LIVRE II
est certain que nostre bon Père n'a pas moins voulu pourvoir à nostro nécessité, qu'à celle des Juifs. Mais que ne nous assemblons-nous tous les jours, dira quelcun, pour oster ceste dillVrence. Je le desireroye bien : et de fait, la sagesse spirituelle de Dieu seroit bien digne d'avoir quebiue heure au jour, qui lu y fust destinée. Mais si cela ne se peut obtenir de l'intirmité de plusieurs qu'on s'assemble journellement, et la charité ne permet point de les contreindre plus outre : pouniuoy ne suyvons nous la raison laiiuelle nous a esté monstrée de Dieu ?
33. Il nous faut eslre un peu plus longs en cest endroit, pource (ju'aucuns entendemens legiers se tompestent aujourdhuy à cause du Dimanche. Car ils se pleignent que le peuple Chrestien est entretenu en un Judaïsme, veu qu'il retient encore quelque observation des jours. A cela je rcspon que sans Judaïsme nous observons le Dimanche, veu qu'il y a grande diiîerence entre nous et les Juifs : car nous ne l'observons point d'une religion estroite, comme d'une cérémonie en laquelle nous pensions estre comprjns un mystère spirituel : mais nous en usons comme d'un remède nécessaire pour garder Ijon ordre en l'Eglise. Mais sainct Paul, disent-ils, nie que les Chrestiens doyvent estre jugez en l'observation des jours, veu que c'est un ombre des choses futures : et pour ceste cause craind d'avoir tra\ aillé en vain entre les Galatiens, d'autant qu'ils observoyent encore les jours. Et aux Romains il afferme que c'est superstition, si quelcun discerne entre jour et jour (Col. 2, 16; Gai. 4, 10. 11 ; Rom. 14, o)? Mais qui est l'homme d'entendement rassis qui ne voye bien de quelle observation parle rAi)0stre ? Car ils ne regardoyent point a ceste tin ([ue nous disons, d'observer la police et ordre en l'Eglise : mais entretenant les testes comme ombres des choses spirituelles, ils obscurcissoyent d'autant la gloire de Christetlaclairté de l'Evangile : ils ne s'abstenoyent point d'œuvres manuelles, pource qu'elles les empeschassent de vaquer à méditer la paroUe de Dieu : mais par une folle dévotion, d'autant qu'ils imaginoyent en se rej)osant faire service à Dieu. C'est donc contre ceste perverse discrétion de jours que crie sainct Paul et non pas contre l'ordonnance légitime qui est mise pour entretenir la paix en la compagnie des Chrestiens. Car les Eglises qu'il avoit édifiées, gardoyent le Saljbath en cest usage : ce qu'il monstre en assignant ce jour-là aux Corinthiens pour apporter leurs aumosnes en l'Eglise (1 Cor. 10, 2). Si nous craignons la superstition, elle estoit plus à craindre aux testes Judaïques qu'elle n'est maintenant au Dimanche. Car comme il estoit expédient pour abattre la superstition, on a délaissé le jour observé des Juifs : et comme il estoit nécessaire pour garder ordre,
police et paix en l'Eglise, on en a mis un autre au lieu.
34. Combien que les Anciens n'ont point choisi le jour du Dimanche pour le substituer auSabbath, sans quekjue considération. Car puis que la fin et accomplissement de ce vray repos, (pii estoit figuré par l'ancien Saljbath, est accompli en la résurrection de nostre Seigneur, les Chrestiens sont admonnestez par ce mesme jour (lui a apporté fln aux ondjres, de ne s'arrester point à la cérémonie qui n'estoit qu'ombre. Je ne m'arreste point au nombre Septième, pour assujettir l'Eglise en (pielque servitude : car je ne condamneroye point les Eglises qui auroyent d'autres jours solennels pour s'assembler, moyennant (ju'il n'y ait nulle superstition : comme il n'y en a nulle quand on regarde seulement à entretenir la discipline et bon ordre. Que la somme donc du précepte soit telle : comme la vérité estoit demonstrée aux Juifs sous figure, ainsi sans figure elle nous est declairée : c'est que nous méditions en toute nostre vie un perpétuel repos de nos œuvres, à ce que Dieu besoigne en nous par son Esprit. Secondement que nous appli(iuions chacun son esprit, tant qu'il sera possible, à penser aux œuvres de Dieu pour le magnifier, et (jue nous observions l'ordre légitime de l'Eglise à ouyr la Parolle, cele- Itrer les Sacremens, et faire les prières solenneUes. Tiercement, que nous ne grevions point par trop ceux qui sont en nostre sujettion. -"^ Ainsi seront renversez les mensonges des faux docteurs, (pii ont abreuvé au temps passé le povre iiopulaire d'opinion Judai(iue, ne discernant entre le Dimanche et le Sabbath autrement, sinon que le septième jour estoit abrogué qu'on gardoit pour lors, mais qu'il en falloit neantnioins garder un. Or cela n'est autre chose à dire, qu'avoir changé le joiu" en despit des Juifs, et neantmoins demeurer en la superstition que sainct Paul condamne : c'est, d'avoir quelque signification secrette, ainsi qu'elle estoit sous le vieil Testament. Et de fait nous voyons ce qu'a profité leur doctrine : car ceux qui la suyvent. surmontent les Juifs en opinion charnelle du Sabbath, tellement que les reprehensions que nous avons en Isaie leur conviemlroyent mieux qu'à ceux ({ue le Prophète reprenoit de son temps (Is. 1, 13: 58, 13). Au reste, nous avons à retenir principalement la doctrine générale : c'est qu'à fin que la religion ne dechée ou se refroidisse entre nous, nous soyons diligens de fréquenter les sainctes assemblées, et appli- (piions en usage toutes les aides qui sont profitables à nourrir le service de Dieu.