‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 112 sur 703 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

quence, respondit que c'ostoit bien prononcer : estant intciToi^ué du secitnd, ivspondit autant, et autant du troisième: ainsi, dit-il, si tu niintcrrogues des préceptes de la relijjjion Chrestienne, je te repondray (pie W incinier, le second et le troisienn' est humilité. '-"Ur il n'entend pas humilité, quand l'hunnue pensant avoir quelque vertu ne s'euor^rueillit point pourtant: mais quand il se cojjrnoit tel a la vérité, (pi'il n'a nul refuge sinon en s'humilianl de\ ant Dieu : comme il le dedaire en un autre lieu, Que nul, dit-il. ne se Halte, chacun de soy-mesme est diable : tout le bien (pi'il a, il l'a de Uieu. Car qu'est-ce que tu as de toy-mesme, sinon peclié? Si tu veux prendre ce qui est tien, pren le péché: car la justice est de Dieu.'-"^ Item, Qu'estce que nous présumons tant de puissance de nostre nature ? elle est navrée, elle est abbatue, elle est dissipée, elle est destruite, elle a mestier de vraye confession, et non point de fausse défense.-^ Item, Quand chacun cognoit qu'il n'est rien en soy-mesme, et (pi'il n'a nulle aide de soy, les armes sont rompues en luy. Or il est nécessaire que toutes les armes d'impiété soyent brisées, rompues et bruslées, que tu demem-es desarmé, n'ayant en toy mille aide. D'autant que tu es plus débile en toy. Dieu te reçoit tant mieux. Pourtant en un autre lieu, assavoir sur le Pseaume septantieme,*" (Serm. 1, 4) il nous défend de nous souvenir de nostre justice, afin que nous cognoissions celle de Dieu, disant, que la grâce de Dieu n'est pas autrement en son entier, sinon que nous tenions tout d'icelle, entant que nous sommes de nous-mesmes mauvais. Ne debatons donc point contre Dieu de nostre droit, comme si nous estions apovris d'autant que nous luy attribuons. Car comme nostre humilité est sa hautesse, aussi la confession de nostre bumibté a tousjours sa miséricorde i)reste pour remède. Combien (pie je ne preten point (|ue riioinme quitte de son droit <i Dieu, sans estre convaincu, et qu'il destourne sa pensée, pour ne recognoistrc sa vertu, si aucune il en avoit. afin de se réduire à humilité : mais je re(iuicr seulement que se démettant de toute folle amour de soy-mesme, et de hautesse et ambition, ilesquelles aiïections il est par trop aveuglé, il se contemple au miroir de l'Escriture.

12. Comme j'ay desja dit, ceste sentence commune qu'on a tirée de sainct Augustin, me plaist bien : c'est que les dons naturels ont esté corrompus en l'homme par le péché, et que les supernaturels ont esté du tout abolys. Car par le second membre il faut entendre tant la clarté de foy, que l'intégrité et droiture appartenante à la vie céleste et à la félicité éternelle. Parquoy l'homme quittant le royaume de Dieu, a esté privé des (Jons spirituels dont il estoit garny et remparé pour son salut. De là il s'ensuit (ju'il

est tellement banni du royaume de Dieu, que toutes choses concernantes la vie bienheureuse de l'ame sont aussi esleintes en luy, jusques à ce qu'estant régénéré par la grâce du sainct Esprit, il les recouvre, assavoir la foy, l'amour de Dieu, charité envers le prochain, atlection de vivre saincteinent et justement. Or d'autant que toutes ces choses nous sont rendues par Jésus Christ, elles ne peuvent estre réputées de nostre nature : car elles procèdent d'ailleurs. Pourtant nous concluons (ju'elles ont esté abolies en nous. Pareillement aussi l'intégrité de rentendement, et la droiture du cœm" nous ont esté ostées. Voila quelle est la corruption des dons naturels. Car combien qu'il nous reste quelque iiortion d'intelligence et de jugement a\ ec la \ olonté, touleslbis nous ne dirons pas (pie l'entendement soit sain et entier, estant si débile et envehipé en beaucoup de ténèbres. Quant au vouloir, la malice et rébellion en est assez cogneue. Puis donc que la raison par laquelle l'homme discerne d'entre le bien et le mal, par laqueUe il entend et juge, est un don naturel, elle n'a peu estre du tout esteinte, mais a esté en partie débilitée et en partie corrompue : tellement qu'il n'y apiiaroist (pie ruine deffigurée. Et c'est en ce sens que sainct Jean dit, que la clarté luit en ténèbres, mais qu'elle n'est point comprinse des ténèbres (Jean 1, o). Et par ces mots tous les deux sont clairement exprimez : c'est qu'en la nature de l'homme, quelque perverse et abastardie qu'elle soit, il y estincelle encores quelques llammettes, pour demonstrer qu'il est un animal raisonnable, et qu'il diffère d'avec les bestes brutes , entant qu'il est doué d'intelligence : et toutesfois que ceste clarté est estoutfée par telleetsiespesse obscureté d'ignorance, qu'elle ne peut sortir en elTect. Semblablement la volonté, poiu"ce (|u'elle est inséparable de la nature de l'homme, n'est point du tout perle : mais elle est tellement captive et comme garrotée sous meschantes convoitises, fiu'elle ne peut rien appeter de bon. Ceste définition est pleine et suffisante, mais encores aelle mestier d'estre expli(iuée plus au long. Parquoy afin que l'ordre de nostre dispute procède selon la distinction fpie nous avons mise, en laquelle nous avons divisé l'aine humaine en intelligence et volonté, il nous faut premièrement examiner quelle force il y a en l'intelfigence. De dire quefie soit tellement aveuglée qu'il ne luy reste aucune cognoissance en chose du monde, cela serait répugnant non seulement à la Parolle de Dieu, mais aussi à l'expérience commune. Car nous voyons qu'en l'esprit humain il y a quelque désir de s'enquérir de la vérité, à laquelle il ne seroif juiint tant enclin, sinon qu'il en eust quehiue goust premièrement. C'est donc desja quelque estincelle de clairté en l'esprit humain, qu'il a une amour naturelle à la vérité

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