‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 104 sur 703 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

nous envelopper en ceste fascheuse dispute, la- (iuelleafj:randement tourmenté les anciens Docteurs : assavoir si l'anie du (ils procède de la suijstance de l'ame paternelle, veu que c'est en lame que réside le péché originel. Il nous laut estre contens de savoir (lue le Seignevu* avoit mis en Adam les grâces et dons qu'il vuuloil conférer à la nature humaine : pourtant qu'iceluy. ([uand il les a perdus, ne les a point perdus seulement pour soy, mais pour nous tous. Qui est-ce qui se souciera de l'origine de l'ame, après avoir entendu ((u'Adam avoit receu les ornemens qu'il a i)erdus. non pas moins pour nous (pie iinur soy, entant (jue Dieu ne les lu\ avoit point baillez comme à un seul homme en pailiculier, mais afin (pie toute sa lignée en jouist avec luy comnumement ? 11 n'y a point donc d'absurdité, si luy ayant esté despouillé, la nature humaine en a esté dénuée : si luy estant souillé par le péché, l'infection en a esté espandue sur nous tous. Parfjuoy comme d'une racine pourrie ne procède (pie rameaux jjourris, lesquels transportent leur pourriture en toutes les branches et feuilles ([uils produisent : ainsi les enfans d'Adam ont esté contaminez en leur père, et sont cause de pollution à leurs successeurs. C'est à dire, le commencement de corruption a tellement esté en Adam, (lu'ellc est es[tandue comme par un perpétuel decours des pères aux enfans. Car la souillure n'a point sa cause et fondement eu la substance de la chair ou de l'ame, mais en ce que Dieu avoit ordonné que les dons qu'il avoit commis en depost au premier homme, fussent communs et à luy et aux siens pour les garder ou pour les perdre. Et est facile de réfuter ce ([ue cavillent les Pelagiens. Us disent qu'il n'est pas vray-semblable que les enlans qui naissent de parens fidèles en attirent corruption, veu qu'ils doyTent plustost estre purifiez par leur pureté. A cela nous respondons, que les enfans ne descendent point de la génération spirituelle (lue les serviteurs de Dieu ont du sainct Esprit, mais de la génération charnelle qu'ils ont d'Adam. Pourtant comme dit sainct Augustin. Soit un fidèle qui sera encore coulpable, soit un fidèle qui soit ab.soux, l'un et l'autre engendreront des enfans coulpables, pource qu'ils les engendrent de leur nature vicieuse. - Il est bien vray ijue Dieu sanctifie les enfans des fidèles à cause de leurs parens, mais cela n'est point par vertu de leur nature, mais de sa grâce. C'est d(mc une bénédiction spirituelle, laquelle n'empesche point que ceste première malédiction ne soit universellement en la nature humaine, car la condamnation est de nature : mais ce que les enfans sont sanctifiez, est de grâce supernaturelle.

8. Or afin que cecy ne soit dit à la voilée, il nous faut définir le péché originel. Toutesfois mon intention n'est point d'examiner toutes les

définitions de ceux qui en ont escrit: mais seulement j'en donneray une, huiuelle me semble estre conforme à la vérité. Nous dirons donc (pie le péché originel est une corruption et perversité héréditaire de nostre nature, laquelle estant espandue sur toutes les ])ai'ties de l'ame, nous fait coulpables premieremeut de l'ire de Dieu, puis après produit en nous les œmTes (jue l'Escriture apjielle OEuvres de la chair. Et est proprement cela (jue sainct Paul appelle souventesfois Péché, sans adjouster Originel. Les œuvres qui en sortent, comme sont adultères, paillardises, larrecins, haines, iiicui'tres et gouniiaiidiscs (Gai. o, l'Jj, il les appelle, selon ce.ste raison, Fruicts de péché.: combien que toutes telles œuvres sont communément dénommées Péché, tant par touttî l'Escriture (pi'en sainct Paul mesme. Il nous faudra distinctement considérer ces deux choses : c'est assavoir que nous sommes tellement corrompus en toutes les [)arties de nostre nature, que pour ceste corruption nous sommes à bonne cause damnaliles devant Dieu, auquel rien n'est agréable sinon justice, innocence et pureté. Et ne faut dire que ceste obligation soit causée de la faute d'autruy seulement, comme si nous respondions pour le péché de nostre premier père sans avoir rien mérité, (^ar en ce qui est dit, que par Adam nous sommes faits redevables au jugement de Di(Hi, ce n'est pas h dire que nous sommes innocens, et que sans avoir mérité aucune peine nous portions la folle-enchere de son péché : mais pource que par sa transgression nous sommes tous enveloppez de confusion, il est dit nous avoir tous obligez. Toutesfois nous ne devons entendre qu'il nous ait constituez seulement redevables de la peine, sans nous avoir communiqué son péché. Car à la vérité le péché descendu de luy réside en nous, auquel justement la peine est deue. Pourtant sainct Augustin, comlîien qu'il l'appelle aucunes fois Le péché d'autruy, pour monstrer plus clairement que nous l'avons de race," toutesfois il asseure qu'il est propre à un chacun de nous. Et mesme l'Apostre tesmoigne que la mort est venue sur tous hommes, pource que tous ont poché (Rom. 5, 12) : c'est à dire, que tous sont enveloppez du péché originel, et souillez des macules d'iceliiy. Pour ceste cause les enlans mesmes sont enclos en ceste condamnation : non pas simplement pour le péché d'auti'uy. mais pour le leur propre. Car combien qu'ils n'ayent encore produit fruicts de leur iniquité, toutesfois ils en ont la semence cachée en eux. Et qui plus est, leur nature est une semence de péché : pourtant elle ne peut estre que desplaisaute et abominable à Dieu. Dont il s'ensuit qu'à bon droit et proprement tel mal est réputé péché devant Dieu. Car sans coulpe nous ne serions point attirez en condemnation. L'autre poinct que nous avons à consi-

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