CHAPITRE V
Que la puissance de Dieu reluit en la création du monde et au gouvernement continuel.
1. Or pourcc que la souveraine félicité et le but de nostre vie gist en la cognoissance de Dieu, afin que nul n'en fust forclos, non seulement il a engravé ceste semence de religion que uous avons dite en l'esprit des hommes, mais aussi il s'est tellement manifesté à eux en ce bastiment tant beau et exquis du ciel et de la terre, et journellement s'y monstre et présente, qu'ils ne sauroyent ouvrir les yeux qu'ils ne soyent contraints de l'appercevoir. Son essence est incompréhensible, tellement que sa majesté est cachée bien loin de tous nos sens: mais il a imprimé certaines marques de sa gloire en toutes ses œuvres, voire si claires et notables, que toute excuse d'ignorance est ostée aux plus rudes et hebetez du monde. Parcpioy le Prophète s'escrie à bon droict, qu'il est vestu de clarté comme d'accoustrement (Ps. 104, 2) : comme s'il disoit qu'en créant le monde il s'est comme paré, et est sorty en avant avec des ornemens qui le rendent admirable, de quelque costé que nous tournions les yeux. Et au mesme passage il accompare l'estendue des deux à un pavillon royal, disant que Dieu l'a lambrissé d'eaux, que les nuées sont ses chariots, qu'il chevauche sur les ailes des vents, que tant les vents que les éclairs sont ses postes. Et d'autant que la gloire de sa puissance et sagesse reluit plus à plein en haut, souvent le ciel est nommé son palais. Et premièrement de quelque costé
que nous jettions la veue, il n'y a si petite portion où pour le moins quelque estincelle de sa gloire n'apparoisse : mais sur tout nous ne pouvons contempler d'un regard ce bastiment tant artificiel du monde, que nous ne soyons quasi confus d'une lumière infinie. Parquoy à bon droit l'autheur de l'Epistre aux Hebrieux nomme le monde une monstre ou spectacle des choses invisibles (Heb. 11, 3) : d'autant que le bastiment d'iceluy tant bien digéré et ordonné nous sert de miroir pour contempler Dieu, qui autrement est invisible. Pour laquelle raison le Prophète introduit les créatures célestes parlantes, et leur attribue un language cogneu à toutes nations (Ps. 19, 1): pource qu'elles portent un tesmoignage si évident à magnifier Dieu, qu'il faut que les nations les plus lourdes en reçoivent instruction. Ce que S. Paul déclarant plus familièrement dit, que ce qui estoit expédient de cognoistre de Dieu a esté manifesté aux hommes (Rom. 1, 19): d'autant que tous, depuis le premier jusques au dernier, contemplent ce qui est invisible en luy, jusques à sa vertu et divinité éternelle, l'entendant par la création du monde. 2. Il y a des enseignemens infinis tant au ciel qu'en la terre pour nous testifier sa puissance admirable: je ne dy pas seulement des secrets de nature (pii requièrent estude spéciale, et savoir d'Astrologie, de Médecine et de toute la Physique, mais j'enten de ceux qui sont si appa-