CHAPITRE VII
Que la Loy a esté donnée, non pas pour aiTester
.le peuple ancien à suy, mais pour nourrir l'espérance de salut qu'il devoit
avoir en Jésus Christ, jusques à ce qu'il vint.
1. De tout le discours que nous avons l'ait, il est facile à recueillir que la Loy n'a pas esté donnée environ quatre cens ans après la mort d'Abraham, pour esloi^ner de Jésus Christ le peuple eleu : mais plustost pour tenir les esprits en suspens jusques à l'advenement d'iceluy et les inciter à un ilesir ardent de telle venue : les conter mer aussi l'ii attente. a(in qu'ils ne défaillissent pour la longueur du terme. Or par ce mot de Loy je n'enteu pas seulement les dix préceptes, lesquels nous monstrent la reiyie de vivre justement et sainctement, mais la forme de religion telle que Dieu a ijubliée par la main de Moyse. Car ^loyse n'a pas esté donné pour Législateur, afin d'abolir la bénédiction promise à la race d'Abraham : plustost nous voyons que ça et là il rappelle les Juifs à ccste alliance gratuite que Dieu avoit establie avec lem's Pères, et de laquelle ils estoyent héritiers : comme s'il eust esté envoyé pour la renouveller. Ce qui a esté amplement manifesté i)ar les cérémonies. Car il n'y auroit rien plus sot ou frivole, que d'offrir de la gresse et fumée puante des entrailles des bestes pour se reconcilier avec Dieu, ou avoir son refuge à quelque aspersion de sang ou d'eau, pour nettoyer les souillures de l'ame. Bref si tout le service qui a esté sous la Loy est considéré en soy, comme s'il ne contenoit nulles ombres ne figures qui eussent leur vérité con'espondante, il semblera que ce soit un jeu de petits enfans. Parquoy ce n'est pas sans cause que tant au sermon dernier de sainct Estienne qu'en rEpistreauxHebrieux,ce jiassage où Dieu commanda à Moyse de faire le U-ibernacle avec ses (Jcpendances, selon le patron qui luy avoit esté monstre en la montagne, est si diligemment noté (Act. 7, 44; Hebr. 8, o: Exode 2o, 40). Car si le tout n'eust eu son but spirituel, les Juifs y eussent aussi bien perdu leur peine, comme les Payens en leurs badinages. Les gaudisseurs et gens profanes, qui n'ont jamais appliqué leur estude a droite pieté, se faschent d'un tel amas de cérémonies qu'on voit en la Loy : et non seulement s'esmerveillent comme Dieu a voulu donner tant de peine
au peuple ancien, le chargeant de tant de fardeaux : mais se moquent de tant de façons de faire, comme des menus fatras et jeux de petits enfans : voire pource ([u'ils ne regardent pas à la fin, de laquelle (piand les figures de la Loy sont séparées, on les peut bien juger vaines et inutiles. .Mais ce patron duquel il est parlé, monstre bien (pie Dieu n'a pas ordonné les sacrifices pour occuper en choses terrestres ceux qui le voudroyent servir, mais plustost ])our eslever leurs esprits plus haut. Ce qu'on peut vérifier par sa nature : car comme il est esprit, aussi ne prend-il plaisir (ju'à service spirituel. Ce que plusieurs sentences des Prophètes tesmoignent, quand ils redarguent les Juifs de leur bestise, en ce qu'ils pensoyent (|ue les sacrifices tels (jucls fussent aucunement prisez de Dieu. Leur intention n'estoit point de rien deroguer à la Loy : mais estans droits et vrais expcsiteurs d'iccUe, ils ont ramené le vulgaire des Juifs au but duquel ils s'estoyent destournez. Desja nous avons a recueillir, puis (|ue la grâce de Dieu a esté offerte aux Juifs, que la Loy n'a pas esté vuide de Christ, (^ar Moyse leur a proposé ceste fin de leur adoption : c'est qu'ils fussent pour royaume sacerdotal à Dieu (Exode 19, 6), ce qu'il ne pouvoyent obtenir, s'il n'y eust eu une reconciliation plus digne et pretieuse que par le sang des Ijcstes brutes. Car quelle raison ne propos y auroit-il, que les fils d'Adam, lesquels par contagion héréditaire naissent tous escla\es de péché, fussent soudain eslevez en dignité royale, et par ce moyen faits partici])ans de la gloire de Dieu, sinon (ju'un si haut bien et si excellent leur parvint d'ailleurs ? Comment aussi le droit de sacrificature leur pouvoit-il appartenir, ou avoir lieu entre eux, veu qu'ils estoyent abominables à Dieu par les macules de leurs vices, sinon ([u'ils eussent esté consacrez en cesl office par la saincteté du chef? Par(iuoy sainct Pierre en tournant les mots de Moyse, a usé d'une grâce et dextérité qui est bien à noter : c'est qu'en signifiant que la plénitude de grâce que les Juifs ont gousté sous la Loy, a esté desployée