CHAPITRE VIII
d'autruy. Toutcsfois nous pourrons soudrc ceste question, en considorant quelle différence il y a entre Conseil et (^incupiscenee : car nous appelions Conseil, un propos délibéré de la volonté quand le cœur de l'iiounne est veincu et suliju|,'é par la tentation : Coneupiseenee peut estre sans telle délibération ou ronsenlenient. quand le cœur est seulement chatouillé et jiicpié de commettre quel(|ue mesdianceté. Parcjuoy oomiue cy dessus le Seigneur a vt)ulu (pie les volontez. entreprises et œuvres de Ihomme fussent modérées selon la reigle de charité : ainsi maintenant il veut que les pensées de l'entendement y soyent aussi rapportées, à ce qu'il n'y en ait nulle qui incite au contraire. Comme auparavant il a defeniiu que le cunir ne fust induit a ire, hayne, paillardise, rapine, mensonge : ainsi à présent il défend qu'il n'y soit provoqvié ou esmeu.
o(). Et n'est pas sans cause qu'il requiert une si grande droiture. Car qui est-ce qui niera que ce ne soit raison que toutes les vertus de l'ame soyent appli(|uées à charité ? Et si aucune en est destournée, qui est-ce qui niera qu'elle ne soit vicieuse ? Or dont vient cela que (piehiue cupidité dommageuse à ton prochain entre en ton entendement, sinon d'autant qu'en ne tenant conte des autres tu cherches seulement ton profit ? Car si tout ton cœur estoit occupé de charité, nulle telle imagination n'y auroit entrée. Il faut donc dire qu'il est vuide de charité, entant qu'il reçoit telles concupiscences. Quelcun objectera, qu'il n'est pas toutesfois convenable que les fantasies (|ui voltigent au cerveau, et après s'esvanouissent, soyent condamnées pour concupiscences lesquelles ont leur siège dedans le cœur. Je respon (lu'il est ici question des fantasies lesquelles non seulement passent au travers du cerveau, mais aussi poignent le cœur de concupiscence : veu que jamais nous ne concevons en la pensée quelque désir ou souhait, que le cœur n'en soit touché ou endambé. Xostre Seigneur donc commande une merveilleuse ardeur de charité, laquelle il ne veut estre empeschéc de la moindre concupiscence du monde. Il requiert un cœur merveilleusement bien reiglé, lequel il ne veu* estre aucunement pitpié d'un seul aiguillon contre la Loy de charité. Sainct Augustin m'a fait ouverture à entendre ce précepte, afin (ju'il ne semble a (luelcun que je soye seul en mon opinion. Or combien que l'intention de Dieu ait esté de deft-ndre toute mauvaise cupidité, neantmoins il a nos pour exemple les objects qui ont accoustumé le plus souvent de nous attirer et décevoir : en quoy faisant il ne permet rien à la cupidité de l'homme quand il la retire des choses esquelles elle est f)rincipalement enclinée. Nous avons maintenant la seconde table de la Loy, laquelle nous admonneste amplement I
de ce que nous devons aux hommes pour l'amour de Dieu, sur lecjuel est fondée la charité. Panpioy on auroit beau incuhjuer les choses qui sont en.seignées en ceste seconde Table, sinon que telle doctrine fust premièrement appuyée sur la crainte et révérence de Dieu, comme sur son fondement. Ceux qui partissent ce commandement en deux, deschirent ce que Dieu avoit uni. comme tous Lecteurs de sain jugement le pourront voir, encore que je m'en taise. Et ne doit challoir (|ue ce verbe. Tu ne convoiteras [loint. est réitéré jiour la seconde fois : car Dieu après avoir nommé la maison, raconte les parties d'icelle, commençant à la femme : dont il appert qu'il y a une liaison comme de choses conjointes, et pourtant qu'il faut lire tout d'une traitte, comme les Ilebrieux n'ont point mal advisé. Dieu donc commande en somme, que non seulement on s'abstienne de frauder et mal faire, et qu'on laisse à chacun ce qu'il possède sauf et entier, mais aussi qu'on ne soit touché de nulle convoitise qui solicite les cœurs à porter nuisance a auti'uy.
oi. Il ne sera pas maintenant difficile à juger quel est le but de la Loy, assavoir une justice parfaite, à ce que la vie de l'homme soit conformée à la i)ureté de Dieu, comme à un patron. Car nostre Seigneur a tellement dépeint sa nature en la Loy, que si quelcun accomplissoit ce qui y est commandé, il representeroit en sa vie l'image de Dieu. Pourtant Moyse voulant sommairement réduire en mémoire au peuple d'Israël ses commandemens : Et qu'estce Israël, disoit-il, que te commande ton Dieu, sinon que tu le craignes et chemines en ses voyes ? que tu l'aimes, et que tu le serves de tout ton cœur, en toute ton ame, et gardes ses commandemens (Deut.lO, 12)? Et ne cessoit de leur repeter cela, toutes fois et quantes qu'il vouloit remonstrer la fin de la Loy. Voila d(jnc à quoy regarde la doctrine de la Loy : c'est de conjoindre l'homme par sainctcté de vie à son Dieu, et comme Moyse dit en un autre lieu, le faire adhérer avec luy. Or raccomi)lissement de ceste saincteté gist en ces deux articles : que nous aimions le Seigneur Dieu de tout nostre cœur, de toute nostre ame, et de toutes nos forces : en après, nostre prochain comme nousmesme (Deut. 6, o : H, 13; Matth. 22, 37). Le premier donc est, que nostre am.e soit entièrement remplie de la charité de Dieu : de la après s'ensuyvra la dilection de nostre prochain. C'est ce qu'entend l'Apostro quand il dit (pie la fin des commandemens est charité, de conscience pure et foy non feinte (1 Tim.l,o).Nous voyons comment la bonne conscience et la foy, c'est à dire en un mot. la pieté et crainte de Dieu, est mise au dessus comme au chef : et de là après est déduite la charité. Ce seroit donc folie de penser que la Loy n'enseignast sinon