‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 121 sur 703 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

monstror que nous n'avons nul salut sinon de la miséricorde de Dieu, veu que tout honuiie est en soy penlu et désespéré. Je ne me soueie |)(»int iey d'appllipier les tesmoignages au propos de sainct Paul: ear je pren ces sentences comme si elles a\ oy(Mit esté premièrement dites de iny. et Udii iioiiit alléguées des Prophètes. Premièrement il despouille l'homme de justice, c'est a dire d'intégrité et jiureté: })uis après d'intelligence, du delaut de huiuelle s'ensuit après le signe, c'est que tous hommes se sont destournez de Dieu: lequel chercher, est le premier degré de sapience. S'ensuivent après les fruits tTinlidelité. (pie tous ont décliné, et ont esté laits quasi comme pourriz, tellement ipiil ii y en a pas un (pii face bien. Davantage, il met toutes les meschancetez dont ceux qui se sont deshordez en injustice souillent et infectent les parties lie leurs coips. Finalement il tesmoigne (pie tous lionunes sont sans crainte de Dieu, à la reigle de la(juelle nous devions compasser toutes noz voyes. Si ce sont là les richesses hereditah-es du geni'c humain, c'est en vain (pi'on requi(>rt (pielque bien en nostn» nature. Je confesse (pie toutes ces meschancetez n'apparoissent point en chacun homme, mais nul ne peut nier qu'un chacun n'en ait la semence enclose en soy. Or comme un corps, (juand il a desja la cause et matière de maladie conceue en soy, ne sera point nommé sain, combien (pie la maladie ne se soit encore monstrée, et qu'il n'y ait nul sentiment de douleur: aussi l'ame ne sera point réputée saine, ayant telles ordures en soy: combien (lue la similitude ne soit point du tout propre. Car quelque \ice qu'il y ait au corj)s. si ne laisseil point de retenir vigueur de vie : mais l'ame estantabysmée en ce goulTi-e d'ini(iuité, non seulement est ^i(^ieuse, mais aussi vuide de tout bien. 3. Il se présente quasi une semblable question à celle qui a esté depeschée cy dessus. Car en tous siècles il y en a eu quelcuns, qui par la conduite de nature ont aspiré en toute leur vie à vertu: et inesme quand on trouvera beaucoup à redire en leurs n^eurs. si est-ce qu'tMi l'.-ilTecti(m d'honesteté (ju'ils (mt eue, ils ont monstre <|u'il y avoit (piekjue pureté en leur nature. Combien (pie nous i-xplirpicrons jjIus amplement en (piclle estime s(jnt telles vertus devant Dieu, quand nous traitterons du mérite des <euvres, toutesfois il en faut dire à présent ce (jui sera nécessaire pour la matière (pie nous avons en main. Ces e\enq)les donc nous adnionnestent que nous ne devons point reputer la natun^ de l'homme du tout vicieuse, veu que par l'inclination d'icelle aucuns non seulement ont fait plusieurs actes excellens, mais se sont portez honnestement en tout le cours de leur vie: mais nous avons à considérer, qu'en la corruption universelle dont nous avons parlé, la ^race de Dieu a quelque lieu, non i)as jjour

amender la perversité de la nature, mais pour la reprimer et restraindre au dedans. Car si Dieu iiermettoit à tous hommes desu\vre leurs cupiditez à brides avallées. il n'y en auroit nul qui ne demonstrast par expérience que tous les vices dont sainct Paul condamne la nature humaine, seroyent en lu\. Ciiv (|ui sera celuy (pii se pourra séparer du nombre des honunes? ce qu'il faut faiiv, si ([uelcun se veut exempter de ce (pie dit sainct Paul de tous, assavoir que leurs I lieds sont legiers à espandre le sang, leurs mains souillées de rapines et homicides, leurs gosiers semblables à sepulclires ouvers. langues cauteleuses, lèvres venimeuses, (j^uvres inutiles, iniques, pourries, mortelles: quelem* cœur est sans Dieu, (ju'ils n'ont au dedans que malice, (pie leurs yeux sont a faire embusches, leurs coHirs eslevez à outrage : en somme, toutes leurs ]iaities apprestées à mal faire (Rom. 3, 10 — 17). Si une chacune aine est sujette à tous ces monstres de vices, comme l'Apostre prononce hardiment, nous voyons que c'est qui adviendroit, si le Scigneui" laissoit la cupidité humaine vaguei" selon son inclination. Il n'y a beste enragée ([ui soit transportée si desordonnément: il n'y a rivière si ^ iolente et si roide, de laquelle l'exondation soit tant impétueuse. Telles maladies sont l)urgées i)ar le Seigneur en ses eleus, en la manière que nous exposerons : aux reprouvez elles sont seulement reprimées comme par une bride, à ce qu'elles ne se desbordent point, selon que Dieu cognoist estre expédient pour la conservation du monde universel. De là vient qu'aucuns par honte, aucuns par crainte des loix sont retenus, à ce (pi'ils ne s'abandonnent à beaucoup de meschancetez: combien qu'en partie ils ne dissimulent pas leurs mau\aises concupiscences. Les autres, pource qu'ils pensent honneste manière de vivre leur estre profitable, tellement (piellement aspirent à icelle. Les autres outrepassent encore, et monstrent une excellence spéciale pour retenir le vulgaire en leur obéissance, par une espèce de majesté. En telle manière le Seigneur l'estraind par sa providence la perversité de nustre nature, à ce (luelle ne se jette point hors des gons, mais il ne la purge pas au dedans.

4. Quelcun pourra dire (pie cela ne suffit pas à soudre la question. Car ou il faut que nous facions Catilina semblable à Camillus, ou nous aurons un exemple en Camillus. que la nature, (juand elle est bien menée, n'est pas du tout depourveue de bonté. Je confesse que les vertus (pii (nit esté en Camillus, ont esté dons de Dieu, et qu'elles pourroyent estre veues louables, si on les repute en elles-mesmes : mais comment seront elles enseignes qu'il a eu en sa nature une preud'hommie ? Pour monstrer cela, ne faut-il pas revenir au cœur en faisant cest argument ? Que si un homme naturel a esté doué

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