LIVRE II
en Jésus Christ : il dit, Vous estes le lignage elcu, et la saeriflcatuic royale (1 Pierre 2, 9)? Car ce changement des mots tend à ce qu'on cognoisse que ceux ausquels Jésus Christ est apparu par l'Evangile, ont receu plus de biens que leurs Pères : d'autant qu'ils sont tous ornez et revestus d'honneur sacerdotal et royal, afin d'avoir liberté de se présenter devant Dieu franchement par le moyen de leur médiateur.
2. Il est ici à noter en passant, que le royaume (lui a esté dressé en la maison de David, estoit une partie de la charge et conunission qui avoit esté donnée h Moyse, et de la doctrine de laquelle il avoit esté ministre. Dont il s'ensuit que tant en la lignée de Levi (|u'aux successeurs de David, Jésus Christ a esté proposé devant les yeux des Juifs, comme en un double miroir : pource que (comme j'ay n'agueres dit) ils ne pouvoyent estre autrement sacrificateurs devant Dieu, veu qu'ils estoyent serfs de péché et de mort, et poilus en leur corruption. On peut aussi maintenant voir combien est vray ce que dit sainct Paul, que les Juifs ont esté retenus sous la Loi (Gai. .'5, 24), comme sous la garde d'un maistre d'escole, jusqu'à ce que la semence, en faveur de laquelle la grâce avoit esté donnée, vinst. Car d'autant que Jésus Christ ne leur estoit point encores familièrement monstre, ils ont esté semblables pour ce temps-là a des enfans, et leur rudesse et infirmité ne pouvoit porter pleine science des choses célestes. Or comment ils ont esté conduits h Jésus Christ par les cérémonies, il a esté desja exposé, et on le peut encores mieux comprendre par beaucoup de tesmoignages des Prophètes. Car combien qu'ils fussent obligez a olîrir journellement nouveaux sacrifices pour appaiser Dieu, toutesfois Isaie leur monstre que tous péchez seroyent elîacez pour un coup par un sacrifice unique et perpétuel. Ce qu'aussi Daniel conferme (Is. 53, 5: Daniel 9, 26. 27). Les Sacrificateurs estans choisis de la lignée de Levi, entroyent au sanctuaire : mais cependant il estoit dit au Pseaume, que Dieu en avoit eleu un seul, voire establi avec serment solennel et immuable, pour estre Sacrificateur selon l'estat de Melchisedec (Ps. 110, 4). L'onction de l'huile visible avoit lors son cours : mais Daniel, selon qu'il avoit eu par vision, prononce (pi'il y en aura bien une autre. Je n'insisleray pas plus longuement sur ceci, d'autant cpie fautheur de l'Epistre aux Hebrieux, depuis le (luatrieme chapitre, jusques à fonzieme déduit au long et au large et monstre clairement (jue toutes les cérémonies de la Loy sont de nulle valeur et nul profit, jusques à ce qu'on vienne à Jésus Christ. Quant aux dix commandemens, ceste sentence de sainct Paul leur compete aussi bien : assavoir que Jésus Christ est la fin de la Loy, et en salut
à tous croyans. Item, Que Jésus Christ est l'ame ou l'esprit qui vivifie la lettre, laciuelle en soy autrement seroit mortelle (Rom. 10, 4 ; 2 Cor. ;K t)). Car au premier passage il signifie que c'est en vain (lue nous sommes enseignez quelle est la vraye justice, jusques à ce que Jésus Christ la nous donne tant par imputation gratuite, qu'en nous régénérant par son Espi'it. Pourtant à bon droit il nomme Jésus Christ l'acconqilissement ou la fin de la Loy : pource qu'il ne profiteroit rien de savoir ce que Dieu re(puert de nous, sinon que Jésus Christ nous secourust, en nous allégeant du joug et fardeau insupportable, sous lequel nous travaillons et sommes accalilez. En un autre lieu il dit que la Loy a esté mise pour les transgressions, voire afin d'humilier les hommes en les ayant conveincus de leur damnation (Gai. '^, 19). Or pource que telle est la vraye préparation et unique pour venir à Christ, tout ce qu'il dit en divers mots, s'accorde tresbien ensendile. Mais pource qu'il a eu à débattre contre des séducteurs, qui enseignoycnt qu'on se pouvoit justifier, et mériter salut par les œuvres de la Loy, pour abattre leur erreur il a esté quelque fois contraint de prendre la Loy plus estroitement, comme si elle commandoit simplement de bien vivre, ja soit que l'alliance d'adoption ne s'en doyve point séparer, quand on parle de tout ce qu'elle contient.
3. Or il est expédient de voir en bref comment nous sommes rendus tant plus inexcusables, après avoir esté enseignez par la loy morale, pour nous soliciter à demander pardon. Or s'il est vray que la perfection de justice soit monstrée en la Loy, il s'ensuyt pareillement que l'observation entière de la Loy est entière justice devant Dieu, par laquelle l'homme puisse estre réputé juste devant sou Throne céleste. Pourtant Moyse ayant publié la Loy, ne fait point de doute d'appeler en tesmoin le ciel et la terre, qu'il a proposé au peuple d'Israël la vie et la mort, le bien et le mal (Deut. 30, 19). Et ne pouvons contredire, que l'obéissance entière de la Loy ne soit rémunérée de la vie éternelle, comme le Seigneur l'a promis. Toutesfois il nous faut d'autrepart considérer, assavoir si nous accomplissons telle obéissance, de laquelle nous puissions concevoir quelque confiance de salut. Car dequoy sert-il d'entendre qu'en obéissant à la Loy on peut attendre le loyer de la vie éternelle, si quant et quant nous ne cognoissions que par ce moyen nous pouvons parvenir à salut? Or en cest endroit se demonstre l'imbécillité de la Loy: car d'autant que ceste obéissance n'est trouvée en nul de nous, par cela estans exclus des promesses de vie, nous tombons en malédiction éternelle. Je ne dy pas seulement ce qui se fait, mais ce qui est nécessaire qu'il advienne. Car comme ainsi soit que la doctrine