‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 167 sur 703 · LE TROISIEME COMMANDEMENT · texte numérisé non relu

LE TROISIEME COMMANDEMENT

Tu ne prendras point le nom de l'Eternel ton Dieu en vain.

La fin du précepte est que le Seigneur veut la majesté de son nom nous estre saincte et sacrée. La somme donc sera, qu'icelle ne soit point profanée de nous par mépris ou irrévérence : à la(pielle défense resp(jnd le précepte affiiniatif: d'autre part qu'elle nous soit en recommandation, et honneur singulier. Et pourtiint il faut (pie t^uit de cœur comme de bouche nous soyons instruits à ne penser et ne parler rien de Dieu ou de ses mystères, sinon rcveremment et avec grande sobriété : et qu'en estimant ses œuvres, nous ne conce\ ions rien qui ne soit à son honneur. Il faut diligemment observer ces trois i)oincts : c'est que tout ce que noslre esprit con(;oit de Dieu, ou qu'en parle nostre langue, soit convenable à son evcellence et à la saincteté de son nom, et tende à exalter sa grandeur. Secondement, que nous n'abusions point de sa saincte parolle témérairement et que nous ne renversions point ses mystères pour servir à nostre avarice, ou à andjition, ou à noz folies : mais comme la dignité de son nom est imprimée en sa parolle et ses mystères, que nous les ayons tousjours en honneur et en estime. Finalement, que nous ne mesdisions ne detractiuns de ses a'U\Tes, comme aucuns meschans ont coustume d'en parler par contumelie : mais à tout ce que nous recognoissons fait de luy, que nous donnions la louange de sagesse, justice

et vertu. Voyia que c'est Sanctifier le nom de Dieu. Quand il eu est autrement fait, il est mcscliamment pollué, jiource qu'on le lire hors de son usage légitime, auquel il estoit consacré : et (piand il n'y auroit autre mal, il est amoiudry de sa dignité, et est rendu contenq)tible Or si c'est si mal fait d'usurper trop k-gcrement le nom de Dieu par témérité, ce sera beaucoup plus grand péché, de le tirer en usage du tout meschant, comme de le fciire servir à sorcellerie, nécromancie, conjurations illicites, et telles manières de faire. Toutesfois il est icy i)arlé en siiecial du jurement, duquel l'abus du nom de Dieu est sur toutes choses détestable, ce qui est fait pour nous engendrer un plus grand iKjrreur de toutes autres espèces d'en abuser. Or qu'icy Dieu ait regardé à l'honneur et service que nous luy devons, et à la révérence que son nom mérite, plustost que de nous exhorter à jurer loyalement les uns aux autres pour ne frauder personne : il appert par ce que tiuitost après à la seconde Table, il condanmera les parjures el faux tesmoignages, par lesquels les hommes font tort l'un à l'autre. Et ainsi ce seroit une répétition superflue, s'il estoit icy traitté du devoir de charité. La distinction pareillement requiert cela : car selon qu'il a esté dit, ce n'est pas en vainque Dieu a distribué sa Loyen deux Tables, dont il s'ensuit qu'en ce passage il maintient son droit, et veut que la saincteté de son nom luy soit gardée, comme elle en est digne, et ne monstre pas encores ce que les hommes doyvent les uns aux autres en matière de serment. 23. Premièrement il faut entendre que c'est que Jurement. Jurement est une attestation de Dieu, pour confermer la vérité de nostre parolle. Car les blasphèmes manifestes, qui se font comme pour despiter Dieu, ne .sont pas dignes qu'on les appelle Jmemens. Or il est monstié en plusieurs passages de l'Escriture, que telle attestation, quand elle est deuement faite, est une espèce de glorifier Dieu. Comme quand Isaie dit (jue les Assyriens et Egyptiens seront receuz en l'Eglise de Dieu, Ds parleront, dit-il, la langue de Canaan, et jureront au nom du Seigneur (Is. 19, 18) : c'est à dire, qu'en jurant par le nom du Seigneur il declaireront qu'ils le tiennent pour leur Dieu. Item, quand il parle conunent le royaume de Dieu sera nuiltiplié. Quiconque, dit-il, demandera prospérité, il la demandera en Dieu: et quiconque jurera, jurera par le vray Dieu (Is. 65, 16). Item Jeremie, Si les Docteurs enseignent mon peuple de jurer en mon nom, comme ils l'ont enseigné de jurer par Baal,je les feray prospérer en ma maison (Jer. 12, 16). Et est à bon droit qu'en invoquant le nom de Dieu en tesmoigriage, il est dit que nous testifions nostre religion envers luy. Car en telle sorte nous le confessons estre la vérité éternelle

et immuable, veu que nous l'appelions mjn seuls

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