LIVRE II
point donnée en vain ? Pluslost sainct Paul monstre on tons ces passades, (pie Dieu nous a commandé ce qui estoil pardessus nostre vertu, pour nous conveincrc <le nostre inipuissance. Certes selon la detinilion que luy niesme baille de la Loy, le but et l'accomplissement d'icelle est charité : de laquelle il prie Dieu reiiqtlir le cœur des Thcssaloniciens (1 Tini. 1, 5; 1 Tbess. 3, 12). En quoy il signifie ([ue la Loy battroit noz oreilles en vain et sans fruict, sinon que Dieu inspirast en noz cœurs ce qu'elle enseigne.
7. Certes si l'Escriture n'eiiseignoit autre chose, sinon que la Loy est reigle de vie, à h'uiuelle noz œuvres doivent estre conqiassées : j'accorderoye incontinent sans diriiculté à leur opinion: mais puis qu'elle nous explique diligemment plusieurs et diverses utilitez d'icelle, nous devons plustost nous arresler à ceste interprétation, qu'a nos fantasies. Entant ([u'il appartient a ceste question : si tost que la Loy nous a ordonné ce que nous avons à l'aire, elle enseigne quant et quant que la faculté d'obéir procède de la grâce de Dieu. Pourtant elle nous enseigne de la demander par prières. Si nous n'y voyons que simples commandemens, et nulle promesse, il nous faudroit esprouver noz forces, voir si elles seroyent suffisantes pour cela faire : mais puis qu'avec les commandemens sont conjointes les promesses, lesquelles declairent non seulement que nous avons mestier d'avoir l'aide de Dieu pour nostre support, mais (pi'cn sa grâce gist toute nostre vertu, elles demonstrent assez que non seulement nous ne sommes pas suffisans, mais du tout inhabilles à observer la Loy. Pourtant qu'on ne s'arrcste plus à ceste proportion de noz forces avec les commandemens de Dieu, comme s'il eust compassé à nostre imbécillité et petitesse la reigle de justice qu'il vouloit donner : mais plustost que par les promesses nous reputions combien nous sonnues mal presls, veu qu'en tout et par tout nous avons si grand besoin de sa grâce. Mais à qui persuadera-on, disent-ils, que Dieu ait adressé sa Loy à des troncs ou des pierres ? Je dy que nul ne veut persuader cela : car les meschans ne sont point pierres ou troncs, quand estans enseignez par la Loy, que leurs concupiscences contrarient à Dieu, ils se rendent coulpables en leurs consciences propres : ne pareillement les fidèles, quand esUins advertis de leur foiblesse, ont recours à la grâce de Dieu. A quoy appartiennent ces sentences de sainct Augustin, Que Dieu commande ce que nous ne pouvons faire, afin que nous sachions ce que nous devons demander de luy. Item, l'utilité des préceptes est grande, si le Libéral-arbitre est tellement estimé, (pie la grâce de Dieu en soit plus honorée. "^ Item, La foy impetrc ce que la Loy impere. Et de fait, c'est pour cela que la Loy commande, afin que la foy impetre ce que la Loy a commandé. Mesme Dieu requiert la foy
de nous, et ne trouve point ce qu'il requiert,, sinon (lu'il l'y ait mis pour l'y trouver. Item, que Dieu donne ce qu'il commande, et qu'il commande ce qu'il voudra. "*
H. Ci'hi a[(paroistra mieux en considérant les trois espèces de commandemens dont nous avons parlé. Le Seigneur requiert souvent, tant en la Loy comme aux Prophètes, ([u'on se convertisse k luy : mais le Prophète respond d'un autre costé : Converty-moy Seigneur, et je seray converty. Depuis (pic tu m'as converty, j'ay fait peniten("e (Joël i2, 12; Jer. 31, 18), etc. 11 nous commande aussi de circoncir noz cœurs : mais il dénonce par Moyse (pie ceste circoncision est faite de sa main. Il requiert plusieurs fois des hommes nouveau cœur : mais il tesmoigne que c'est luy seul qui le renouvelle (Deut. 10, 16 ; 30, G; Èzech. 36, 26). Or comme dit sainct Augustin, ce que Dieu promet nous ne le faisons point par nature, ne par nostre Franc-arbitre, mais luy le fait par sa grâce. Et c'est la cimiuieme reigle (pi'il note entre les reigies de la doctrine Chrestienne, Qu'on doit observer en l'Escriture, de bien distinguer entre la Loy et les promesses, entre les commandemens et la grâce. ®® Que diront maintenant ceux qui allèguent les préceptes de Dieu pour magnifier la puissance de l'homme, et esteindre la grâce de Dieu, par L'upielle seule nous voyons que les préceptes sont accomplis ? La seconde manière des préceptes que nous avons dit, est simple : assavoir d'honnorer Dieu, servir et adhérer à sa volonté, observer ses mandemens, suyvre sa doctrine. Mais il y a des tesmoignages infinis, que tout ce que nous pouvons avoir de justice, saincteté, pieté, pureté, est don gratuit venant de luy. Quant au troisième genre, nous en avons exemple en l'exhortation de sainct Paul et Barnabas, qu'ils faisoyent aux fidèles, de persévérer en la grâce de Dieu (Act. 13, 43). Mais en un autre lieu sainct Paul monstre dont procède ceste vertu : Soyez, dit-il, fermes, mes frères, par la vertu du Seigneur. Il défend d'autre part de contrister l'Esprit de Dieu, duquel nous sommes scellez en attendant nostre rédemption (Ephes. 6, 10; 4, 30). Mais ce quil commande là, en un autre lieu il le demande par prière au Seigneur, d'autant qu'il n'est pas en la faculté des hommes : suppliant le Seigneur de rendre les Thcssaloniciens dignes de sa vocation et accomplir en eux ce qu'il avoit déterminé par sa bonté, et mener à fin l'œuvre de la foy (2 Thess. 1, 11). Semblablement en la seconde des Corinthiens, traitant des aumosnes, il loue par plusieurs fois leur bonne volonté : mais tantost après il rend grâces à Dieu de ce qu'il a mis au cœur de Tite, de prendre la charge de les exhorter (2 Cor. 8, 11. 16). Si Tite n'a peu mesmes ouvrir la bouche pour inciter les autres, sinon d'autant que Dieu luy a suggéré : comment les auditeurs seront-ils