‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 137 sur 703 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

induits à bien faire, sinon que Dieu touche leurs cœurs ?

9. Les plus fins et niulicieu\ c;iv illent ces tesmoigna^'cs, pource que cela n'empesche pas, comme ils disent, que muis no conjoiirnioiis noz forces avec la j^race de Dieu : et qu'ainsi il aidr iiostre infuniité. Ils amènent aucuns lieux des Prophètes, où il semble que Dieu partisse la vertu de nostre conversion entre luy et nous : comme cestuy-cy, Coii\ertissez-\ous a niuy, et je me convertirai à vous (Zach. 1, 3). Nous avons ••y dessus monstre (juelle aide nous avons de Dieu, et n'est ja besoin de le réitérer en cest endroit, veu qu'il n'est icy (juestion que de monstrer que c'est en vain que noz adversaires mettent en l'iiomme la faculté d"acconq)lir la I.(»y, à cause que Dieu nous c(tmmaiide l'obéissance d'icelle : veu (ju'il appert que la grâce de Dieu est nécessaire pour acconqilir ce qu'il commande, et qu'elle nous est promise à ceste fin. Car de là il appert que pour le moins nous sommes redevables de plus que nous ne pouvons faire. Et ils ne peuvent eschapper par quelque tergiversation que ce soit, de ceste sentence de Jeremie, que l'alliance de Dieu faite avec le peuple ancien a esté de nulle vigueur, et est decheute, pource qu'elle gisoit seulement en la lettre : et qu'elle ne peut estre ferme, sinon quand l'Esprit est ailjousté à la doctrine l)Our nous y faire obéir ( Jer. 31, 3^). Quant est de ceste sentence, Convertissez vous à moy, et je me convertiray à vous ; elle ne profite de rien pour conformer leur erreur. Car par la conversion de Dieu, il ne faut pas entendre la grâce dont il renouvelle noz cœurs à .saincte vie, mais celle dont il testifie son bon vouloir et dilection envers nous, en nous faisant prospérer : comme il est dit fp^'il s'eslongne de nous quand il nous afflige. Pource donc que le peuple d'Israël, ayant esté longuement en misère et calainité, se compleignoit que Dieu estoit destourné de luy : il respond que sa faveur et libéralité ne leur defaudra point, s'ils se retournent à droiture de vie, et à luy mesme, qui est la reigle de toute justice. C'est donc dépraver ce lieu que de le tirer à ceste sentence, corn me si par cela l'efficace de nostre conversion estoit partie entre Dieu et nous. Nous avons passé legierement ceste question, à cause qu'il la faudra encore déduire au traité de la Loy.

10. Le second ordre de leurs argumens no diffère pas beaucoup du premier. Ils allèguent les promesses, esquelles il semble que Dieu face paclion avec nostre volonté : comme sont celles qui s'ensuyvent : Cherchez droiture, et non point malice : et vous vivrez. Item, Si vous voulez m'escouter, je vous donnoray affluence de bien : mais si vous ne le voulez faire, je vous feray périr par le glaive. Item, Si tu ostes tes abominations de devant ma face, tu ne seras

point dechassé : si tu escoutes la voix du Seigneur ton Dieu, pour faire et garder tous ses préceptes, il te fera lo plus excellent peuple de la terre, et autres semblables (Amos 5, 14; Is. 1, 19. 20: Jer. ^, 1; Dont. 28, 1: Lev. 26, 3). Ils pensent donc que Dieu se moqueroit de nous, en remettant à nostre volonté ces choses si elles n'estoyent pleinement en nostre pouvoir. Et de fait, ceste raison a graniJe apparence humainemont. Car on pout lioduiro que ce seroit une cruauté à Dieu, de faire semblant qu'il ne tienne (ju'à nous (|uo nous ne soyons en sa grâce, pour recevoir tous biens de luy: et cependant que nous n'ayons nul pouvoir en cela: que ce seroit une chose ridicule, de nous présenter tellement ses bénéfices, que nous n'en puissions avoir aucune jouyssanco. Bref, on iiout alléguer que les promesses de Dieu n'ont nulle certitude, si elles dépendent il'une impossibilité pour n'estre jamais accomplies. Quant est de telles promesses lesquelles ont une condition impossible adjointe, nous en parlerons ailleurs : tellement qu'il apparoistra. combien que racconq)lissomont en soit iuq)ossible, que noantmoins il n'y a nulle absurdité. Quand est de la question présente, je nie que le Seigneur soit cruol ou inhumain envers nous, quand il nous exhorte à mériter ses grâces et bénéfices, combien qu'il nous cognoisse impuissans à ce faire. Car comme ainsi soit que les promesses soyeut otîoitos aux fidèles et aux moschans, elles ont leur utilité tant envers les uns (|ue les autres. Car comme le Seigneur par ces préceptes jjoinil et resveillo les consciences des iniques, afin qu'ils ne se tlatent point en leurs péchez par nonchalance de son jugement : ainsi aux promesses il les fait tesinoins combien ils sont indignes de sa bénignité. Qui est-ce qui niera cela estre convenable, que Dieu face bien a ceux qui Fhonnorent, et qu'il se venge rigoureusement des contenqiteurs de .sa majesté ? Nostre Seigneur donc fait droitement en propo.sant ceste condition aux iniques, qui sont detenuz caj)tifs sous le joug de péché, que (juand ils se retireront de leur mauvaise vie, il leur envoyera tous bien : et n'y eust-il que ceste raison, afin qu'ils entendent que c'est à bon droit (Qu'ils sont oxcluz des biens deuz aux serviteurs de Dieu. D'autrepail, puis (ju'il veut stimuler ses fidèles en toutes sortes à implorer sa grâce, ce ne doit pas estre chose fort estrange s'il en fait autant en ses promesses, comme nous avons n'agueres monstre qu'il en fait en ses commandemens. Quand il nous enseigne par ses préceptes, de sa volonté, il nous admonneste de nostre misère, nous donnant à cognoistre combien nous répugnons à tout bien : ensemble il nous pousse à invoquer son Esprit, pour estre dirigez en droite voye. Mais pource que nostre paresse n'est pas a.ssez esmeue par ces préceptes, il adjouste ses promesses, par la

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