LIVRE I
de sacrifices; au lieu qu'on le doit servir en sainctclé et intégrité de cœur, ils controuvcnt des menus fatras et cérémonies de nulle valeur i)our acfiuerir grâce envers luy. Qui pis est, ils se donnent tant plus de licence a croupir en leurs ordures, d'autant (lu'ils se confient d'eilacer leurs péchez par des badinagcs qu'ils appellent satisfactions : au lieu qno toute nostre fiance doit estre enracinée en Dieu seul, ils le rejettent loin et s'anuisent à eux ou aux créatures. Finalement ils s'entortillent en un tel amas d'erreur, que l'obscurité de leur malice estouiîe et consequemment esteint les estincelles qui luisoyent pour leur faire appercevoir la gloire de Dieu. Toutesfois ceste semence demeure, la(iuelle ne peut estre desracinée du tout, c'est qu'il y a (luelque divinité : mais la semence qui
estoit bonne de son origine, est tellement corrompue, qu'elle ne produit que meschans fruits. Mesme ce que je deba maintenant peut mieux estre liquidé et vérifié: c'est ([ue naturellement il y a (luclque appréhension de divinité imprimée aux cœurs des hommes, veu que la nécessité contraint les plus meschans d'en faire confession. Cependant qu'ils ont le vent en pouppc, ils plaisantent en se moipiant de Dieu, mesmes ils font gloire de brocarder et de dire mots de gueule pour abaisser sa vertu : mais si quelque desespoir les presse, il les solicite à y chercher secours, et leur suggère des prières comme rompues, par lesquelles il appert qu'ils n'ont peu dutout ignorer Dieu, mais que ce qui devoit sortir plustost a esté tenu enserré par leur malice et rébellion.