‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 19 sur 703 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

qui entretioiU lo monde en son esUit. Co qui appert encore mieux par un autre vilain Poète nommé Lucrèce, iecpiel alihaye comme un chien pour anéantir toute reli^'ion : deiiuysant comme par raisons philosophiques ses blasphèmes lie ce principe. Bref le tout revient la, de forger quelque di\inite ondtrai^^euse, aliu de chasser bien loin le vray Dieu, qui doit estre adoré et servy de nous. Je confesse bien sainement que Dieu est nature, moyennant (ju'on le dise en révérence et d'un cœur pur : mais pourre que c'est une locution dure et imjjrojjre, veu que plustost nature est un ordre estal)ly de Dieu, c'est une chose mauvaise et pernicieuse en choses si grandes, et où on doit procéder en toute sobriété, d'envelojjer la majesté de Dieu avec le cours inférieur île ses amvres.

6. Qu'il nous souvienne donques, toutes fois et quantes que chacun considère son estât, qu'il V a un seul Dieu qui tiouverne tellement toutes natures, ([u'il veut iiue nous regardions à luy, que nostre foy s'y adresse, que nous le servions et invoquions, veu qu'il n'y a rien plus confus ne desraisonnable, ijue de jouir des grâces si précieuses qui monstrent en nous quelque divinité, et mespriser l'autbeur dmiuel nous les tenons. Quant à la vertu de Dieu, combien a-elle de tesmoignages qui nous devroyent ravir à la considérer? Car ce n'est point chose cachée ou obscure, quelle vertu est reiiuisc à soustenir ceste machine et masse infinie du ciel et de la terre : (juel empire c'est, en disant le mol, de faire treudjler le ciel et esclatter de tonnerres, brusler ce que bon luy semble de foudres, allumer l'air d'esclairs, le troubler de diverses sortes de tenipestes, le rendre clair et paisible en une minut^^, de tenir comme pendus en l'air les grans flots de la mer, voir toute la mesme qui menace toute la terre d'abysmer, (juand il luy plaist l'esmouvoir d'impétuosité de vens pour confondre tout : et puis soudain ayant abattu tels troubles, la rendre calme. A quoy se rapportent les louanges de la puissance de Dieu, tirées des enseignements de nature : sur tout aux livres de Job et d'Esaic, les(|uelles je ne deduy pas à présent, pource qu'elles trouveront ci après lieu plus opportun, ipiand je traiteray de la création du monde, selon l'Escriture. Seulement j'ay Voulu icy toucher, qu'il y a une voye commune aux payens et aux domestiiiues de l'Eglise pour chercher Dieu : assavoir s'ils suyvent les traces lesquelles haut et bas nous sont comme pourtraits de son image. Or sa puissance nous doit conduire à cognoistre son éternité : veu (|u'il faut que celuy duquel toutes choses prennent origine soit éternel, et n'ait commencement que de soy. Au reste, si on s'enquiert de la cause qui l'a esmeu à créer toutes choses du commencement, et qui l'induit à conserver toute chose en son estât, on ne

trouvera que sa seule bonté : laquelle seule quand tout le reste que nous avons dit ne viiMidroit point en conte, devroit bien suffire pour nous attirer en son amour, veu qu'il n'y a nulle créature, comme dit le Pro])hete, sur huiuelle sa miséricorde ne s'espande (Ps. 14o, 9).

7. En la seconde espèce des œuvres de Dieu, assavoir de tout ce que nous voyons avenir outre le cours ordinaire de nature, il nous produit des argumens de sa vertu aussi clairs et evidens que ceux des{juels nous avons parlé. Car en gouvernant le genre humain il ordonne et modère tellement sa providence, qu'en se monstrant libéral t^uit et plus par les biens infinis qu'il eslargit à tous, toutesfois il ne laisse pas de faire sentir en ses jugements tant sa clémence envers les bons ijue sa sévérité envers les iniques et reprouvez. Car les vengeances qu'il exécute sur les forfaits ne sont i)oint obscures, comme il se monstre assez clairement protecteur des bonnes causes et droites, en faisant prospérer les bons par ses bénédictions, secourant à leurs nécessitez, donnant allégement à leurs fascheries et tristesses, les relevant de leurs calamitez, et pourvoyant en tout et par tout à leur salut. Quant à ce que souvent il permet que les meschans s'esgayent pour un temps et se gaudissent de ce qu'ils n'endurent nul mal : à l'opposite que les bons et innocens sont aftligez, mesnies foulez et opprimez par l'audace et cruauté des malins, cela ne doit point obscurcir envers nous la reigle perpetueUe de sa justice : plustot ceste raison nous doit venir au devant, (pi'entant qu'il nous monstre une punition manifeste sur quelques forfaits, c'est signe qu'il les hait tous : entant qu'il en laisse beaucoup d'impunis, c'est signe qu'il y aura un jugement dernier auquel ils sont reservez. Pareillement quelle matière nous donne-il de considérer sa miséricorde, quand il ne laisse point de confinucr sa libéralité si long temps envers les pécheurs, queliiues misérables qu'ils soyent, jusques à ce qu'ayant rompu leur perversité par sa douceur il les ramcine à soy comme un père ses enfans, voire par dessus toute bonté paterneUe ?

8. C'est à ceste fin que le Prophète raconte comment Dieu subvient soudain et d'une façon admirable et contre tout e.spoir à ceux qui sont désespérez pour les retirer de peniition (Ps. 107, 9): soit quand ils vaguent escartez {)ar les forests et desers, il les préserve des bestes sauvages et les rameine au chemin, soit qu'il face rencontrer pasture aux povres affamez, soit qu'il délivre les captifs qui estoyent enserrez de chaînes en fosses profondes, soit qu'il rameine au port et à sauveté ceux qui ont esté comme engloutis en la mer, soit qu'il guérisse ceux qui estoyent à demy trépassez, soit qu'il brusle les régions de chaleurs et seicheresses,

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