‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 14 sur 703 · CHAPITRE IIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIII

juste vengeance du ciel que les cœurs dos iiiosclians soyciit ainsi on^^qossoz. afin qu'ayant fermé les yeux, en voyant ils ne vuyent goutte. David mesnie est tresbon expositeur de son intention, en ce passage où il dit que la crainte de Dieu n'est poiiU devant les yeux des malins (Ps. :}G, :2: Ps. 10, 11): Item, (pi'ils a])plaudissent en leur forfait, d'autant qu'ils se persuadent que Dieu n'y preml jtoint garde. Combien don(|ues qu'ils soyent contrains de cognoistre quebjue Dieu, toutesfois ils anéantissent sa gloire en lui ost^mt sa puissam-e. Car comme Dieu ne se peut renier soymesme (2 Tim. "1, 1.'}), ainsi fjue dit S. Paul, pource qu'il demeure tousjours semblable à soy, ainsi ces canailles se forgeant une idole moiie et sans vertu, sont justement accusez de renier Dieu. Davantage il est a noter, combien qu'ils cond)atent contre leur propre sens, et désirent non seulement de chasser Dieu de là, mais aussi l'abolir au ciel : toutesfois que la stupidité en kuiuelle ils se plongent ne gagne jamais jus((ues là, que Dieu quebpie fois ne les ramené par force à son siège judicial. Toutesfois pource ipi'ils ne sont point retenus de nulle crainte qu'ils ne se ruent avec toute imiiiHuosité contre Dieu, cependant (pi'ils sont ainsi transportez d'une violence tant aveugle, il est certain qu'ils ont oublié Dieu, et que telle brutalité rogne en eux.

3. Par ce moyen la défense frivole que plusieurs prétendent pour couvrir leurs superstitions est abatue. Car il leur semble, quand on s'adonne à servir Dieu, que toute atfection, quelque de.sreiglée qu'elle soit, suflit: mais ils no notent pas (|ue la vraye religion doit estre du tout conforme à la volonté de Dieu comme une reigle qui ne flescbit point: cependant, que Dieu demeure tou.sjours sendtlable à soy, et qu'il n'est pas un fantosme qui se transfigure à l'appétit d'un chacun. Et de fait on peut voir à l'œil, (piand la sui)erstilion veut gratifier à Dieu, en condjien de follies elle s'enveloppe comme en se jouant. Car en retenant soigneusement les choses dont Dieu ])rononce (lu'il ne luy chaut, elle rejette ouvertement ou mesprise celles qu'il recommande comme précieuses. Panpioy tous ceux qui dressent des services à Dieu à leur poste, adorent leurs resveries seulement: pource qu'ils n'oseroyent ainsi apporter à Dieu des menus fatras, sinon que desja ils l'eussent forgé en leur moule semiilable à eux pour approuver leurs inventions. Parquoy S. Paul prononce qu'une telle conception qu'on a de Dieu vagabonde et erronnée, est ignorance de Dieu: Pource que vous ne cognoissiez point Dieu, dit-il, vous serviez à ceux qui n'estoyent point Dieu de nature (Gai. 4, 8). Et en l'autre passage il dit (jue les E})hesiens estoyent du tout sans Dieu, du temps qu'ils estoyent esgarez de celuy qui l'est à la

vérité luy seul (Ephes. 2, 12). Et n'y a pas ici grande distance entre les deux, i)our le moins en ce poinct, c'est de concevoir un dieu ou plusieurs, pource que tousjours on se deslourne du vray Dieu, et quand on l'a délaissé, il ne reste plus qu'une idole exécrable. Par ainsi nous avons à conclurre avec Lactance, qu'il n'y a nulle religion, si elle n'est conjointe avec la vérité.

4. 11 y a encores un second mal, c'est que les hommes ne se .soucient gueres de Dieu, s'ils n'y sont forcez, et ne veulent a])procher de luy sinon qu'ils y soyent traînez maugré qu'ils en ayent: mesme alors encores ne sont-ils point induits à crainte volontaire, qui procède d'une révérence de sa majesté, mais seulement d'une crainte servile et contrainte, entant que sou jugement la leur arrache: lequel, pource qu'ils ne le peuvent escbaiior, ils ont en horreur, toutesfois en le détestant. Car ce qu'un Poète payen a dit compote wayement à l'inqjieté seule : assavoir que la crainte s'est forgée des dieux la première. ' Ceux qui se voudroyent desborder en despitant Dieu, souliaiteroyent (juant et quant que son siège judicial, lequel ils cognoisscnt estre dressé pour punir les transgressions, fust abatu. Estans menez de ceste alïection, ils bataillent contre Dieu, lequel ne peut estre sans son jugement: mais pource qu'ils ne peuvent éviter d'estre accablez par sa puissance, et sentent bien qu'ils ne la peuvent destourner, voila comment ils sont veincus de crainte. Parquoy afin qu'il ne semble qu'en tout et par tout ils mesprisent celuy duquel la majesté les tient saisis, ils s'aquittent tellement quellement d'avoir apparence de religion: cependant ils ne laissent pas de se polluer en tous vices, et amasser enormitez les unes sur les autres, jusques à ce qu'ils ayent entièrement violé la loi de Dieu et dissipé toute la justice d'icelle: ou bien ils ne sont pas tellement retenus de ceste feintise de crainte, qu'ils ne se reposent doucement en leurs pochez s'y fiatent et baignent, aimant mieux de lascher la bride à l'intempérance de leur chair, que de la restreindre et reprimer pour obéir au S. Esprit. Or pource que tout cola n'est iiu'un ond)re feint de religion, mesme à grand'peine merite-il d'estre appelle ombre, il est aisé de cognoistre combien la vraye pieté, que Dieu inspire seulement aux coeurs de ses fidèles, est différente d'une cognoissanco si maigre et confuse : dont aussi il appert que la religion est propre aux enfants de Dieu; et toutesfois les hypocrites par leurs circuits obli(iues veulent gagner ce poinct (ju'on les pense estre prochains de Dieu, lequel toutesfois ils fuyent. Car au lieu qu'il y doit avoir un train égal d'obéissance en toute la vie, ils ne font nul scrupule de l'offenser en ceci ou en cela, se contentant de l'appaiser de quelque peu

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