LIVRE H
douceur desquelles il nous induit à aimer ec qu'il nous coniiiinnile. Or d'autant que nous aimons plus la justice, d'autant sommes-nous (dus l'ervens à cliereher la j^raee de Dieu. Voila comment, par ces protestations que nous avons dit, Dieu ne nous attriliue point la l'acuité de faire ce qu'il dit, et Jieantmoins ne se mo(pie point de nostre l'oiblesse : veu qu'en cela il fait le proiit de ses serviteurs, et icrnl 1rs iniques i)lus damnablcs.
11. Le troisième ordre a quelque affinité avec les precedens. Car ils produisent les passages esquels Dieu reproche au peuple d'Israël qu'il n'a tenu (pi'a luy «lu'il ne se soit entretenu en i)on estât. Comme quand il dit, Amalec et les Cananéens sont devant vous, |)ar le glaive d(»s- (]uels vous périrez, entant (pie vous n'avez point voulu acquiescer au Seigneur. Item, pource que je vous ay appelez et n'avez point respondu, je vous destruiray comme j'ay fait Silo. Item, ce peuple n'a jtoiid escoulé la voix de son Dieu, et n'a point receu sa doctrine, pourtant il a esté rejette. Item, A cause que vous avez endurcy vostre cœur, et n'avez point voulu obéir au Seigneur, tous ces maux vous sont advenus (Nom. 14, 43; Jer. 7, 13. 28: 32, 23). Comment, disent-ils, toutes ces reproches conviendroyentelles à ceux qui pourroyent incontinent rcspondre. Nous ne demandions que prospérer, nous craignions la calamité : ce que nous n'avons point obtempéré au Seigneur, et n'avons point escouté sa voix pour éviter le mal, et avoir meilleur traictement, cela s'est fait d'autant qu'il ne nous estoit pas libre, k nous qui sommes detenus en captivité de péché. C'est donc à tort que Dieu nous reproche le mal que nous endurons : lequel il n'estoit pas en nostre pouvoir d'evitei'. Pour resjjondre à cela, laissant cestc couverture de nécessité, laquelle est frivole et de nulle importance, je demande s'ils se peuvent excuser qu'ils n'ayent fait faute. Car s'ils sont conveincuz d'avoir failly, ce n'est pas sans cause que Dieu dit, qu'il a tenu à leur perversité qu'il ne les a entretenus en bonne fortune. Uu'ils me respondent donc, s'ils peuvent nier que la cause de leur obstination n'ait esté leur volonté perverse. S'ils trouvent la source de mal en eux, qu'est-ce qu'ils taschent de chercher des causes d'iceluy ailleurs, pour faire accroire qu'ils ne sont point autheurs de leur ruine? S'il est donc vray que les pécheurs par leur propre vice sont privez des bénéfices de Dieu, et reçoivent punition de sa main, c'est à bon droit que ces reproches leur sont objectées l)ar sa bouche, afm que s'ils persistent en leur mal, ils apprennent d'accuser leur iniquité comme cause de leur misère, plustost que vitupérer Dieu comme trop rigoureux. S'ils ne sont point du tout endurcis, et se peuvent rendre dociles, qu'ils conçoivent desplaisir et haine de
leurs péchez, à cause desquels ils se voyent misérables : ainsi s.e réduisent en bonne voye, et confessent estre véritable ce que Dieu remonstre en les reprenant. Car il apparoit par l'oraison de Daniel (Dan. 9), que telles remonstrances ont profité à cesie fin envers les fidèles. Quant à la première utilité, nous en Noyons l'exemple aux Juifs, ausquels Jeremie par le commandement de Dieu renionstre la cavis(> de leurs misères : combien qu'il ne ]ieust advenir que ce qui avoit esté prédit de Dieu, c'est assavoir qu'il leur diroil ces paroUes, et ne l'escouteroyent point : qu'il les a])pelleroit. et ne luy respondroyent ])oint (.1er. 7,27j. ^Iais(iuel propos, dira quelcun. y a-il (le parler aux sourds ? c'est afin que maiigié (pi'ils en ayent ils entendent ce qu'on leur dit estre vray, que c'est un sacrilège abominable d'imputer k Dieu la cause de leur calamitez, laquelle réside en eux. Par ces trois solutions un chacun se jiourra facilement dejiescher de tesmoignages infinis qu'assemblent les ennemis de la grâce de Dieu, tant des préceptes que des ])romesses légales, et des reproclies que fait Dieu aux pécheurs, voulans establir un libéral arbitre en l'homme, lequel ne s'y peut trouver. Le Pseaume recite, pour faire honte aux Juifs, qu'ils sont une nation jjerverse, laquelle ne renge point son cœur (Ps. 78, 8). En un autre passage le Prophète exhorte les hommes de son temps, de ne point endurcir leurs cœurs (Ps. 9d, 8). Dont cela est bien dit, voire d'autant que toute la coulpe de rébellion gist en la perversité des hommes. Mais c'est sottement arguer, de dire que le cœur de l'homme, lequel est préparé de Dieu, se phe de soy-mesme çà et là. Le Prophète dit derechef, J'ay encline ou adonné mon conn'cà garderies commandemens(Ps. 119, 112): voire d'autant qu'il s'estoit adonné à Dieu d'un courage franc et alaigre : mais si ne se vante-il point d'estre autheur d'une telle affection, laquelle au mcsme Pseaume il confesse estre don do Dieu. Nous avons donc à retenir l'advertissement de sainct Paul : c'est qu'il commande aux fidèles de faire leur salut avec crainte et tremblement, d'autant ((ue c'est Dieu qui fait en eux et le vouloir et le parfaire (Phil. 2, 12). Il leur assigne bien l'office de mettre la main à l'œuvre, à ce qu'ils ne se plaisent point en leur nonchahance : mais en adjoustant que ce soit avec crainte et solicitude, il les humilie, et leur réduit en mémoire que ce qu'il leur commande de faire est l'univre propre de Dieu. Et par ce moyen il exprime (pie les fidèles besongnent passivement, s'il est licite d'ainsi parler : c'est qu'ils s'évertuent d'autant qu'ils sont poussez, et que la faculté leur est donnée du ciel. Parquoy sainct Pierre, en nous exhortant d'adjouster vertu en foy (2 Pierre 1, 5), ne nous attribue point une portion de faire comme à part et de nous-mesmes rien qm soit, mais seulement il