‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 173 sur 703 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

laquelle le Seigneur ton Dieu te donnera.

La fin est. iKiurcoquo Dieu veut (|ue ronlie i •lu'il a constitué soit entretenu, (ju'ii nuus faut observer les degrez de prééminence comme il les a mis. Pourtant la souune sera, que nous portions révérence a ceux que le Seigneur nous a ordonnez pour supérieurs : et que nous leur rendions honneur et obéissance, avec recogn(»issanre du bien (pi'ils nous ont fait. De cela s'ensuit la défense, cpie nous ne deioguions à leur dignité, ne par contemnement, ne par contumace, ne par ingratitude. Car le nom d"Honnem' s'estend ainsi amplement en lEscriture : runune quand lAposlre dit (jue les Prestres qui président bien, sont dignes de double honneur (l Tim. o. 17): non seulement il parle de la révérence qui leur est deue, mais aussi de la renmneration que mérite leur labeur. Or pource que ce commandement lequel nous assujettit à nos supérieurs, est fort contraire a la perversité de nostre nature, la(|uelle comme elle crevé d'ambition et orgueil, ne se soumet pas volontiers : à ceste cause la supériorité latiuelle estoit la moins odieuse et plus amiable de toutes, nous a esté proposée pour exenqjle : pource qu'elle pouvoit mieux flcschir et aniolir nos conirs à se soumettre en obéissance. Panjuoy le Seigneur, petit a petit par la sujettion qui est la plus douce et la plus facile à porter, nous accouslume à toutes sujettions, pource qu'il y a une mesme raison en toutes. Car (juand il d(jnne prééminence il quelcun, entant que mestier est pour la conserver il luy communique son nom. Les tiltres de Père, de Dieu et de Seigneur lui sont tellement propres, ([ue quand il en est fait mention, il faut (jue nostre cceur soit touché de la recognoissance de sa majesté. Pourtant (piand il en fait les honunes participans, il leur donne comme quelque estincelle de sa clarté, afin de les annoblir et les rendre honnorables selon leur degré. Parquoy en celuy qui est nommé Père, il faut recognoistre quelque honneur divin, veu qu'il ne porte point le filtre de Dieu sans cause. I*areillement celuy qui est prince ou Seigneur, conuiiuni(iue aucunement a llionneur de Dieu. 36. Parquoy il ne faut douter que le Seigneur ne constitue ici une reigle universelle : c'est que selon q je nous recognoissons un chacun nous estre ordonné de luy pour supérieur, que nous luy portions honneur, révérence et amour : et ([ue nous luy facions les services qu'il nous sera possible. Et ne faut point regarder si nos supérieurs sont dignes de cest honneur ou non : car quels (pi'ils soyent, ils ne sont point venus sans la volonté de Dieu en ce degré, a cause duquel nostre Seigneur nous commande les honnorer. Toutesfois nommément il nous commande de

révérer noz parens qui nous ont engendrez en ceste vie, ce (|ue nature mesme nous doit enseigner. Car tous ceux qui violent l'authorité paternelle, ou par mespris, ou par rébellion, sont monstres et non ]>as liommes. Pourtant nostre Seigneur couunamle de mettre a mort tous ceux qui sont desobeissans à père et à mère: et ce à bonne cause. Car puis qu'ils ne recognoissent point ceux par le moyen desquels ils sont venus en ceste vie, ils sont certes indignes de vivre. Or il ajipert par plusieurs pas.sages de la Loy ce que nous avons dit estre vray: assavoir que l'honneur dont il est ici parlé a trois jiarties : Ueverence, Obéissance et amour procédant de la recognoissance des bien-faits. La première est commandée de Dieu, (juand il' connnande de mettre a mort celuy iiui aura detracté de père et de mère : car en cela il punit tout contemnement et mespris. La seconde, en ce ([u'il a ordonné que l'enfant rebelle et désobéissant fust aussi mis à mort, La troisième est approuvée en ce que dit .lesus Christ au io. de sainct Matthieu, que c'est du commandement de Dieu, de servir et bien faire a nos parens (Ex. âl, 17; Lev, 20, 9; Prov, '20, 20; Deut. 21, 18;Matth, 15, 4). foutes fois et quantes que sainct Paul fait mention de ce précepte, il nous exhorte à obéissance: ce qui appartient à la seconde partie,

.37, La promesse est (juant et quant adjoustée pour plus grande recommandation, afin de nous adrnonnester combien ceste sujettion est agréable a Dieu: car sainct Paul nous incite par cest aiguillon, (luand il dit ([ue ce précepte est le premier avec promesse (Col, 3, 20 : Ephes, 6, 1. 2): car la promesse que nous avons eu cy dessus en la première Table, n'estoit pas spéciale à un précepte seulement, mais s'estendoit à toute la Loy, Quant est de l'intelligence de ceste-cy. elle est telle : c'est que le Seigneur parloiî proprement aux Israélites, de la terre qu'il leur avoit promise en héritage. Si donc la possession de ceste terre estoit une arre de la lionté de Dieu et sa largesse, il ne nous faut esmerveiller s'il leur a voulu testifier sa grâce en leur promettant longue vie par hwiuelle ils pouvoyent plus longuement jouyr de son bénéfice. C'est donc comme s'il disoit, Honnore père et mère, afin qu'en vivant longuement tu puisses jouyr plus long temps de la terre laquelle te sera pour tesmoignage de ma grâce. Au reste, pource ([ue toute la terre est bénite aux fidèles, à bon droit nous mettons la vie présente entre les bénédictions de Dieu. Parquoy, entant que la longue vie nous est argument de la benevolence de Dieu sur nous, ceste promesse aussi nous appartient : car la longue vie ne nous est point promise, comme elle n'a point esté promise aux juifs, pource qu'elle contient en soy béatitude : mais pource que c'est aux justes une enseigne

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