‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 124 sur 703 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

nonce ailleurs, que c'est Dieu qui fait toutes choses en tous (1 (lor. ii, G). Car il ne disiiutc point là du gouvernement universel du monde, mais il maintient que la louange de tous les biens qui se trouvent aux fidèles doit estre réservée à Dieu seul. En disant, Toutes choses, il fait Dieu authem' de la vie spirituelle depuis un bout jasfiu'à l'autre. Ce qu'il a\oitau para\ant exprimé sous autres mots, c'est (pie les fidèles sont de Dieu en Jésus Christ (1 Cor. 8, 6; Kpii. 1, 1) : où il propose une création nouvelle, par laquelle ce qui est do la nature commune est aboly. Mesmes il l'ail une compaiaison de Jésus Christ à l'opposite d'Adam, L-upielle en un autre lieu il déduit plus clairemenl : assavoir que nous sommes l'ouvrage de Dieu, estans créez en Jésus Christ à bonnes œuvres, qu'il a apprestées afin que nous cheminions en icelles (Ephes. 2, 10). Car il veut prouver par ceste raison que nostre salut est gratuit, d'autant (|ue la resource de tous biens est en la seconde création, laquelle nous obtenons en Jésus Christ. Or s'il y avoit la moindre faculté du nionde en nous, il y auroit aussi quelque portion de mérite: mais afin de nous espuiser du tout, il argue que nous n'avons peu rien mériter, d'autant que nous sommes créez en Jésus Christ pour faire bonnes œuvres, lesquelles Dieu a préparées. En quoy il signifie derechef, que depuis le premier mouvement jusques a la dernière persévérance, le bien que nous faisons est de Dieu en toutes ses parties. Par mesme raison le Prophète, après avoir dit au Pseaume, (|ue nous sommes l'ouvrage do Dieu: afin quenuln'entroprhistde taire partage, adj ouste quant et quant. Il nous a faits, ce ne sommes nous pas qui nous ayons faits (Ps. 100.3). Qu'il parle île la régénération, hKiuelle est le commencement de la vie spirituelle, il appert par le fil du texte : car il s'ensuit tantost après, que nous sommes son peuple et le troupeau de sa pasture. Or nous voyons qu'il ne s'est pas contenté d'avoir simplement attribué à Dieu la louange de nostre salut, mais qu'il nous exclud de toute compagnie : comme s'il disoit. Pour estre troupeau de Dieu, les liommes n'ont dequoy se glorifier jusques à une seule goûte: pource que le tout est de Dieu.

7. Mais il y en aura possible qui concéderont bien, que la volonté de l'homme est convertie à justice et à droiture par la seule vertu de Dieu, et que de soymosmo elle en est destournée : neantmoins ciu'estant préparée elle besongne ]iour sa part : comme sainct Augustin escrit, que la grâce procède toute bonne œuvre : et qu'en bien faisant la volonté est conduite par la grâce, et no la conduit pas : suit, et ne précède pas. ■** Laquelle sentence ne contenant rien en soy de mal a esté mal dostournée à un sens pervers par le maistre des Sentences.*^ Or je dy que tant aux mots du Prophète, lesquels j'ay

allégué, qu'aux autres lieux semblables, il y a deux choses à noter : c'est que le Seigneur corrige, ou plustost abolit nostre volonté perverse, puis après nous en donne de soymesme une bonne. Entant donc que nostre volonté est }iii"\ enuo de la grâce, je permets ([u'elle soit nommée comme chambrière : mais en ce qu'estant reformée elle est œuvre de Dieu, cela no doit i)oint estre attribué à riionune, que par sa volonté il oliteuqiere à la grâce prévenante, l'aripioy ce n'a pas esté bien parlé à sainct Chrysostomo. de dire que la grâce ne peut rien sans la volonté, connue la volonté ne peut rien sans la grâce : *'^ comme si la volonté mesme n'estoit point engendrée et tonnée de la grâce, conune nous avons veu par sainct Paul. Touchant de sainct Augustin, ce n'a pas esté son intention de donner à la volonté de l'homme une partie do la louange dos bonnes œuvres, quand il l'a nommée chandjriere de la grâce : mais il Ijonsoit seulement à réfuter la meschante doctrine de Polagius, lequel mettoit la première cause de salut es mérites do l'honmie. Pourtant ce qui estoit convenable h ce propos-Là, il demonstre ([ue la grâce précède tous mérites : laissant l'autre quosfion derrière, quel est son effect perpétuel en nous, laquelle il traite trèsbien ailleurs. Car quand il dit par plusiem's fois, (pie le Seigneur provient celuy lequel ne veut point, afin qu'il veuille : et assiste à celuy qui veut, afin qu'il ne veuille en vain : il le fait entièrement autheur do tous biens. Combien qu'il y ait plusieurs sentences en ses escrits si claires tduchant cola, qu'elles n'ont point mesfier d'autre expositeur. Los hommes, dit-il, mettent peine de fi'ouvor en nostre volonté (juelque bien ({ui soit nostre, et non point de Dieu : mais je ne say comment ils l'y pourront trouver. "" Item au premier livre contre Polagius et Cœlesfius, exposant ceste sentence de nostre Seigneur Jésus, Quiconque a ouy du Pore, vient à moy (Jean 6, 45) : La volonté de l'homme, dit-il, est tellement aidée, non seulement à ce qu'elle sache ce qu'il faut faire, mais l'ayant seu, qu'elle le face. Et pourtant quand le Seigneur enseigne, non point par la lettre de la Loy, mais par la grâce do son Espi'it, il enseigne en sorte que non seulement un chacun voye ce qu'il aura apprins en le cognoissant, mais que de vouloir il appete, et que d'anivro il le parface.

8. Et pource (lue nous sommes maintenant au principal poinct do la mafiere, rédigeons la chose sommairement, et approuvons nostre sentence par tesmoignages do l'Escriture : puis après, afin que pei'sonne ne calomnie que nous l'onversons l'Escriture, monstrons que la vérité que nous tenons a esté aussi enseignée par ce sainct personnage, je dy .sainct Augustin. Car je no pense pas qu'il soit expédient de produire tous les tesmoignages l'un après l'autre, qui se

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