‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 184 sur 703 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

quelques petits rudimens de justice, pour introduire seulement les hommes a un commencement, et non pas pour les conduire en parfaite voye, veu que nous ne saurions désirer une plus grande perfection, que celle qui est comprise en la sentence de Moyse, et celle de sainct Paul. Car où voudra tendre celuy qui ne sera point content de l'instruction, par hujuelle riionnne est dressé et formé a la crainte de Dieu, au service spirituel de sa majesté, à l'obéissance des commandemens, à la droiture de Dieu et de sa voye ? linalement a pureté de conscience, syncerité de foy et dilection? Par laquelle raison est confermée l'exposition que nous avons mise, en réduisant aux commandemens de la Loy tout ce qui est re(|uis a pieté et charité, car ceux qui s'arrestent à je ne say quels elemens, comme si elle n'enseignoit qu'à (lemy la volonté de Dieu, ne tiennent point ])ien la fin d'icelle, comme dit l'Apostre.

32. Toutesfois pource que Christ et ses Apostres aucune fois en recitant la somme de la Loy. ne font nulle mention de la première Table, il faut que nous touchions un mot de cela, h cause que plusieurs s'y abusent, referans les parolles à toute la Loy, lesquelles sont dites de la moitié. Christ en sainct Matthieu dit (jue le princii)al de la Loy gist en miséricorde, jugement et foy (Matth. 23, 23). Par ce mot de Foy, il n'y a doute qu'il ne signifie Vérité, contraire à feintise et tromperie : neantmoins pour estendre ceste sentence à la Loy universelle, aucuns prennent le mot de Foy pour religion, ce (jui est frivole : car Christ parle là des œuvres par lesquelles l'homme doit faire apparoistre sa justice. Si nous observons ceste raison, il ne nous sera point de merveille pour(iuoy en un autre lieu, estant interrogué quels sont les commandemens qu'il faut observer en la vie éternelle, il respond (jue ce sont ceux (|ui s'ensuyvent. Tu ne luei'as point, Tu ne paillarderas point. Tu ne desrobberas point. Tu ne diras point faux tesmoignage, Tubonnereraspercetmere. Tu aimeras ton prochain comme toy-mesme (Matth. 19, 18j: car l'observation de la première Table cstoit située ou en l'alTection intérieure du cœur, ou en cérémonies. L'affection du ca'ur n'apparoissoit point : les hypocrites observoyeut les cérémonies plus diligemment que tous autres. Ce sont donc les œuvres de charité qui rendent plus certain tesmoignage de la justice. Or cela est si fréquent en tous les Prophètes, que celuy qui est moyennement exercé en leur doctrine le doit tenir pour familier ; car quand ils exhortent les pécheurs à repentance, en laissant à part la première Table, et n'en faisant nulle mention, ils insistent sur la droiture, loyauté, compassion et équité. Or en ce faisant ils n'oublient pas la crainte de Dieu : mais plustost par les signes qu'ils mettent, ils requièrent une vive approba-

tion d'icelle. C'est bien une chose notoire qu'en traitant de l'observation de la Loy, ils s'arrestent à la seconde Table, pource qu'en icelle on cognoist beaucoup mieux quelle affection chacun a de su\Tre intégrité. Et n'est ja besoin d'amasser ici les passages lesquels se présentent assez d'eux-mesnies par tout.

53. Mais quelcun demandera s'il y a plus grande importance pour obtenirjustice, de vivre bien et loyaument entre les hommes, que de craindre Dieu et l'honnorer par pieté. A cela je resjion que non : mais pource que nul ne peut facilement garder charité du tout, que premièrement il ne craigne Dieu, les œuvres de charité font approbation mesme de la pieté de l'homme. Davantage, comme ainsi soit que Dieu ne puisse recevoir aucun bien-fait de nous (comme il dit par son Prophète) (Ps. 16, 2) il ne requiert point que nous nous employons à luy faire du bien : mais il nous exerce en bonnes œuvres envers nostre prochain. Parquoy ce n'est point sans cause que sainct Paul constitue toute la perfection du lîdele en charité (Ephes. 3, 19: Col. 3, 14). Et en un autre passage il l'appelle l'accomplissement de la Loy, disant que celuy qui aime son prochain a accomply la Loy : puis après dit qu'elle est entièrement comprinse sous ce mot. Tu aimeras ton prochain comme toymesme: car il n'enseigne rien davantage que ce que dit le Seigneur en ceste sentence. Tout ce (jue vous voulez que vous facent les hommes, faites leur : car en cela gist la Loy et les Proplietes (Rom. 13, 8: Gai. o, 14 ; Matth. 7, 12). Il est certain que tant la Loy que les Prophètes donnent le premier lieu à la foy et à la révérence du nom de Dieu, puis après recommandent la dilection envers le prochain : mais le Seigneur entend que là il nous est seulement commandé d'observer droiture et eiiuité envers les hommes pour testilier la crainte qu'on luy doit, si elle est en nous.

54. Arrestons nous donc à ce poinct, que lors nostre vie sera bien ordonnée à la volonté de Dieu et au commandement de la Loy, si elle est profitable en toute manière à nos frères : au contraire, en toute la Loy on ne lit point une seule syllabe qui donne reigie à l'honune de ce qu'il doyve faire ou laisser pour son profit. Et certes puis que les hommes de leur naturel sont trop plus enclins à s'aimer qu'il ne seroit de mestier, il ne falloit ja leur donner commandement pour les enflamber à cest amotu, qui de soy-mesme excedoit mesure. Dont il est évident ([ue non point l'amour de nous-mesmes, mais de Dieu et de nostre prochain, est l'observation des commandemens, et pourtant que cestuy-là vit tresbien, qui le moins qu'il luy est possijjle vit à soy-mesme : d'autrepart, que nul ne vit plus desordonnément, que celuy qui vit à soy, et ne pense qu'à son profit. *^ Mesme le Sei-

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