CHAPITRE VII
(le la Lny suniionte do licanconp la faculté dos hoininc'S, nous pouvons liieu de luiu leganlei' les promesses (pii y sont données : mais nous n'en pouvons recevoir aucun finit. Pourtant il ne nous en revient rien, sinon (pio par cela nous voyons d'autant mieux nostre misère : en^ tant que toute espérance de salut nous est ostée, ot la mort révélée. D'autre costé se présentent les horribles menaces (pii > sont mises : les- (piels ne pressent pas aucuns de nous, mais tous <,aMieralement. Elles nous pressent, di-je, et nous poursuy\ent d'une ri;.;ueur inexoraltle, tellement que nous voyons une certaine malédiction en la Loy.
4. Pourtant, si nous ne retrardons que la Loy, nous ne pouxons autre chose (jue perdre du tout courage, estre confus, et nous désespérer : veu ((u'en icelle nous sommes tous maudits et condamnez, et n'y a celuy de nous ipii ne soit forclos de la béatitude promise à ceuv qui l'observent. (Juelcun demandera si Dieu se délecte a nous tromper. Car il semble bien advis que c'est une moquerie, de monstrer (piehiue espérance de félicité à l'homme, l'appeler et exhorter à icelle. prometti'o qu'elle luy est appareillée, et ce])eiidant que l'accez soit fermé. Je respon, ([ue comiiien que les promesses de la Loy, d'autant (luelles sont conditioimelles, ne doyvent point estre accomplies sinon à ceux (pii auront accomply toute justice (ce (jui ne se trouve entre les hommes), toutesfois qu'elles n'ont point esté données en vain, ('ar après ([ue nous avons entendu qu'elles n'ont ])oinl de lieu ny efficace envers nous, sinon que Dieu par sa bonté gratuite nous reçoyve sans aucun esgard de nos œuvres : après aussi (jue nous avons receu jiar foy icelle bonté, la(pielle il nous présente par son Evangile, ces mesmes promesses avec leur condition ne sont point vaincs. Car lors le Seigneur nous d(jnne gratuilemcnt toutes choses, en telle sorte que sa libéralité vient jusques à ce comble, de ne rejetter pas nostre obéissance imparfaite : mais en nous remettant et pardonnant ce (pii y défaut, l'accepter pour bonne et entière, et par conse(pient nous faire recevoir le fruit des promesses légales, connue si leur condition estoit acconqilie. .Mais d'autant que ceste question sera plus pleinement traitée, (piand nous ]iarlerons de la justification de la foy, je ne la veux point maintenant p(jursuyvre plus outre.
5. Ce que nous avons dit, l'observation de la Loy estre impossible, il nous le faut brevement expli(pier et confermer. Car il semlile advis (pie ce soit une sentence fort absurde, tellement que sainct Hieromc n'a point fait doute de la condanmer pour meschante. Touchant de la raison qui l'a meu à ce faire, je ne m'en soucie : il nous doit suffire d'entendre la vérité. Je ne feray point ici grandes distinctions des manières
de itossibilité. J'appelle Impossible, ce qui n'a jamais esté veu, et est ordonné i)ar la sentence de Dieu que jamais ne sera. Quand nous regarderons depuis le commencement du monde, je dy qu'il n'y a eu nul de tous les saincts. Ic(piel estant en ceste prison de corps mortel ait eu une dilection si parfaite, jus(pies a aimer Dieu de tout son C(eur. de toute son anie et de toute sa vertu. Je dy davantage, (ju'il n'y en a eu nul qui n'ait esté entaché de quelque concupiscence. Qui contredira à cela ? Je voybien quels saincts imagine la superstition : c'est assavoir d'une telle pureté (pi'à grand'peine les Anges du ciel soyent semblables : mais cela répugne tant à l'Escriture (ju'à l'expérience. Je dy encore plus, qu'il n'y en aura jamais <pii vienne jus(iu('s à un tel but de perfection, jusques à ce qu'il soit délivré de son corps. Ce ((ui est prouvé de plusieurs evidens tesmoignages de l'Escriture. Salomon disoit en dédiant le Temple, qu'il n'y a honune sur la terre qui ne pèche. David dit que nul des vivans ne sera justifié devant Dieu (1 Rois 8, iG: Ps. 14:{, '2). Ceste sentence est souvent répétée au livTe de Job. Sainct Paul ralferme plus clairement (pie tous les autres: La chair, dit-il, convoite contre l'Esprit, et l'Esprit contre la chair. Et ne prend autre raison pour prouver (jue tous ceux qui sont sous la Loy sont maudits, sinon pource qu'il est escrit que tous ceux qui ne demeureront point en l'obéissance des commandemens, seront maudits (Gai. a, 17 ; 3, 10; Deut. 27. 2(5). En (juoy il signifie, ou plustost met comme une chose résolue que nul n'y peut demeurer. Or tout ce qui est prédit en l'Escriture, il le faut avoir pour éternel, et mesme pour nécessaire. Les Pelagiens molestoyent sainct Augustin de ceste subtilité : c'est qu'on fait injure à Dieu, s'il commande |ilus outre que ce que les fidèles ne peuvent faire par sa grâce. Luy, pour éviter leui' calomnie, confessoit que le Seigneur pourroit bien s'il vouloit exalter un homme mortel en perfection angelique : mais que jamais ne l'avoit fait, et ne le feroit point a l'advenir, pource qu'il a dit du contraire. "'- Je ne contredy point à ceste sentence : mais j'adjouste qu'il n'y a nul profios de disputer de la puissance de Dieu contre sa vérité. Et pourt^mt je dy que ceste sentence ne se peut caviller, si (pielcun dit estre impossible que les choses adviennent, des(|uelles nostre Seigneur a dénoncé qu'elles n'adviendront point. Mais encore si on dispute du mot, Jésus Christ estant interrogué de ses disciples (lui {lourroit estre sauvé : resi)ond que cela est impossible aux liommes, mais à Dieu que toutes choses sont possibles (Mattb. 19, 2o). Sainct Augustin monstre par bonnes raisons, que jamais nous ne rendons en la vie présente l'amour à Dieu que nous luy devons : L'amour,
dit-il. procède tellement de la cognoissance que