‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 18 sur 703 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

laqiiollo no snnlTro pus riiscMiioiit d'ostre miso sous lu picil, sinon qnv les l'^piciiiicns prinssent occasion de s'cslcver comme des geans ou Imnnnes sauva^^es, pour l'aire tant et plus hardiment la guerre a Dieu, conune s'ils estoyent exemptez de toute subjection. Comment donques? faudra-il (jue pour gouverner un ver de cinq ))ieds, la sagesse du ciel desploye ses tliresors : et tout le monde sera privé d'un tel privilège? De dire selon Aristote, comme ils l'nnt, (pie l'ame est douée d'organes ou instrunieas (piirespondent a cliacuiie |)artie: laal s'en faut que cela doive obscurcir la gloire de Dieu, que plustost il l'esclarcit. Que les Epicuriens me respondcnt, veu (pi'ils imaginent (lue tout se fait selon que les petites fanfreluches, <iui volent en l'air semblables à menue poussière, se rencontrent à l'aventure, s'il y a une telle recontre pour cuyre en l'estomac la viande et le breuvage, et les digérer partie en sang, partie en superfluitez : et mesme qm donne telle industrie à chacun mendjre pour faire son office, conune s'il y avoit trois ou quatre cens âmes pour gouverner un seul corps.

5. Mais je laisse pour cesto heure ces pourceaux en leurs estahleries : je m'adresse à ces esprits volages, les(iuels volontiers tireroyent par façon obli(pie ce dicton d'Aristote, tant pour abolir l'immortalité des âmes, ((ue pour ravir à Dieu son droict. Car sous ombre que les vertus de l'ame sont instrumentales pour s'appliquer d'un accord av(>c les parties extérieures, ces rustres l'attachent au corps comme si elle ne pouvoit, subsister sans iceluy : et en magnifiant nature tant qu'il leur est possible ils tachent d'amortir le nom de Dieu. Or il s'en faut beaucoup que les vertus de l'ame soyent encloses en ce qui est pour servir au corps. Je vous prie quelle correspondance y a-il des sens corjiorels avec ceste ai)pi'ehension si haute et si noble, de savoir mesurer le ciel, mettre les estoilles en conte et en nondjre, déterminer de la grandeur de chacune, cognoistre quelle distance il y a de l'une à l'autre, combien chacune est hastive ou tardive à faire son cours, de combien de degrez elles déclinent çà ou Là? Je confesse que l'astrologie est utile à ceste vie caduque, et que par ce moyen quelque fruict et usage de ceste étude de l'ame revient au corps : seulement je veux nionstrer que l'ame a ses vertus a part, ([ui ne sont point liées k telle mesure qu'on les puisse appeler organiiiues ou instrumentales au regard du corps, comme on acouple deux bœufs ou deux chevaux à traîner une charrue. J'ay produit un cxemi)le duquel il sera aisé aux lecteurs de recueillir le reste. Certes une telle agilité, et si diverse que nous voyons en l'ame k circuir le ciel et la terre, conjoindre les choses passées avec celles qui sont à venir, avoir tousjours mémoire de ce qu'elle aura ouy de long temps,

inesmes se figurer ce que bon luy semble, est une certaine mar(pie de divinité en l'homme. Autant en est-il de la dextérité de savoir inventer choses incroyables : comme de fait on la peut appeler Mère de merveilles, en ce qu'elle a [troduit tous ars. Qui plus est, qu'est-ce qu'en dormant non seulenu^nt elle se tourne et vire (;a et là, mais aussi conçoit beaucoup de choses bonnes et utiles, entre en raison probable de beaucoup de choses, voire jusques à deviner ce qui est <'i advenir? Qu'est-il licite de dire, sinon (pic les signes d'immortalité que Dieu a imprimez en l'homme ne se peuvent cITacer ? Maintenant nulle raison pourra-elle souffrir que l'homme soit divin, pour mescognoistre son créateur? Que sera-ce à dire, que nous qui ne sonnnes que fange et ordure, estans douez du jugement qui nous est engravé discernions entre le bien et le mal, et qu'il n'y ait nul juge assis au ciel? Nous demourera-il quelque résidu d'intelligence, mesmes en dormant, et il n'y aura nul Dieu qui veille pour gouverner le monde ? Serons nous louez et prisez comme inventeurs de tant de choses précieuses et désirables, et le Dieu qui nous a le tout inspiré sera fraudé de sa louange? Car on voit à l'œil que ce que nous avons nous est distribué d'ailleurs, à l'un plus, à l'autre moins. Quant <à ce qu'aucuns babillent, qu'il y a une inspiration secrète tenant le monde en sa vigueur, et ne passent point plus outre pour magnifier Dieu, ce n'est pas seulement une fantaisie froide et sans goust, mais du tout profane. Le dir^ d'un Poète payen leur plaist, assavoir qu'il y a un esprit qui nourrit et fomente le ciel et la terre, les champs, le globe de la lune et toutes les estoilles : ^ et que cest esprit estant espandu en toutes parties pousse de son mouvement la masse, et se mesle par tout le grand corps : et que de là vient la vie des hommes, des bestes, des oiseaux et poissons, et qu'en toutes choses y a une propriété de feu et origine céleste. Voire, mais c'est pour revenir à un poinct diabolique, assavoir que le inonde, qui a esté créé pour spectacle de la gloire de Dieu, soit luy mesme son créateur. Car voila comment s'expose ailleurs Vergile, duiiuel j'ay recité les mots, voire suyvant l'opinion receue communément entre les Grecs et Latins : c'est que les abeilles ont quelque portion d'esprit divin, et ont puisé du ciel quelque vertu : " d'autant que Dieu s'espand par tous traits de terre et de mer comme par le ciel. De là les bestes tant privées que sauvages, les hommes et toutes choses tirent (juelques petites portions de vie, puis elles les rendent, et se résolvent à leur principe : et ainsi qu'il n'y a nulle mort, mais que le tout vole au ciel avec les estoilles. Voila que profite pour engendrer et nourrir une droite pieté en noz cœurs, ceste spéculation maigre et fade de l'esprit universel

Page 1