CHAPITRE I
principal de toutes vertus eust esté, s'abstenir de manger d'ime espèce de fruit, veu que de tous costez les délices qu'il pouvoit soulialler luy estoyent offertes: et en la fécondité (jui estoit pour lors non seulement il a\oil de quoy se soûler à son plaisir, mais variété pour satisfaire à tous ses appetis. Il nous faut don(iues regarder plus haut: c'est ([ue la défense de touchera Farbre de science de bien et de mal luy estoit comme un examen d'obéissance, k fin qu'il monstrast et ap|)iouvast ([u'il se submettdit volontiers au commandement de Dieu. Or le nom de larbre monstre qu'il n'y a eu autre fin au précepte, sinon qu'Adam en se conteiUant de sa condition ne s'eslevast point plus haut par quelque folle cupidité et excessive. Davantage la promesse qui luy estoit donnée de vhTe à jamais pendant (|u"il rnangernit de l'arbre de vie: et à l'ttpitosite l'horrible menace, que si tost qu'il auroit gousté du fruict de science de bien et de mal, il mourroit, luy devoit servir à esprouver et exercer sa foy. Dont il est facile à recueillir eu quelle façon il a provoqué l'ire de Dieu contre soy. Sainct Augustin ^ ne dit pas mal, que l'orgueil a esté commencement de tous maux, pource que si l'ambition n'eiist transporté l'honnue plus haut qu'il ne luy estoit licite, il pouvoit demovu'er en son degré. Toutesfois il nous faut prendre une définition plus pleine, de l'espèce de tentation telle (jue Moyse la descrit. Car quand la femme par l'astuce du serpent est destom'uée de la parolle de Dieu à infidélité, desja il appert que le commencement de ruine a esté désobéissance : ce que sainct Paul conferme, en disant que par la désobéissance d'im homme nous sommes tous perdus (Rom. o, i9j. Cependant il faut aussi noter, que l'homme s'est aussi soustraict et révolté de la sujection de Dieu, d'autant que non seulement il a esté tronq)é par les allechemens de Satan, mais aussi qu'en mesprisant la vérité, il s'est forvoyé en mensonge. Et :de hùl en ne tenant conte de la paroUe de Dieu, on abbat toute révérence qu'on luy doit, pource que sa majesté ne peut autrement consister entre nous, et qu'aussi on ne le peut deuement servir, sinon en se rengeant à sa parolle. Parquoy l'infidebté a esté la racine de la révolte. De là est procedée l'ambition et orgueil : ausquels deux vices l'ingratitude a esté conjointe, en ce qu'Adam appetant plus qu'il ne luy estoit ottroyé, a vilainement desdaigné la libéralité de Dieu, dont il estoit tant et plus enrichi. C'a esté certes une impieté mon.strueuse, ([ue celuy qui ne faisoit que sortir de terre, ne se soit contenté de ressembler à Dieu, sinon qu'il luy fust égal. Si l'apostasie ou révolte, par la(iuelle l'homme se soustrait de la supériorité de son créateur, est un crime vilain et exécrable, mesme quand il rejette son joug avec une audace effrontée, c'est en vain qu'on veut amoindrir le péché d'Adam: combien que
l'homme et la femme n'ont pas esté simplement apostats, mais ont outrageusement deshonoré Dieu, en s'accordant à la calomnie de Satan : par laquelle il accusdit Dieu «le mensonge, malice et chichelé. Bref, l'iulidelité a ouvert la porte à ambition, et l'ambition a esté mère d'arrogance et fierté, à ce qu'Adam et Eve sejettassent hors des gons, là où leur cupidité les tiroit. Parcjuoy sainct Bernard dit ti'esbien, que la porte de salut est en noz oreilles quand nous recevons l'Evangile, comme ç'ont esté les fenestres itour recevoir la mort. Car jamais Adam n'eust osé résister à l'empire souverain de Dieu, s'il n'eust esté incrédule à sa parolle: car c'estoit une assez bonne bride pour modérer et restreindre tous mauvais appetis de savoir qu'il n'y avoit rien meilleur, (lu'en obtempérant aux commandeniens de Dieu, s'adonner à bien faire. Estant donc transporté par les blasphèmes du diable, entant qu'en luy estoit, il a anéanti toute la gloh'e de Dieu.
o. Or comme la vie spirituelle d'Adam estoit d'estre et demeurer conjoinct avec son créateur: aussi la mort de son ame a esté d'en estre séparé. Et ne se faut esbahir s'il a ruiné tout son lignage par sa révolte, ayant perverty tout ordre de nature au ciel et en la terre. Toutes créatures gémissent, dit sainct Paul, estans sujettes à corruption, et non pas de leur vouloir (Rom. 8, :2i). Si on cherche la cause, il n'y a doute que c'est d'autant qu'elles souffrent une partie de la peine que l'homme a mérité, pour l'usage et service duquel elles ont esté faites. Puis donques que la malédiction de Dieu s'est espandue haut et bas, et a la vogue par toutes les régions du monde à cause de la coulpe d'Adam, ce n'est point merveilles si elle est descoulée sur toute sa postérité. Parquoy d'autant qu'en luy l'image céleste a esté effacée, il n'a pas enduré luy seul ceste punition, qu'au lieu qu'il avoit esté doué et revestu de sagesse, vertu, vérité, saincteté et justice ces pestes détestables ayent dominé en luy, aveuglement, défaillance à tout bien, immondicité, vanité et injustice : mais aussi a envelopé, voire plongé en pareilles misères toute sa lignée. C'est la corruption héréditaire que les anciens ont nommé Péché originel, entendans par ce mot de Péché, une dépravation de nature, laquelle estoit bonne et pure auparavant. Or ils ont soustenu grans comijats sur ceste matière, pource qu'il n'y a rien plus contraire au sens commun, que de faire tout le monde coulpable pour la faute d'un seul homme, et ainsi faire le péché commun. Et semble bien que les plus anciens docteurs ayent touché cest article plus obscurément, ou qu'ils l'ayent moins declairé qu'il n'estoit requis, de peur d'estre assaillis par telles disputes. Toutesfois rnie telle crainte n'a peu faire qu'un hérétique nommé Pelage ne se soit eslevé avec ceste opinion profane, qu'Adam