CHAPITRE II
après avoir assis un bon jugement universel, enveloppant puis sa personne avec la chose, nubiie la reigle qu'il sunoit au paravant, pendant (pi'il n'ax oit es,t:anl à soy-mesme. De laquelle matière sainct Augustin traite fort bien en l'exposition du premier verset du Pseaume (•in(|uante-septieme. Comltien que le dire de Tlieniistius ne soit point universel : car aucuueslois la turpitude du malelice presse de si près la conscience du pécheur, (|u'il ne tombe point par co qu'il se deçoyve sous fausse imagination de bien, mais sciemment et volontairement il s'adonne au mal. De ceste affection procèdent les sentences que nous voyons es livres des Payens, Je voy le meilleur, et l'appreuve : mais je ne laisse pas de suyTre le pire : et autres semblables. ^ Pour ostcr tout scrupule de ceste question, il y a une bonne distinction en Aristote entre incontinence et iiUeuqirrance : La où incontinence règne, dit-il, l'intelligence particulière de bien et de mal est ostée à l'iiomme par .sa concupiscence desordonnée, entant iiu'il ne recognoit point en son péché le mal qu'il condamne généralement en tous autres : mais après (|ue sa cupidité ne l'aveugle plus, la pénitence \ ient au lieu, qui luy fait cognoistre. *" Intempérance est une maladie plus dangereuse : c'est quand l'homme voyant ({u'il l'ait mal, ne •désiste pas pourtant, mais poursuit lousjours obstinément son mauvais vouloir.
21. 'Or quand nous oyons qu'il y a un jugement universel en l'homme à discerner le bien et lu mal, il ne nous faut estimer qu'il soit du tout sain et entier. Car si l'entendement des hommes a la discrétion de bien et de mal, seulement à ce qu'ils ne puissent prétendre excuse d'ignorance, il n'est ja nécessité que la vérité leur soit notoire en chacun poinct : mais il suffit qu'ils la cognoissent jusques là, de ne pouvoir tergiverser sans estre conveincus du tesmoignage de leur conscience, et que desja ils commencent à estre espouvantez du throne de Dieu. Et de faict, si nous voulons examiner quelle iuteUigence de justice nous avons selon la loy de Dieu, laquelle est un patron de parfaite justice, nous trouverons en combien de façons elle est aveugle. Certes elle ne cognoit nullement ce ([ui est le principal en la première Table, comme de mettre nostre fiance en Dieu, et luy «ionner la louange de vertu et justice : d'invoquer son -Nom et observer son repos. Quel entendement humain par son sens naturel a jamais, je ne dy pas cognu, mais imaginé ou tlairé (jue le vray honneur et service de Dieu gist en ces choses ? Car quand les iniques veulent honorer Dieu, combien qu'on les retire cent mille fois do leurs folles fanlasi''s, toutesfois ils y retombent tousjours. Ils diront bien que les sacrifices ne plaisent point à Dieu, sinon que la pureté de cœur y soit conjointe: et en cela ils tesmoignent
qu'ils conçoyvcnt je ne say quoy du service spirituel de Dieu, lequel neantmoins ils falsitlent tantost après par leurs illusions. Pourrons-nous louer un entendement, lequel ne peut de soymesme comprendre n'escouter bonnes admonitions ? Or l'entendement humain a esté tel eu cest endroit. Nous appercevons donc qu'il est du tout stupide. Quant est des préceptes de la seconde Table, il y a quebiue petit plus d'intelligence, d'autant qu'ils approchent plus à la vie humaine et civile: combien ([u'il défaut mesmes aucunesfois en ceste partie. 11 semble advis aux plus excellens esprits estre une chose absurde de tollerer une supériorité tr(»p dure, quand on la peut repousser en quelque manière que ce soit. Et n'y peut avoir autre jugement en la raison humaine, sinon que c'est à faire à un cœur failly et abbatu, de porter patiemment une telle suiieriorité : et que de la repousser c'est fait honnestement et virilement: mesmes entre les Philosophes la vengeance n'est pas tenue pour vice. Au contraire, le Seigneur condamnant ceste trop grande magnanimité de cœur, commande aux siens la patience que les hommes condaument et vitupèrent. Davantage, nostre entendement est aussi si aveuglé ence poinct de la loy de Dieu, qu'il ne peut cognoistre le mal de sa concupiscence. Car l'homme sensuel ne peut estre mené à cela, de recognoistre sa maladie intérieure : et la clairté de sa nature est suffoquée devant qu'il puisse approcher de l'entrée de son abysme. Car quand les Philosophes parlent des mouvemens immoderez de nostre cœm', ils entendent de ceux qui apparoissent par signes visibles. Quand est des mauvais désirs qui incitent le cœur plus secretteuient, ils les reputent pour néant.
2o. PourtaiU, comme Platon a icy dessus esté à bon droit repris en ce qu'il impute tous péchez à ignorance, ainsi il nous faut rejetter l'opinion de ceux qui pensent qu'en tous péchez il y ait une malice délibérée. Car nous expérimentons plus qu'il ue seroit mestier combien nous t'aillons souvent avec nostre bonne intention. Car nostre raison et intelligence est enveloppée en tant de manières de folles resveries pour nous abuser, et est sujette à tant d'erreurs, et s'achoppe à tant d'empeschemens, et si souvent tombe en perplexité, qu'elle est bien loin de nous guider certainement. Certes sainct Paul monstre combien elle est infirme pour nous conduire en toute nostre vie, quand il dit que de nous-mesmes nous ne sommes pas idoines de penser quelque chose comme de nous (2 Cor. 3, o). Il ne parle point de la volonté ou affection, mais il nous oste aussi toute bonne pensée, c'est qu'il ne nous peut pas venir en l'entendement que c'est qui est bon de faire. Comment donc, dira quelcun, toute notre industrie, sagesse, cognoissance et solicitude est-elle tellement dépravée, que nous