‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 135 sur 703 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ceptes et adverlissonions Je Dieu, s'il leur estult possible, sont confondus, veuillent-ils ou non, par la vertu d'iceux. Mais la principale utilité doit estre considérée es fidèles : ausipiels ja soit que le Seiyneur l'ace tout parsdii Kspiit, touteslois il use de l'instrument de sa paroUe, pour acconijilir son o'uvrc en eux, et en use avec eflicace. Quand doue cela sera résolu, comme il doit estre, que toute la vertu des justes est située en la grâce de Dieu, selon le dire du Prophète. Je leur donneray un cieur nouveau puur cheminer en mes conunandemens (Ezech. 11, 19. :20):si quelcun demande pounjuoy on lesadmonneste de leur devoir, et pnur(|uoy on ne les laisse a la conduille du saincl Esprit: pourquoy on les pousse par exhortation, veu qu'ils ne se peuvent haster davantat^e (pie l'Espiit les incite: pouripioy on les coiri<;e (juand ils uni lailli, veu qu'ils sont nécessairement trebuschez par l'intirmité de leur chair: nous avons a respondre, Homme, qui es-tu qui veux imposer loy à Dieu? S'il nous veut préparer par exhortation à recevoir la grâce d'obéir à son exhortation, qu'estce que tu as à reprendre ou mordre en cest ordre et manière ? Si les exhortations ne profitoyent d'autre chose entre les fidèles, sinon pour les redarguer de péché, encore ne devroycnt-elles estre réputées inutiles. Or maintenant, puis (ju'elles profitent grandement a eiiflamber le cœur en amour de justice : au contraire,;! haine et desplaisir de péché, entant (pie le sainct Esprit besoigne au dedans, (piand il use de cesi instrument extérieur au salut de riiomme, qui osera les rejetter comme superflues? Si quelcun désire une response plus claire, je luy donneray la solution en bref: c'est ([ne Dieu besoigne doublement en nous, au dedans par son Esprit, au dehors par sa paroUe. Que par son Esprit en illuminant les entendemens, formant les cœurs en amour de justice et innocence, il régénère l'homme en nouvelle créature : par sa parolle il esmeut et incite l'homme a désirer et chercher ceste ren(j\atioii. En l'un et en l'autre il demonstre la vertu de sa main, selon l'ordre de sa dispensalion. Quand il adresse icelle mesme parolle aux iuiipies et reprouvez, combien qu'elle ne leur tourne à correction, neantmoins il la fait valoir à autre usage : c'est à fin qu'ils soyent à présent pressez en leurs consciences et au jour du jugement soyent d'autant plus inexcusables. Suyvant ceste raison nostre Seigneur .lesus, comltien (ju'il prononce ({ue nul ne peut venir à luy sinon que le Père l'y attire (Jean 6, 44. 45) : et que les eleus y viennent après avoir entendu et appris du Père : ne laisse pas toutesfois de faire l'office de docteur, mais invite par sa voix ceux qui ont besoin d'estre enseignez ])ar le sainct Esprit, pour profiter en ce qu'ils oyent. Quant aux réprouvez, sainct Paul declaire que la doc-

trine n'est pas inutile, enlaiil (pieile leur est odeur de mort à mort : et cependant est odeur souefve devant Dieu (:2 Cor. 2, 10).

6. Us mettent grand'i)eiiie à recueillir force tesmoignages de l'Escrilure, afin (jue s'ils ne peuvent vaincre par en avoir de meilleurs et plus propres (pie nous, (pie jioui' le moins ils nous puissent accabler de la muUilude. Mais c'est comme si un capitaine assembloit force gens qui ne fussent nullement duits à la guerre pour espovanter son ennemi. Devant (|ue les mettre en œuvre, ils feroyent grand'-nKjiistre : mais s'il falloit venir en bataille, et joindre contre son ennemy, on les feroit fuyr du premier coup. Ainsi il nous sera facile de renverser toutes leurs objections, (pii n'oul ([u'apparence et ostentation vaine. Et pource que tous les pas.sages ([u'ils allèguent se peuvent réduire en certains ordres ou rengs : ([uand nous les aurons ainsi rengez sous une response nous satisferons à plusieurs : par ainsi il ne sera point nécessaire de les soudre l'un après l'autre, ils font un grand bouclier des préceptes de Dieu, lesquels ils pensent estre tellement proi)orlionnez à nostre force, que tout ce qui y est re(iuis nous le puissions faire. Ils en assemblent donc im grand nombre, et par cela mesurent les forces humaines. Car ils arguent ainsi : Ou Dieu se mo(|ue de nous, quand il nous commande saincteté, pieté, obéissance, chasteté, dilection, etiuansuetude : et (piand il nous défend immondicité, idolâtrie, impudicité, ire, rapine, orgueil et cho ses semblables : ou il ne requiert sinon ce qui est en nostre puissance. Or tous les préceptes qu'ils amassent ensemble, se peuvent distinguer en trois espèces : les uns commandent (jue l'homme se convertisse à Dieu : les autres simplement recommandent l'observation de la Loy: les autres commandent de persévérer en la grâce de Dieu desja receue. Traitons premièrement de tous en gênerai, puis n(jus descendrons aux espèces. Je confesse qu'il y a long temps que c'est une chose vulgaire de mesurer les facultez de l'homme par ce que Dieu commande, et ([ue cela a (piehpie couleur de raison : néantmoins je d\ qu'il procède d'une grande ignorance. Car ceux (lui veulent monstrer que ce seroit chose fort absurde, si l'observation des commandemcns estoit im|)ossible à l'homme, usent il'un argument trop infirme : c'est qu'autrement la Loy seroit donnée en vain. Voire, comme si sainct Paul n'avoit jamais parlé d'icelle. Car je vous prie, (jue veulent dire les sentences qu'il nous en baille ? Que la Loy a esté donnée pour augmenter les transgressions : (lue par la Loy vient la cognoissance de péché : que la Loy engendre péché : qu'elle est survenue pour multiplier le péché (Gai. 3, 19; Rom. 3, 20; 7, 7; o, 20). Est-ce à dire (ju'il fallust qu'elle eust une correspondance avec noz forces, pour n'estre

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