‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 141 sur 703 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

prendre, comme s'il nous attribuoit je ne say <]Uoy separéiiii'iit ot sans la j^raco do Dieu: mais afin de ne point tlatter noslru nunrliallance, il accorde tellement l'opération de Dieu avec la nostre, que le vouloir soit de natine : vouloii" bien, soit de graee. Pourtant il avoit ilit un peu auparavant, Sans (|ue Dieu nous aide iion seulement nous ne pourrons vaincre, mais non pas mosmes comhatre.

lo. Par cela il apparoit que la grâce df Dieu, selon que ce nom est prins quand on traitte de ■ la régénération, est comme une conduite et biide de son Ksprit pour ilresser et modérer la volonté de l'honune. Or il ne la peut modérer, sans la corriger, reformer et renouvelle r. Pour laquelle cause nous disons que le commencement de nostre régénération est, que ce (jui est de nous soit aboly. Pareillement il ne la peut corriger sans la mouvoir, jiousser. conduire et entretenir. Pourtant nous disons, que toutes les bonnes actions qui en procèdent, sont entièrement de luy. Cependant nous ne nions pas estre tresveritable ce que dit sainct Augustin, que nostre volonté n'est pas destruite par la grâce de Dieu, mais plustost reparée. Car l'un convient tresbien avec l'autre, de dire que la volonté de l'homme est reparée. quand après avoir corrigé la perversité d'icelle, elle est dirigée à la reigle de justice : et de dire qu'en ce taisant il y a une nouvelle volonté créée en l'iiounne, veu que la volonté naturelle est si corronqtue et pervertie, (pi'il faut qu'elle soit du tout renouvellée. Maintenant il n'y a rien qui empesche qu'on ne jiuisse dire, que nous faisons les œuvres lesquelles l'Esprit de Dieu fait en nous, encores que nostre volonté n'apporte rien ilu sien, et qui puisse estre séparé de la grâce. Pourtant qu'il nous souvienne de ce que nous avons cy dessus allégué de sainct Augustin : c'est que plusieurs travaillent en vain pour trouver en la volonté de rboinme quelque bien ([ui luy soil propre : pource que tout meslinge que les hommes pensent adjouster à la grâce de Dieu pour eslever le franc-arbitre, n'est ([u'autant de corruption : connue si ([uelcun destrempoit du bon vin d'eau boueuse et amere. Or combien que toutes bonnes affections procèdent «lu pur mouvement du sainct Esprit, toulesfois pource (pie le vouloir est naturellement planté en l'homme, ce n'est pas sans cause qu'il est dit que nous faisons les choses des(juelles Dieu à bon droit •-e reser\e la louange. Premièrement, d'autant que tout ce (jue Dieu fait en nous, il veut qu'il soit nostre, moyennant que nous entendions qu'il n'est point de nous : puis aussi, d'autant que nous avons de nostre nature l'entendement, volonté et poursuite, lesquelles il dirige en bien, pour en faire sortir quebiue chose de bon.

16. Les autres argumens qu'ils empruntent ça et là, ne pourront pas beaucoup troubler les

gens de moyen entendement, moyennant qu'ils ayent bien recordé les solutions cy dessus mises. Ils allèguent ce qui est escrit en Gcnes(% Ton appétit sera par dessous toy, et lu domineras sur iceluy (Gen. 4, 7) : ce qu'ils interprètent estre dit du péché, comme si Dieu promettoit à Cain, que le péché ne pourroit point dominer en son cœur, s'il vouloit travailler a le vcincre. Au contraire, nous disons que cela lioit estre plustost dit d'Abel. Car en ce passage l'intention de Dieu est de redarguer l'envie que Cain avoit conceue contre son frère : ce qu'il fait par double raison. La première est, (ju'il se trompoit, en pensant acquérir excellence par dessus son frère devant Dieu, lequel n'a rien en honneur que justice et intégrité. La seconde, (pi'il estoit trop ingrat envers le bénéfice qu'il avoit receu de Dieu, entaul qu'il ne pouvoit porter son frère. (|ui estoit son inférieur, et dont il avoit le gouvernement. Mais encore, afin qu'il ne semble advis que nous choisissions ceste interprétation, pource ([ue l'autre nous soit contraire, concédons leur (pH:» Dieu parle ilu péché. Si ainsi est, ou Dieu luy i)romet qu'il sera supérieur, ou il luy commande de l'estre. S'il luy commande, nous av(»ns desja monstre que de cela ils ne peuvent rien prouver pour fonder le franc-arbitre. Si c'est promesse, oiî en est l'accomplissement, veu (pie Cain a esté veincu du péché, au(iuel il devoit dominer ? Ils diront possible qu'il y aune condition tacite enclose sous la promesse, comme si Dieu eust dit. Si tu combas, tu remporteras la victoire. Mais qui pourra tolérer telles tergiversations ? Car si on expose cela du péché, il n'y a nulle doute que c'est une exhortation que Dieu luy fait, en laquelle il n'est pas iiKmstré quelle est la faculté de rhomme, mais quel est son devoir, encore qu'il ne le liuisse faire. Combien ([ue la sentence et la Grammaire requièrent (|ue Cain soit comparé a\ec son frère Aljel. en ce (lu'estaiit premier nay, il n'eust point esté abaissé ou amoindri sous son inférieur, sinon que luyinesme eust fait sa condition pire par sa propre coulpe.

17. Ils s'aident aussi du tesmoignage de l'Apostre, quand il dit que le salut n'est point en la main de celuy qui veut, ne de celuy (jui court, mais en la miséricorde de Dieu (Rom. 9, 16). Car de cela ils infèrent, qu'il y a ([uebiuc partie debile de soy en la volonté et en la course de l'homme, et que la miséricorde de Dieu supplée le reste pour donner plein elîect. Mais s'ils consideroyent avec raison ce que traite l'Apostre en ce passage-là, ils n'abuseroyent point tant incon siderément de son propos. Je say bien qu'ils peuvent alléguer Origene et sainct Hierome, pour défenseurs de leur exposition. Je pourroye aussi au contraire les rembarrer de l'autorité de sainct Augustin : "" mais il ne nous faut soucier

LIVRK II

<|iie c'est qu'iceux en ont pensé, moyennant (|iie nous entendions ce qu'a voulu dire sainct l'aul : assavoir que eeluy seul obtiendra salut au(|uel Dieu aura fait miséricorde : que ruine et contusion sont apprestées à tous ceux qu'il n'aura eleuz. Il avoit monstre la condition des reprouvez, sous l'exemple de Pharaon. Il avoit prouvé l'élection f,'-ratuite des fidèles par le tesmoii^na.i^e (le Moyse, où il est dit, j'auray pitié de celuy lequel j'auray rcceu en miséricorde. Il conclud donc, que cela ne gist point au vueillant ny au courant, mais en Dieu qui fait miséricorde. Si on argue de ces parolles, (pi'il y a quehiue volonté en l'homme, et quelque vertu, comme si sainct Paul disoit. (pic la seule volonté et industrie humaine ne suffit |)oint de soy: c'est mal et sottement argué. Il faut doue rejetter ceste subtilité laquelle n'a nulle raison. Car ([uel propos y a-il de dire, Le salut n'est pas en la main du vueillant ne du courant, il y a donc quelque volonté et quelque course ? La sentence de sainct Paul est ])lus simple : c'est qu'il n'y a ne volonté ne course qui nous meine a salut, mais que la seule miséricorde règne en cest endroit. Car il ne jjarle pas icy autrement qu'en un autre passage, où il dit cjuc la bouté de Dieu et dilection envers les hommes est apparue, non pas selon les œuvres de justice que nous ayons faites, mais selon sa miséricorde infinie (Tite '.), 4). Si je vouloye arguer de cela, (pie nous ayons fait quelques bonnes œuvres, entant (|ue sainct Paul nie que nous ayons obtenu la grâce de Dieu par les œuvres de justice ([ue nous ayons fait, eux-mesme se moqueroyent de moy. ]\eantmoins leur argument est semlilable. Parquoy qu'ils pensent bien à ce fpi'ils disent, et ils ne s(^ fonderont point en raison tant frivole. Et de fait, la raison sur laquelle se fonde sainct Augustin est iresferme:" assavoir que s'il estoit dit que ce n'est ne du vueillant ne du courant, pource que la volonté et la course seule ne suffit pas : (ju'on jiourroit renverser l'argument au rebours, que ce n'est pas de la miséricorde, veu (pie i)ar ce moyen elle ne liesongneroit pas seule. Or chacun voit coudjien ceste sentence seroit desraisonnable. Parcpioy sainct Augustin conclud (pie cela a esté dit de sainct Paul, d'autant qu'il n'y a nulle bonne volonté en l'homme, si elle n'est préparée de Dieu : non pas que nous ne devions vouloir et courir, mais ])ource (|ue Dieu fait l'un et l'autre en nous. L'allégation (lu'ameinent aucuns n'est pas moins sotte : c'est que sainct Paul appelle les hommes cooperateurs de Dieu (i Cor. '.\, 9). Car il est tout notoire que cela n'appartient qu'aux docteurs de l'Eglise, desquels Dieu se sert, et applique en enivre pour l'édifice spirituel, qui est l'ouvrage de luy seul. Et ainsi les ministres ne sont point appelez ses compagnons, comme s'ils avoyent quel(|ue vertu d'eux-mesmes : mais pource que Dieu

besongne par leur moyen, après les avoir rendus idoines à cela.

18. Ils |)roduisent en après le tesmoignage de rEcclesiasti(|ue : lequel autheur on cognoist n'avoir pas certaine authorité. Mais encore que nous ne le refusions pas (ce que nous pourrions faire à bon droit) de quoy leur peut-il aider à leur cause? Il dit (pie l'homme après avoir esté cieé, a esté laissé ;i sa volonté, et que Dieu luy a donné des eommandemens, lesquels s'il gardoit, il seroit gardé par eux : que la vie et la moi't, le bien et le mal, a esté mis devant rhomme, afin (lu'il choisist lc(piel bon luy sembleroit (Ecclésiastique 5, 14). Ainsi soit que l'homme en sa création ait eu la faculté d'eslire la vie ou la mort : mais que sera-ce, si nous respondons qu'il l'a perdue? Certes je ne veux point contredire à Salomon, lequel atîerme que l'homme a esté créé du commencement bon, et qu'il a forgé des mauvaises intentions de soymesme (Ecclesiaste 7, 29). Or puis que l'homme, en dégénérant et se dévoyant de Dieu, s'est perdu soymesme avec tous ses biens : tout ce qui est dit de sa première création, ne se doit l)as tirer à sa nature vitieuse et corrompue. Parquoy je respon, non seulement à eux, mais aussi à l'Ecclésiastique, quiconque il soit, en ceste manière : Si tu veux enseigner l'homme de chercher en soy faculté d'aquerir salut, ton authorité ne m'est pas en telle estime, qu'elle puisse prejudicier à la paroUe de Dieu, laquelle contrarie évidemment. Si tu veux reprimer seulement les blasphèmes de la chair, laquelle en transférant ses vices à Dieu, tasehc de s'excuser, et à ceste cause tu montres comment l'homme a eu une bonne nature de Dieu, et qu'il a esté cause de sa ruine, je t'accorde volontiers cela, moyennant ({ue nous convenions ensemble en ce poinct, que mainhmant il est despouillé des ornemens et grâces qu'il avoit receues de Dieu premièrement : et ainsi confessions ensemblement qu'il a maintenant besoin de médecin, non pas d'avocat.

19. Mais noz adversaires n'ont rien plus souvent en la bouche que la parabole de Christ, où il est parlé de l'homme, lequel fut laissé au chemin demy mort par les brigans (Luc 10, 30). Je say bien que c'est une doctrine commune, de dire que sous la personne de cest homme, est représentée la calamité du genre humain. De cela ils prennent un argument tel : L'homme n'a pas esté tellement occis par le péché et le dialile, qu'il ne luy reste encore (pielque portion de vie, d'autant (pi'il n'est dit qu'a demy mort. Car où seroit, disent-ils, ceste demi vie, sinon qu'il luy restast quehpie portion de droite intelligence et volonté? Premièrement, si je ne veux point admettre leur allégorie, que ferontils ? Car il n'y a nulle doute qu'elle n'ait esté excogitée par les pères anciens, outre le sens

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