LIVRE II
en ces pareilles du Seigneur, quand il dit que ce qui est nay de chair est chair (Jean 3. (j), connue il est facile de le prouver : il appert que c'est une fort misérable créature. Car toute affection de chair, tesnioin l'Apostre, est mort : veu ipie c'est inimitié à rencontre de Dieu, entant (pfclle n'est point sujette, et ne se peut assujettir à la Loy de Dieu (Rom. 8, G. 7). Si la chair est tant perverse, que de toute son alfection elle exerce inimitié à rencontre de Dieu, si elle ne peut avoir consentement avec la justice divine : en somme, si elle ne peut produire cpie matière de mort : maintenant présupposé qu'il n'y a en la nature de l'homme que chair, conunent en pourrons-nous tirer quelque goutte de bien ? Mais ce vocable, dira (luelcun, se réfère seulement à l'homme sensuel, et non pas h la partie supérieure de Tame. .Te respon.que cela se peut aisément réfuter par les parolles de Christ et de l'Apostre. L'argument du Seigneur est, qu'il faut que l'houune renaisse, pource qu'il est chair (Jean ;{, 6. 7). Il ne veut point ({u'il renaisse selon le corps. Or l'ame ne sera pas dite renaistre, estant corrigée en quelque portion, mais si elle est du tout renouvellée. Ce qui est confermé par laconq)araison qui est faite, tant là connue en sainct Paul. Car l'esprit est tellement comparé à la chair, (ju'il n'y a rien laissé de moyen : pourtant tout ce qui n'est point spirituel en l'homme, selon eeste raison, est charnel. Or nous n'avons point une seule goutte de cest esprit, sinon par régénération. Tout ce donc que nous avons de nature, est chair. Mais encore quand cela seroit autrement en doute, sainct Paul nous en baille la resolution, quand après avoir descrit le vieil homme, lequel il avoit dit estre corrompu par concupiscences errantes, il commande que nous soyons renouveliez en l'esprit de nostrc ame (Ephes. 4, 23). Chacun voit bien qu'il ne met pas les meschantes concupiscences en la partie sensitive seulement, mais en l'entendement mesnie : et que pom' ceste cause il commande qu'il soit renouvelle. Et de fait, il avoit un petit au paravant mis une telle description de la nature humaine, qu'il falloit conclurre, selon icelle, que nous sommes corrompuz et jiervers en toutes noz parties. Car ce qu'il dit, que les gens cheminent en la vanité de leur sens, et sont aveuglées quant à leur intelligence, et aliénées de la vie de Dieu pour leur ignorance et l'aveuglement de leur cœur, il n'y a nulle doute que cela ne compete à tous ceux que Dieu n'a point encores reformez à la droiture tant île sa sagesse que de sa justice (Ephes. 4, 17. 18). Ce qui est encores demonstré par la conqjaraison qu'il adjouste lantost après, quand il admoneste les fidèles, qu'ils n'ont pas ainsi apprins Christ. Car de ces mots nous pouvons conclurre, que la grâce de Jésus Christ est le remède unique pour nous délivrer de cest aveu-
glement, et des maux qui s'en ensu\Tent. Et c'est ce qu'Isaie avait prophétisé du règne de Christ, disant que cependant que les ténèbres cou\ riroyent la terre, et y auroit obscurité sur les peuples, le Seigneur seroit en clairté perpétuelle a son Eglise (Is. 60, 2). Quand il tesmoigne (|ue la clairté du Seigneur seulement luira en l'Eglise, hors d'icelle il ne reste que ténèbres et aveuglissement. Je ne reciteray point particulièrement tout ce qui est dit de la vanité de l'homme, tant de David (pie de tous les Prophètes. Mais c'est un grand mot que nous avons au Pseaume, que si l'homme estoit contrepoisé avec la vanité, il seroit trouvé plus vain qu'icclle mesme (Ps. 62, 10). C'est une grande condamnation contre son entendement, que toutes les cogitations qui en procèdent, sont moquées comme sottes, frivoles, enragées et perverses.
2. Ce n'est point une moindre condamnation sur le cœur, quand il est dit estre plein de fraude et de perversité, plus que toutes choses (Jer. 17, 9). Mais pource que je m'estudie à estre bref, je seray content d'un lieu, lequel sera comme un miroir tres-clair, pour nous faire contempler toute l'image de nostre nature. Car quand l'Apostre veut abbatre l'arrogance du genre humain, il use de ces tesmoignages : Qu'il n'y a nul juste, nul bien entendu, nul qui cherche Dieu: que tous ont décliné, tous sont inutiles:, qu'il n'y en a point qui face bien, pas jusques à un seul (Rom. 3, 10) : que leur gosier est comme un sepulchre ouvert, que leurs langues sont cauteleuses, que venim d'aspic est sous leurs lèvres, (jue leur bouche est pleine de maledicence et amertume, que leurs pieds sontlegiers ti espandre le sang, qu'en leurs voyes il n'y a que perdition et dissipation, que la crainte de Dieu n'est point devant lem's yeuxfPs. 14 et 53; Is. 59, 7). Il foudroyé de ces parolles rigoureuses non pas sur certains hommes, mais sur toute la lignée d'Adam : et ne reprend point les mœurs corrompuz de quekiue aage, mais il accuse la corruption perpétuelle de nostre nature. Car c'est son intention eu ce lieu-là, non pas de simplement reprendre les hommes à fin qu'ils s'amendent de leur propre mouvement: mais plustost de les enseigner, qu'ils sont tous depuis le premier jusques au dernier enveloppez en telle calamité, de laquelle ils ne peuvent sortir, sinon que la miséricorde de Dieu les en délivre. Pource que cela ne se pouvoit prouver, qu'il n'apparust que nostre nature est tombée en ceste ruine, il allègue ces tesmoignages, où il est monstre que nostre nature est plus que perdue. Que cela donc soit résolu, que les hommes ne sont pas tels que sainct Paul les descrit, seulement par coustume perverse, mais aussi d'une perversité naturelle : car autrement ne pourroit consister l'argument dont il use: c'est pour