CHAPITRE V
resveille la paresse de nostre chair, par laquelle souvent la Iny est estoulTée. A ipioy res|)oiiil le (lire (le saiuet Paul, N'esteingaez [loiat rEsprit ( 1 Tliess. o, 19). Car la paresse s'iusiaue coutinuelleiiient pour nous desbauelicr, si elle n'est (•orri;,^ée. Si cpielcun encore repli(iue, qu'il est donc au pouvoir lies fidèles de nourrir la clarté (lui leur est donnée, cela i>eut estre aisément relionté : pource que ceste diligence que saiuet Paul re(piiert ne vient d'ailleurs (pie de Dieu. Car aussi il nous est souvent couiniandé de nous jiurger de toutes souillures {"2 Cor. 7, 1) : loutcsluis le sainct Esprit se reserve ceste louange de nous consacrer en pureté. Bref, il appert assez par les mots de sainct Jean, que ce (pii ap|)artieiit à Dieu seul nous est donné par forme d'ottroy: Quicou(pie, dit-il, est de Dieu, se garde (1 Jean 5, 18). Les prescheurs du francarhitre prennent ce mot à la voilée, comme si nous estions sauvez partie de la vertu de Dieu, partie de la nostre : comme si se garder et maintenir ne venoit point du ciel. Dont Jésus ('hrist prie le Père ([u'il nous garde du mal, ou du malin (Jean 17, lo). Et nous savons que les lideles en bataillant contre Satan ne sont victorieux par auti'es armes, (pie celles dont Dieu les fournit. Parquoy sainct Pierre ayant conunandé de purifier les âmes en l'obéissance de vérité, a(ijouste incontinent par manière de correction, En vertu de l'Esprit (1 Pieire 1, 22). Pour conclurre, sainct Jean monstre en bref comment toutes forces humaines ne sont que v eut ou fumée au combat spirituel, en disant que ceux (\m sont engendrez de Dieu ne peuvent pécher, d'autjint que la semence de Dieu demeure en eux (1 Jean 3, 9), Et adjouste en l'autre passage la raison : c'est que nostre foy est la victoire pour vain^-rc le monde (1 Jean 5, 4.)
12. Ils allèguent toutesfois un tesmoignage de la Loy de Moyse. (pii semble advis fort répugner à no.stre solution. Car après avoir publié la Loy, il protesta devant le peuple ce (pii s'ensuit. Le commamlement (jue je le baille aujourdliuy, n'est point caché, et n'est pas loin de toy, ii'eslevé par dessus le ciel : mais il est près de toy, en ta bouche et en ton cœur, h ce (pie tu le faces (Deut. 30, 11 — 14). Si cela estoit dit des simples commandemens, je confesse que nous aurions grande difficulté à y respondre. (^ar combien qu'on pourroit alléguer que cela est dit de la facilité dcntendre les commandemens, et non l)as de les faire : neantmoins encore y auroit il quelque scrupule. Mais nous avons un bon expositeur, (pii nous en oste toute doute : c'est sainct Paul. le(piel aiïerme que Moysc a icy parlé de la doctrine de l'Evangile (Rom. 10, 8). S'il y avoit quel(pie opiniastre qui repli(|uast que sainct Paul a destourné ce passage de son sens naturel, pour le tirer à l'Evangile : cond^ien qu'on ne devToit point soulTrir une si meschante parole,
toutesfois nous avons de(iuoy défendre l'exposition de l'Apostre. Car si Moyse parloit seulement des préceptes, il decevoil le peuple d'une vaine confiance, ('ai' iiiiriissent-ils peu faire que se ruiner, s'ils eussent voulu observer la Loy de leur propre vertu, comme facile ? Où est-ce que sera ceste lacilité, veu que nostre nature succombe en cest endroit, et n'y a celuy qui ne trebusche, voulant marcher? C'est donc chose très-certaine (juc Moyse par ces parolles a comprins l'alliance de miséricorde, qu'il avoit publiée avec la Loy. C>ar niesmes un jieu au paravaut il avoit tesmoigné (pi'il faut que noz cieurs soyent circoncis de Dieu, à ce que nous l'aimions (Deut. 30, 8). Parquoy il ne met ])oint ceste facilité dont il parle, en la vertu de rhominé: mais en l'aide et secours du sainct Esprit, leciuel fait puissamment son œuvre en nostre infirmité. Combien qu'il ne faut pas encore entendre ce lieu simplement des precei)tes, mais plustost des promesses Ev'angeliques, les(iuelles tant s'en faut qu'elles mettent en nous le pouvoir d'ac(iuerir justice, que plustost elles monstrent ([ue nous n'en avons du tout point. Sainct Paul reputant cela, assavoir (jue le salut nous est présenté en l'Evangile, non pas sous cette condition tant dure et difficile, et mesme du tout impossible, dont use la Loy, c'est assavoir si nous accomplissons tous les eommandeineiis: mais sous comiition facile et aisée : applique le présent tesmoignage pour confermer combien la miséricorde de Dieu nous est libéralement mise entre les mains. Pourtant ce tesmoignage ne sert de rien pour establir une liberté en la volonté de l'homme.
1.3. Ils ont coustume d'objetter aucuns autres passages, ausqut^ls il est monstre que Dieu retire quekiue fois sa grâce des liommes, pour considérer de quel costé ils se tourneront: comme quand il est dit en Osée, Je me retireray cà part, jusques à tant ({u'ils dehberenl en leurs cœurs de me suyvre (Osée o, lo). Ce seroit, disent-ils, une chose ridicule, que le Seigneur considerast a savoir si les hommes suyvront sa voye : n'estoit ({ue leurs co'urs fussent capables d'encliner à l'un ou à l'autre, par leur propre vertu. Comme si cela n'estoit point accoustumé à Dieu, de dire par ses Prophètes qu'il rejettera son peuple et rabandonnera, jusques k ce qu'il s'amende. Et de fait, regardons qu'ils veulent inférer de cela. Car s'ils disent que le peuple estant délaissé de Dieu, peut de soy inesme se convertir, toute l'Escriture leur contredit. S'ils confessent (pie la grâce de Dieu soit nécessaire à la couversi(m de l'homme, ces passages ne leur servent de rien pour batailler contre nous. Mais ils diront (ju'ils la confessent tellement nécessaire, (|ue cependant la vertu de l'homme y peut quehiue chose. D'où est-ce qu'ils le prennent ? Certes ce n'est point de ce lieu, ne de semblables: car ce sont deux choses bien diver-