‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 13 sur 703 · CHAPITRE IIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIII

Que ceste cognoissance est ou estonffée ou corrompue, partie par la sottise des hommes, partie par leur malice.

i. Or comme l'expérience monstre qu'il y a une semence de religion plantée on tous par inspiration secrète de Dieu, aussi d'autre part en trouvera-on à grand'peine de cent l'un qui la nourrisse on son cœur, pour la bien faire germer : mais on en trouvoia pas un seul auquel elle meurisse, tant s'en faut que le fruit on revienne on la saison. Car soit que les uns s'esvanouissont on leurs folles superstitions, soit que les autres malicieusement et de propos délibéré se dcstournont de Dieu, tant y a que tous s'esgaront de la vrayo cognoissance d'icoluy : dont il advient qu'il n'y demeure nulle pieté bien reiglée au monde. Ce que j'ay dit qu'aucuns déclinent et tondjont on superstitions par erreur, no doit pas ostre entendu comme si leur simplicité les justifioit de crime, veu que l'aveuglement duquel il sont occupez, est quasi tousjours enveloppé en prosomution orgueilleuse, et en outrecuidance. La vanité, voire conjointe avec orgueil, est assez conveincue en ce que nul pour chercher Dieu ne s'eslcvc pardessus soy comme il est requis : mais tous le veulent mesurer selon la capacité de leur sens charnel, qui est du tout stupide. Davantage, on mesprisant de s'eniiuorir h bon escient pour parvenir a quolipie fermeté, ils ne font que voltiger par leur curiosité en spéculations inutiles. Parquoy ils n'approliondoiit])oint Diou toi qu'il s'offre, mais ils rimaginont tel qu'ils Font forgé par leur témérité. Ce gouffre estant ainsi ouvert do quol([uo costé qu'ils mettent le pied, il faut qu'ils se précipitent on ruine : et quoy qu'ils brassent puis après pour l'honorer et servir, ne sera point alloué en ses contes : pource que ce n'est pas luy (ju'ils honnorent, mais en son lieu leurs songes et resveries. Ceste perversité est expressément taxée par S. Paul, (luand il dit que les hommes appetans d'estre sages ont

esté du tout insensez (Rom. 1, 22). Il avoit dit un petit auparavant, qu'ils se sont osvanouis en leurs pensées: mais afin que nul ne les excusast de coulpe, il adjouste qu'ils ont esté aveuglez à bon droit : veu que ne se contentans point do sobriété et modestie, ils se ont usurpé plus qu'il ne leur estoit licite : et par ce moyen sciemment et de leur bon gré il se fourrent en ténèbres : mesme par leur perversité et arrogance ils se rendent insensez. Dont il s'ensuit que leur follie n'est point excusable, laquelle procède non seulement de vaine curiosité, mais aussi d'un appétit dosbordé de plus savoir ([ue leur mesure ne porte, joint une fausse présomption dont ils sont pleins.

2. Quant h ce que David dit, que les meschans et insensez, pensent en leur cœur qu'il n'y a point de Dieu (Ps. 14, 1 et 53, 1): premièrement il se doit appliquer à ceux qui ayans ostoutfé la clarté de nature, s'abrutissent à leur escient: comme derechef nous verrons tantost. Et de fait il s'en trouve plusieurs, lesquels s'estans endurcis ta pocher par audace et coustume, rejettent avec une rage toute mémoire de Dieu, laquelle toutosfois leur est remise au devant par leur sons naturel, et ne cesse de les soliciter au dedans. Or pour rendre leur fureur tant plus détestable, il dit que précisément ils nient Diou: non pas pour luy ravir son essence, mais d'autant qu'eu le dépouillant d'office do juge et gouverneur, ils l'enferment au ciel comme oisif. Car puis (pi'il n'y a rien moins convenable à Dieu, que de quitter le régime du monde pour laisser tout aller à l'aventure, et faire du borgne pour laisser tous péchez impunis, et donner occasion aux malins de se dosborder, il appert que tous ceux ([ui se pardonnent et flattent, et en repoussant tout souci de venir à conte, s'anonchalissent, nient qu'il y ait un Dieu; et c'est une

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