CHAPITRE II
Sentences prononce, que riiomme n'est point (lit avoir le liberal-arbiti'c. iiniirce (]ii"il soit suffisant a penser ou faire le bien autant connue le mal. ^^ mais seulement pource qu'il n'est point sujet à contrainte, laquelle liberté n'est point empeschée. combien t|ue nous soyons mauvais et serfs de peclié. et que nous ne puissions autre chose que mai faire.
7. Nous voyons ilonc qu'ils confessent l'homme n'estre point dit avoir libéral-arbitre, pource (juil ait libre élection tant de bien comme de mal: mais pource qu'il fait ce qu'il fait de volonté, et non jiar contrainte : hupielle sentence est bien vraye. Mais (luelle nutipierie est-ce d'orner une chose si petite d'un tiltre tant superbe? Voila une belle liberté, de dire que l'homme ne soit poiiU contraint de servir à péché: mais que tellement il soit en servitude volontaire, que sa volonté soit tenue captive «les liens de péché. Certes j'ay en horreur toutes contentions de parolles, desquelles l'Ei^lise est troublée en vain : mais je seroye d'advis qu'on evitast tous vocables esquels il y a quelque absm'dité, et i)rincipalemL'nt la où il y a dani^er I l'errer. Or quand on assigne libéral-arbitre à rhonuue, coudiien y en a-il (|ui ne conçoivent incontinent qu'il est maistre et de son jugement et de sa volonté, pour se pouvoir tourner de sa propre vertu et d'une part et d'autre ? Mais on pourra dire que ce danger sera osté. moyennant qu'on advertisse bien le peui)le (pie signitie le mot do Franc-arbitre. Je dy au contraire (pie veu l'inclinalion naturelle qui est en nous à suivre fausseté et mensonge, nous prendrons plustost occasion de faillir en un seul mot, que nous ne serons instruits à la vérité par une longue glose qui y sera adjoustée. De laquelle chose nous avoiLs plus certaine expérience en ce vocable qu'il ne seroit de besoin. Car après qu'il a esté une fois inventé, on l'a tellement receu, qu'on n'a tenu conte de l'exposition (jui en a esté faite par les Anciens : et en a-on prins cause de s'élever en fol orgueil pour se ruiner.
8. Davantage si l'authorité des Pères nous meut, condjien qu'ils ayent tousjours ce mot en la bouche, cependant neantmoins ils monstrent <'n (pielle estime ils en ont l'usage : principalement sainct Augustin, lequel ne doute point de l'appeler Serf. Il est bien vray qu'il contredit en quelque lieu à ceux qui nient qu'il y ait libéral-arbitre : mais il demonstre quant et (piant a f|uoy il prétend, (juand il dit ainsi : Seulement que nul n'entreprenne de nier tellement le franc-arbitre. f[u'il vueille excuser le i)eché. Mais d'autre part il confesse (|ue la volonté de l'homme n'est pas libre sans l'Esprit de Dieu, veu qu'elle est subjette h ses concupiscences, lesquelles la tiennent veincue et liée. Item, qu'après que la volonté a esté veincue par le vice auquel elle est tombée, nostre nature a perdu sa liberté.
Item, que l'homme en usant mal du franc-arbitre, l'a perdu et s'est perdu SKy-mcsme. Item, (lue le franc-arbitre est en capli\ ité. et qu'il ne peut rien à bien faire. Item, qu'il ne sera point franc jusques à ce que la grâce de Dieu l'ait afl'ranchy. Item, que la justice de Dieu ne s'accomplit pas quand la Loy conuuande et que l'homme besoigne comme de sa force : mais quand l'Esprit aide, et (jue la volonté de l'homme, non pas libre de soy, mais estant délivrée de Dieu, obéit. En un autre passage il rend la raison de tout cela, disant que l'homme avoit bien receu en sa création grande vertu du franc-arbitre, mais (ju'il l'a perdu par le péché. Parquoy en un autre lieu derechef, après avoir monstre que le franc-arbitre est estably en la grâce de Dieu, il rciuend asprement ceux qui se l'attribuent sans la grâce. Comment, ilil-il, ces malheureux se sont-ils ciKirgufMllis du bancarbitre, devant iju'estre atlranchis : ou de leur force, s'ils sont desja allranchis ? Us ne considèrent point qu'en ce mot de Franc-arbitre est signifiée une liberté. '-'^ Or où est rEs])rit du Seigneur, la est la liberté ri Cor. '.), 17). Si donc ils sont serfs de péché, comment se vantent-ils d'avoir Franc-arl)itre ? Car celuy (lui est veincu, est subjet à celuy (jui l'a veincu. S'ils sont desja délivrez, pourquoy se vantent-ils comme de leur œmTe propre? Sont-ils tellement libres, qu'ils ne vueillent point estre serviteurs de celuy qui dit, Sans moy vous ne pouvez rien (Jean io. o). Que dirons-nous mesmes ((u'en un autre lieu il semble qu'il se vueille moquer de ce mot, en disant, qu'il y a bien libéral-arbitre en l'homme, mais non pas à délivre, et qu'il est libre de justice et serf de péché. Laquelle sentence il répète et expose au premier livre a Boniface chap. 2, quand il dit (pie l'homme n'est point à deliwe de justice sinon par sa volonté propre : mais (ju'il n'est pas à délivre de péché sinon l)ar la grâce du Sauveur. -^ Celuy qui tesmoigne n'avoir autre opinion de la liberté de l'homme, sinon qu'il est esgaré de justice, ayant rejette le joug d'icelle pour servir à péché, ne se moque-il pas purement du tiltre qu'on luy baille, le nommant Franc-arbitre? Pourtant si (pielcun se [lermet user de ce mot en .saine intelligence, je ne luy en feray pas grande controversie, mais i)ource que je voy qu'on n'en peut user sans grand danger, au contraire (jue ce seroit grand profit a l'Eglise (ju'il fust al)oly, je ne le voudroye point usurper, et si quelcun m'en demandoit cc^nseil, je luy diroye ([u'il s'en abstinst.
9. 11 semblera ad vis a d'aucuns que je me suis fait un grand préjudice en confessant que tous les docteurs Ecclésiastiques, excepté samct Augustin, ont parlé si douteusement ou inconstamment de ceste matière, qu'on ne peut rien a\ oir de certain de leur doctrine. Car ils