‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 153 sur 703 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Et ce à bonne cause : veu qu'il est venu pour donner remode aux transgressions d'icclle. La doctrine donc de la Loy n'est en rien violée par Jésus Christ, qu'elle ne nous dresse à toute bonne œuvre, en nous enseignant, admonnestant, reprenant et chastiant.

15. Touchant ce que sainct Paul dit de la malédiction, cela n'appartient point à rolfice d'instruire : mais' d'estreindre et captiver les consciences. Car la Loy, quanta sa nature, non seulement enseigne, mais requiert estroitement ce qu'elle commande. Si on ne le lait, et niesme si on n'en vient à bout jusqu'au dernier poinct, elle jette incontinent la sentence horrible de malédiction. Par ceste raison l'Apostre dit que tous ceux qui sont sous la Loy sont maudits, d'autant qu'il est escrit. Maudits seront tous ceux qui n'accompliront tout ce qui est commandé (Gai. 3, 10; Deut. 27, 26). Consequemment il dit que tous ceux là sont sous la Loy, qui n'estabUssent point leur justice en la remission des péchez : laquelle nous délivre de la rigueur de la Loy. Il nous faut donc sortir de ses liens si nous ne voulons misérablement périr en captivité. Mais de quels liens ? De ceste rigoureuse exaction, de laquelle elle nous poursuit sans rien remettre, et sans laisser une seule faute impunie. Pour nous racheter de ceste malheureuse condition. Christ a esté fait maudit pour nous : comme il est escrit, Maudit sera celuy qui pendra au bois. Au chapitre suyvant sainct Paul dit que Christ a esté assujetti à la Loy, pour racheter ceux qui estoyenten la servitude d'icelle : mais il adjouste quant et quant, Afin que nous jouissions du privilège d'adoption pour estre enfans de Dieu (Gai. 3, 13; 4, 4; Deut. 21, 23). Qu'est-ce a dire cela? c'est que nous ne fussions point tousjours enserrez en captivité, laquelle tint nos consciences liées en angoisse de mort. Neantmoins cela demeure tousjours, cependant que l'authorité de la Loy n'est en rien enfrainte, que nous ne la devions tousjours recevoir en mesme honneur et révérence.

16. La raison est diverse quand aux cérémonies, lesquelles n'ont point esté abolies quant à leur effect, mais quant à leur usage. Or ce que Jésus Christ les a fait cesser a sa venue, ne derogue rien à. leur saincteté, mais piustost la magnifie et rend plus précieuse. Car comme ce n'eust esté qu'une battelerie anciennement, ou un amuse fol (connue l'on dit) si la vertu de la mort et résurrection de Jésus Christ n'y eust esté monstrée : aussi d'autre costé si elles n'eussent pris fin, on ne sauroit aujourdhuy discerner pourquoy elles ont esté instituées. Suyvant ceste raison sainct Paul voulant monstrer que l'observation d'icelles non seulement est superflue, mais aussi nuisible, dit que c'ont esté ombres, desquelles le corps nous apparoit en Jésus Christ (Coloss. 2, 17). Nous voyons donques qu'en l'abo-

lition d'icelles la vérité nous reluit mieux ques'il y avoit encores un voile tendu, et que Jésus Christ, lequel s'est monstre de près, y fust figuré comme de loin. Et voila pourquoy à la mort de Jésus Christ le voile du temple s'est rompu en deux parties et est tombé bas (Matth. 27, 51),. pource que l'image vive et expresse des bienscélestes estoit manifestée, ayant en soy la perfection de ce que les cérémonies anciennes n'avoyent que les premières traces et obscures, comme en parle l'autheur de l'Epistre aux Hebrieux (Chap. 10, 1). A quoy appartient le dire de Christ, que la Loy et les Prophètes ont esté jusqu'à Jean, et que de là le royaume de Dieu a commencé d'estre annoncé (Luc 16, 16) : non pas que les saincts Pères ayent esté privez et desnuez de la prédication qui contient en soy l'espérance de salut : mais pource qu'ils ont apperccu seulement de loin et en ombrage ce que nous voyons aujourdhuy en pleine clarté. Sainct Jean Baptiste rend la raison pourquoy il a fallu que l'église de Dieu commençast par tels rudimens pour monter plus haut : c'est que la Loy a esté donnée par Moyse, la grâce et vérité a esté faite par Jésus Christ (Jean 1, 17). Car combien que l'anéantissement et pardon des péchez fust promis aux sacrifices anciens, et que le cofl're de l'alliance leur fust un certain gage de la faveur paternelle de Dieu, cela n'estoit qu'un ombre s'il n'eust esté fondé en Jésus Christ, auquel seul on trouve ferme stabilité et permanente. Quoy qu'il en soit, cela nous doit demeurer arresté, combien que les cérémonies de la Loy ayent pris fin pour n'estre plus en usage, que cela est pour mieux faire cognoistre quelle a esté leur utilité jusques à l'advenement de Jésus Christ : lequel en abattant l'observation, a ratifié par sa mort leur vertu et effect.

17. La raison que note sainct Paul a un peu plus de difficulté : Du temps, dit-il, que vous estiez morts en vos péchez, et au prépuce de vostre chair. Dieu vous a vivifiez avec Christ : vous pardonnant toutes vos fautes, elTaçant l'obligé des décrets, qui estoit à rencontre de vous, et vous estoit c.-ntraire, en le fichant à la croix (Coloss. 2, 13. 14), etc. Car il semble advis qu'il veuille estendre plus outre l'abrogation de la Loy, tellement que ses décrets ne nous appartiennent plus de rien : car ceux qui prennent cela simplement de la loy morale, errent : de laquelle neantmoins ils exposent que la sévérité trop rigoureuse a esté abolie, non pas la doctrine. Les autres considerans de plus près les parolles de sainct Paul, voyent bien que cela proprement compete à la loy ceremoniale : et monstrent que sainct Paul a accoustumé d'user de ce mot de Décrets, (juand il en parle. Car aux Ephesiens il dit ainsi : Jésus Christ est nostre paix, lequel nous a conjoints ensemble, abolissant la Loy des ordonnances, laquelle gist

Page 1