‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 126 sur 703 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

fruiet : et iiourtant ([u'il ne prend pas tout de la terre, nu de la première raeine. mais qu'il ajiporte ([uelipie eliose du sien, (lar .lesus (llirisl n'entend autre chose, sinon que nous sommes du liois sec et stérile, et de nulle valeur, si tost (|ue nous sonnnes séparez de luy: pource (pfil ne se trouvera à part en nous aucune faculté de bien faire: comme il dit ailleurs, (pie tout aihrc (pie son Père n'a plantée sera arrachée (Mattli. lo, i;}). Pourtant rA[»ostre luy en donne toute louange. C'est Dieu, dit-il, qui fait en nous et le vouloir et le [larfaire (Phil. 2, KV). î.a iireiuieic partie des bonnes (eu\res est la volonté: l'autre est de s'clTorcer k l'exécuter, et le pouvoir laire. Dieu est autheur et de l'un et de l'autre. Il s'ensuit donc (pie si rhoinme s'attribue aucune chose, ou en la volonté, ou en l'exécution, (pi'il desrobe autant à Dieu. S'il estoit dit (pie Dieu baille secours à nostre volonté infirme, il nous seroit laissé (iuel([ue chose : mais (piand il est dit (pi'il fait la volonté, en cela il est monstre que tiuit ce (pii est de lion est d'ailleurs que de nous. Et pource que la bonne volonté mesnie pai" la pesanteur de nostre chair est retardée et opprimée, il dit consequamment que pour surmonter toute difficulté, nostre Seigneur nous donne la constance et vertu d'exécuter. Et de faict, ce qu'il enseigne ailleurs ne peut autrement estre vray: c'est qu'il n'y a (pi'un seul Dieu, qui fait toutes choses entons (1 ('or. 12. G): où nous avons monstre cy dessus que tout le cours de la vie spirituelle est compris. Pour laquelle raison David, après avoir prié Dieu qu'il luy manifeste ses voyes. afin qu'il chemine en sa vérité, adjouste incontinent, Uny mon cœur pour craindre ton nom (Ps. 86, 11). Par le([uel mot il signifie, que ceux mesmes qui sont bien affectionnez sont sujets à tant de desbauchemens pour estre distraits, qu'ils s'esvanouyroyent bien tost ou s'escouleroyent comme eau, s'ils n'estoyent fortifiez en constance. Suyvant cela, en un autre passage ayant prié Dieu de vouloir guider ses pas, il adjouste que la force aussi luy soit donnée pour guerroyer: Que l'iniquité (dit-il) ne domine point en moy (Ps. 119, iXi). En cesle manière donc Dieu commence et parfait la lionne œuvre en nous : c'est que par sa grâce la volonté est incitée à aimer le bien, inclinée à le désirer, et emeue à le chercher et s'y adonner: davantage, que ceste amour, désir et effort ne défaillent point, mais durent jusques à leur etîect : finalement que l'homme poursuit le bien, et y persévère jusques à la fin.

10. Or il émeut nostre volonté, non pas comme on a long tenqis imaginé et enseigné, tellement qu'il soit après en nostre élection d'obtempérer à son mouvement, ou résister: mais il la meut avec telle efficace, (pi'il tant qu'elle suyve. Pourtant ce qu'on Ut souvent en Chrysostome ne doit point estre receu: C'est que Dieu n'attire

sinon ceux qui veulent estre attirez. En quoy il signifie (pie Dieu en nous tendant la main, atli'iid s'il nous semblera bon de nous aider de sdii secours. Nous concédons bien que du temps (pie riioinme estoit encore entier, sa condition estoit telle, qu'il se pouvoit incliner d'une part et d'autre : mais puis qu'Adam a declairé par son exemple combien est povre et misérable le Franc-arbitre, sinon (pie Dieu vueille en nous et puisse tout, (piel profit aurons-nous quand il nous dejiartira sa grâce en telle manière? Mais comme ainsi soit qu'il esiiamie sur nous la plénitude de sa grâce, nous luy en ostons la louange par nostre ingratitude. Car l'Apostre n'enseigne pas seulement (pic la grâce de bien vouloir nous est ollerte, si nous l'acceptons, mais (pie Dieu tait et forme en nous le vouloir; qui n'est autre chose à dire, sinon que Dieu par son Esprit dresse, fléchit, modère nostre cœur, et (pi'il y règne comme en sa possession. Et par Ezechiel non seulement il promet de donner un C(eur nouveau à ses elcus, afin qu'ils puissent cheminer en ses préceptes, mais afin qu'ils y cheminent de faict (Ezech. 11, 19: 36, 27). Et ne se peut autrement entendre ceste sentence de Christ, Quiconque a esté instruit de mon Père, vient a moy (Jean 6, 4o): sinon queparicelle on entende que la grâce de Dieu est de soy-mesme vertueuse pour accomplir et mettre en effectson onivre, comme sainct Augustin le maintient : ■•* lafiuelle grâce Dieu ne départ point à un chacun, comme porte le proverbe commun, qu'elle n'est déniée à personne qui fait ce qui est en soy. Bien faut-il enseigner (pie la bonté de Dieu est exposée à tous ceux qui la cherchent, sans aucune exception. Mais comme ainsi soit que nul ne commence à la chercher devant qu'il ait esté inspiré du ciel, il ne falloit en cest endroit mesme aucunement diminuer de la grâce de Dieu. Certes ce privilège appartient aux eleus seulement, qu'estans régénérez par l'Esprit de Dieu, ils soyent de luy conduits et gouvernez. Parquoy sainct Augustin ne se inocciue pas moins de ceux qui se vantent que c'est à eux en partie d'appeter le bien, qu'il reprend les autres qui pensent que la grâce est donnée pesle-mesle à tous, veu qu'elle est tesmoignage de l'élection gratuite de Dieu.*^ La nature, dit-il, est commune à tous, non pas la grâce. Et dit (|ue ceux qui estendent ainsi généralement à tous ce que Dieu ne donne qxxe de son bon plaisir, ont une subtilité luysante et fragile comme un verre. Item, Comment es-tu venu à Christ? c'est en croyant. Or crain que si tu te vantes d'avoir toy-mesme trouvé la voye juste, tu ne périsses et soyes exterminé d'icelle. Si tu dis que tu es venu de ton Franc-arbitre et propre ^■olonté, de quoy fentles-tu? Veux-tu cognoistre que cela aussi t'a esté donné ? escoute celuy qui nous appelle : Nul ne vient h, moy si mon Père

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