CHAPITRE V
rens que les plus rudes et idiots y counoissent assez : eu sorte (Qu'ils ue peuveut ouvrir les ycu\ qu'ils n'eu soyent tesuiuius. Je confesse bien que ceux (jui sont entendus et expers en science, ou les ont aucuiieinont ^oustées, sont aidez par ce moyen, et avancez pour coniprendre de plus près les secrets de Dieu: toutesfois ceux qui ne furent jamais à l'escole, ne sont pas empcschez de voir un tel artifice aux œuvres de Dieu, qu'il les ravisse en admiration de sa majesté. Bien est vray que pour sonder les mouvemens des astres, leur assijiuer leurs sieûfcs, mesurer les distances, noter leurs proprietez, il est besoin d'avoir art et industrie plus exquise qu'on ne trouvera au commun populaire, (juand il sera question de bien comprendre par le menu la providence de Dieu. Mais j)uisque les vulgaires et les plus rudes qui n'ont aydes que de leur veue ne peuvent pas toutesfois ignorer l'excellence de cest ouvrage tant noble de Dieu, laquelle se monstre veuille-on ou non en la variété des estoilles si bien reiglées et distinctes, et toutesfois si grande et quasi innombrable, il est à conclurre qu'il n'y a nul bouune en terre auquel Dieu ne declaire sa sagesse tant que besoin est. Je confesse aussi que ce n'est pas à tous, mais ci un esprit merveilleusement aigu et subtil, de si bien déduire le bastiment, les liaisons, la proportion, la beauté et usage du corps humain avec ses membres, d'une telle dextérité et si haut et profond savoir que fait Galien : * toutesfois par la confession de chacun, le corps humain de son simple reglrd monstre du premier coup un ouvrage tant singulier, (jue l'autheur mérite bien de nous estre en admiration.
3. Pour ceste cause aucuns des Philosophes anciens r>nt à bon droit nommé l'homme un petit monde : pource (jue c'est un chef d'œuvre auquel on contemple quelle est la puissance, bonté et sagesse de Dieu, et lequel contient en soy assez de miracles pour arrester nos esprits, moyennant que nous ne desdaignons pas d'y estre attentifs. Pour ceste raison aussi S. Paul, après avoir remonstré que Dieu se peut en tastonnant sentir des aveugles, adjouste incontinent après, qu'il ne le faut pas chercher loin : pource que chacun sent dedens soy ceste grâce céleste de laquelle nous sommes tous végétez (Act. 17, 27). Or si pour comprendre que c'est de Dieu il ne nous faut point sortir hors de nous mesmes, quel pardon ou excuse mérite la nonchalance de ceux qui pour trouver Dieu ne daignent pas se retirer en eux où il habite ? A ce propos aussi David, après avoir célébré en peu de mois le nom de Dieu et sa majesté qui reluisent par tout, incontinent s'escrie. Qu'est-ce que de l'homme, Seigneur, que tu penses de luy (Ps. 8, o) ? Item, Tu as estably force de la bouche des enfans qui tettent. En quoy non seulement il propose un miroir bien clair de rou\Tage de
Dieu au gouvernement comnum du genre humain, mais il spécifie (juc les enfans pcndans à la manimcllc de leurs mercs ont des langues assez facondes pour prcscher la gloire de Dieu: tellement qu'il n'est j;i besoin d'autres Rhetoriciens. Et voila pnurtpioy il ne doute point do produire les bouches d'iceux à un combat, comme estant assez bien armées et munies pour rcbouter la rage de ceux qui voudroyiuit bien effacer le nom de Dieu par un orgueil diabolique. Et de là vient aussi qu'il allègue d'un Poète payen, que nous sounnes le lignage de Dieu (Act. 17, 28) : d'aut;ail (ju'eu nous parant d'une si grande dignité il s'est déclaré Père envers nous. Dont vient que les autres Poètes, selon que le sens commun et l'expérience leur dictoit, l'ont appelé Père des hommes. Et de faict nul ne s'assubjettira volontiers et de son^bon gré à Dieu pour luy complaire, sinon qu'en goustant son amour paternel il fust mutuellement alléché à l'aimer.
4. Et icy se descou\Te une ingratitude trop vilaine, d'autant que les hommes ayant en eux comme une boutitiue excellente de tant de beaux ouvrages de Dieu, et autre boutique richement pleine et garnie d'une quantité inestimable de tous biens, au lieu de se mettre en avant à louer Dieu s'enflent de tant plus grand orgueil et présomption. Ils sentent comme Dieu besongnc men'oilleusemcnt en eux, et l'expérience leur monstre quelle variété de dons ils possèdent de sa libéralité : ils sont contrains, veuillent-ils ou non, de cognoistre que ce sont autant de signes de sa divinité, lesquels toutesfois ils tiennent cachez dedens eux. Il ne seroit jà besoin qu'ils sortissent dehors moyennant qu'en s'attribuant ce qui leur est donné du ciel ils n'enfouissent en terre ce qui leur reluit clairement pour leur faire voir Dieu. Qui pis est, aujourdhuy la terre soustient plusieurs esprits monstrueux, et comme faits en despit de nature, lesquels sans honte destournent toute la semence de divinité qui est espandue en la nature des hommes, et la tirent à ensevelir le nom de Dieu. Je vous prie combien est détestable ceste forcenerie, que l'homme remonstrant en son corps et en son ame Dieu cent fois, sous couverture de l'excellence qui luy est donnée prenne occasion de nier Dieu? Telles gens ne diront pas que ce soit de cas fortuit qu'ils soyent distinguez des bestes brutes : mais en prétendant un voile de nature, laquelle ils font ouvrière et maistresse de toutes choses, ils mettent Dieu à l'escart. Us voyent un artifice tant exquis que rien plus en tous les nuunbres, depuis leurs yeux et leur face jusques au bout des ongles ; encores en cest endroit ils substituent nature au lieu de Dieu. Sur tout, des mouvemens si agiles qu'on voit en l'ame, des facultez si nobles, des vertus si singulières déclarent ouvertement une divinité,