‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 146 sur 703 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

autres Pro]ilietes parlent aussi un niesnie lanya^^c : comme il est dit eu Osée, Les (ils de Juda et les fils d'Israël seront rassemblez en un, et ordonneront un elief sus eux. Ce qui est encore mieux exprimé api'es, Les lils d'Israël retourneront et chercheront l'Eternel leur Dieu, et David leur Roy (Osée 1, 11; 3, 5). Pareillement Miellée, traitant du retour du ])Ouple, declaire notamment <jue le Roy passera devant eux, et l'Eternel sera leur chef (Midi. 2, Lî). Parquoy Amos voulant promettre le restahlissement de l'Ej^Use : Je susciteray, dit-il. le pavillon de David, le(iuel est decheu : je nmniray toutes ses bieches, et repareray ses ruines (Amos 9, M). En (juoy il monstre qu'il n'y avoit autre signe de salut, sinon (]ue gloire et majesté royale fust derechef redressée en la maison de David : ce qui a esté acconqili en Christ. C'est pourquoy Zacharie, d'autant (jue son temps estoit plus prochain de la manifestation de Christ, s'escrie plus ouvertement, Esjouy toy, fille de Sion, esgaye-toy, fille de Jérusalem, voicy ton Roy vient à toy juste et sauveur (Zach. 9, 9). Comme desja nous avons allégué un lieu semblable du Pseaume, rEleruel est la force du salut de son Christ : 0 Dieu, sauve (Ps. 28, 8) ! Car par ces mots il est monstre que le salut s'estend du chef à tout le corps.

4. Or Dieu a voulu que les Juifs fussent embuz de telles prophéties, afin de les accoustumer à dresser les yeux à Jésus Christ, toutes fois et quantes qu'ils avoyent à demander d'eslre délivrez. Et de fait, combien qu'ils se soyent abastardis vilainement, jamais la mémoire de ce principe gênerai n'a peu estre abolie : c'est que Dieu, selon qu'il avoit promis à David, seroit rédempteur de son Eglise i)ar la main de Jésus Christ : et (lue par ce moyen l'alliance gratuite, par laquelle Dieu avoit adopté ses eleus, seroit lei me. De là est advenu qu'a l'entrée de Jésus Christ en Jérusalem un peu devant sa mort, ce canticiue resonnoit comme chose commune en la bouche des petits enfans : Osianna au fils de David (Matth. 21, 9). Car il n'y a nulle doute que cela n'ait esté tiré de ce qui estoit receu entre tout le peuple, et qu'ils ne le chantassent journellement : assavoir qu'il ne leur restoit autre gage de la miséricorde de Dieu, qu'en l'advenement du Rédempteur. Pour ceste raison Christ commande à ses disciples de croire en luy, pour distinctement et parfaictement croire eu Dieu (Jean 14, 1). Car combien qu'à parler proprement, la foy monte là- haut au Père par Jésus Christ, toutesfoJs il signifie qu'estant mesme appuyée en Dieu, elle s'esvanouit petit à petit, sinon qu'il intervint au milieu pour la retenir en pleine fermeté. Au reste, la majesté de Dieu est trop haute, pour dire que les hommes mortels y puissent parvenir, veu qu'ils ne font que ram-

per sur la terre comme petits vers. Parcpioy je recoy ce dire conuium, que Dieu est l'object de la foy, par tel si qu'on y adjouste correction : poiu'ce (pic ce n'est pas en vain (jue Jésus Clu'ist est nonuné l'image de Dieu invisible (Coloss. 1, 15) : mais par ce titre nous sommes adveitis que si le Père ne se présente à nous par le moyen du Fils, il ne peut estre cogneu à salut. Or ('ond)ien (|ue les Scribes eussent brouillé et obscurci i)ar leurs fausses gloses tout ce (\ne les Prophètes avoyent enseigné du Rédempteur, loutesfois Jésus Christ a prins cest article pour reuplu et receu du commun consentement : c'est qu'il n'y avoit autre remède en la confusion où estoyent tombez les Juifs, ny autre moyen de délivrer l'Eglise, sinon que le Rédempteur promis vint en avant. On n'a pas entendu entre le peuple si bien qu'il eust esté requis, ce que saiuct Paul enseigne : assavoir que Jésus Christ est la fin de la Loy (Rom. 10, 4) : mais il appert clairement par la Loy et les Prophètes combien ceste sentence est vraye et certaine. Je ne dispute pas encores do la foy par le menu, pource que le lieu sera plus opportun ailleurs : seulement que cela soit conclu entre nous, comme ainsi soit que le premier degré à pieté soit de eognoistre que Dieu nous est Père, i)our nous maintenir, gouverner et nourrir, jusques à ce qu'il nous recueille en son héritage éternel : que de là s'ensuit sans doute ce que nous avons cy dessus declairé : assavoir que la vraye cognoissance de Dieu ne peut subsister sans Jésus Christ. Et par ainsi (jue des le commencement du monde il a esté mis en avant aux eleus, afin qu'ils eussent les yeux arrestez en luy, et que leur fiance s'y reposast. C'est en ce sens qu'escrivit Irenée, que le Père estant infini en soy, s'est rendu fini en son Fils, d'autant qu'il s'est conformé à nostre petitesse, afin de ne point engloutir nos sens par l'infinité de sa gloire. Ce qu'aucuns fantastiques ne reputans point, ont tiré ceste sentence fort utile, pour colorer leur resverie infernale, comme si une portion tant seulement de deité estoit coulée de la perfection du Pcre sur le Fils. Or ce bon Docteur n'entend autre chose, sinon que Dieu est conqirins en Jésus Christ, et non autre part. Ceste sentence a tousjours esté vraye, Celuy qui n'a point le Fils n'a point le Père (1 Jean 2, 23). Car combien que plusieurs se soyent glorifiez d'adorer le souverain créateur du ciel et de la terre, toutesfois pource (ju'ils n'avoyent nul médiateur, il a esté impossible qu'ils goustassent à bon escient la miséricorde de Dieu, pour estre droictement persuadez qu'il leur fust Père. Pourtant donques qu'ils ne tenoyent point le chef, c'est à dire Christ, il n'y a eu en eux qu'une cognoissance ombrageuse de Dieu, et qui n'a eu nul arrest. Dont aussi il est advenu, qu'estans trebuschez en

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