‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 140 sur 703 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

ses, que Dieu eslon^aie sa grâce de l'homme pour considérer ce (|u'il fei'.i estant délaissé: et qu'il suinienne à son iiifirniité, pour conlernier ses forces débiles. Mais ils demanderont, Que signifient donc telles formes de parler? Je respon qu'elles vallent autant connue si Dieu disoit. Puis que je ne profite de rien envers ce peuple rebelle, ne par admonitions, ne par exhortations, ne par rcprehensions, je me retireray pour un peu, et en me taisant soulfriray (pi'il soit affligé: ainsi je verray si par longue calamité il se souviemh-a de moy, pour me cercher. Or quand il est dit que Dieu se reculera, c'est à dire (ju'il retirera sa parolle. Quand il est dit qu'il considérera ce que feront les iioimiies en son absence: c'est à dire, (pie sans se manitVster il les affligera pour (pielque tenq)s. Il fait l'un et l'autre pour nous ])lus luunilier. Car il nous romproit plustost cent mille fois par ses chastiemens et i)uniti')ns, ([u'il ne nous corrigeroit, sinon qu'il nous rendist dociles par son Esprit. Puis qu'ainsi est, c'est mal inféré de dire cpie l'homme ail quel(|ue vertu de se convertir à Dieu, entant qu'il est dit que Dieu estant offensé de nostre dureté et obstination, retire sa parolle de nous (en' laquelle il nous couuuunique sa présence) et considère ce que nous pourrons faire de nous. Car il ne fait tout cela, sinon pour nous donner à cognoistre (pie nous ne sommes et ne pouvons rien de nous-mesmes.

14. Ils prennent aussi argument de la manière comnuuK^ de parler dont non seulement usent les hommes, mais aussi l'Escriture: c'est que les bonnes œuvres sont appelées nostres, et qu'il est dit que nous faisons le bien comme le mal. Or si les péchez nous sont imputez à bon droit, connue venans de nous, par mesine raison les bonnes œuvres nous doivent cstre attribuées. Car ce ne seroit point parlé par raison, de dire que nous faisons les choses ausquelles Dieu nous meut comme pierres, entant que nous ne les pouvons faire de nostre propre mouvement. Pourtant ils concluent que combien que la grâce de Dieu ait la })rincipale vertu, neantmoins telles locutions signifient que nous avons quelque vertu naturelle à bien faire. S'il n'y avoit que la première objection, assavoir que les bonnes œuvres sont appelées Nostres : je respondroye d'autre costé, que nous appelons le pain quotidien Nostre, lequel nous demandons nous estre donné de Dieu. Qu'est-ce donc qu'on pourra prétendre de ce mot, sinon (|ue ce qui ne nous estoit nullement deu est fait nostre par la libéralité infinie de Dieu? Il faudroit donc qu'ils reprinssent nostre Seigneur en ceste forme de parler, ou qu'ils n'estimassent point chose fort estrange que les bonnes œuvres soyent appelées Nostres, esquelles nous n'avons rien, sinon par la largesse de Dieu. Mais la seconde objection est un peu plus forte : c'est assavoir, que

l'Escriture afferme souvent que les fidèles servent Dieu, gardent sajustice, obéissent à sa Loy et ap[)li(iueiit leui' estude à bien faire. Comme ainsi soit que cela soit le propre office de l'entendeiiKMit et volonté humaine, comment conviendidit-il (pie cela fust attribué semblablement à rEs|)rit de Dieu et à nous, s'il n'y avoit quelque conjonction de nostre puissance avec la grâce de Dieu? Il nous sera facile de nous depestrer de tous ces argumens, si nous reputons droitement en quelle manière c'est que Dieu besongne en ses serviteurs. Premièrement, la similitude dont ils nous veulent grever, ne vient point icy à propos. Car (|ui est celuy si insensé, qui estime l'homme estre poussé de Dieu, comme nous jetions une pierre ? Certes cela ne s'ensuit point de nostre (loctrine. Nous disons que c'est une faculté naturelle de l'homme, d'approuver, rejetter. vouloir, ne point vouloir, s'efforcer, résister: assavoir d'approuver vanité, rejetter le vray bien, vouloir le mal, ne vouloir point le bien, s'efforcer h péché, résister à droiture. Qu'est-ce (lue fait le Seigneur en cela ? S'il veut user de la perversité de l'homme, comme d'un instrument de son ire, il la tourne et dresse où bon luy semble, afin d'exécuter ses œuvres justes et bonnes, par mauvaise main. Quand nous verrons donc un meschant homme ainsi servir à Dieu, (juand il veut couqilaire à sa meschanceté, le ferons-nous semblable a une pierre, laquelle est agitée par une impétuosité de dehors, sans aucun sien mouvement, ne sentiment, ne volonté ? Nous voyons combien il y a de distance. Que dirons-nous des bons, desquels il est principalement icy question? Quand le Seigneur veut dresseï' en eux son règne, il refrène et modère leur volonté à ce qu'elle ne soit point ravie par concupiscence desordonnée, selon que son inclination naturelle autrement porte. D'autrepart, il la llescbit, forme, dirige, et conduit à la reigle de sajustice, afin de luy faire appeter saincteté et innocence. Finalement il la conferme et fortifie par la vei'tu de son Esprit, h ce qu'elle ne vacille ou dechée. Suyvant laquelle raison sainct Augustin respond à telles gens, Tu me diras, Nous sommes donc menez d'ailleurs, et ne faisons rien par nostre conduite. Tous les deux sont vrays, que tu es mené, et que tu te meines : et lors tu te conduis bien, si tu te conduis par celuy qui est bon. L'esprit de Dieu qui besongne en toy, est celuy (pii aide ceux qui besongnent. Ce nom d'Adjuteur monstre que toy aussi fais (piehpie chose. Voila ses mots. Or au premier membre il signifie que l'opération de l'homme n'est point ostée par la conduite et mouvement du sainct Esprit, pource que la volonté (pii est duite pour aspirer au bien, est de nature. Quant à ce qu'il a(Jjouste, que par le mot d'Aide on peut recueillir que nous faisons aussi queb^ue chose: il ne le faut point tellement

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