grandement à soudre beaucoup de scrupules, moyennant que les lecteurs en sçachent faire prudemment leur proufit. Les rudes, et mesmes aucuns qui ne sont pas despourveus de sçavoir, se tormentent à merveille en ces formes de parler, lesquelles ils voyent estre attribuées à Christ, combien qu'elles ne soyent propres ni à sa divinité, ni à son humanité. Et c'est pource qu'ils ne considèrent pas qu'elles convienent à sa personne, en laquelle il a esté manifesté Dieu et homme, et à son office de Médiateur. Et de faict on peut veoir comment toutes les choses susdites s'accordent bien ensemble, moyennant que nous vueillions considérer un tel mystère avec révérence deue à sa grandeur. Mais il n'y a rien que les esprits furieux etphrénétiques ne troublent. Ils prenent ce qui est approprié à l'humanité de Jésus- Christ, pour destruire sa Divinité : et ce qui est de sa Divinité, pour destruire son humanité, et ce qui est dit de toutes les deux natures ensemble pour renverser l'une et l'autre. Or qu'est-ce là autre chose, sinon vouloir débatre que Christ
1) 1 Cor. VIII, 6.