LIVRE I
soit qu'il donne huniidité sorrotp pour rendre fertile ce (lui estoit sec, soit ([u'il eslevc en dignité les plus méprisez du popul.aire, soit qu'il nbate et renvei'se les liautains. Puis ayant |)roposé tels exemples, conclud (pie les cas l'urtuits (que nous appelions) sont autant de tesmoigna^'cs de la providence céleste, et sur tout d'une douceur paternelle de Dieu: et (pie de là les fidèles ont occasion de s'esjouir, et que la bouche est fermée à tous pervers; mais d'autant que la plus ])art des lionmies estant al»r(Mivi'e en ses erreurs ne voit goutte en un si beau théâtre, le Prophète en la fin s'cscrie que c'est une prudence bien rare et sinj^uliere, de considérer comme il appartient telles œuvres de Dieu, veu que ceux qui sendjlent estre les plus ai^us et habiles, en les regardant n'y profitent rien. Et de fait, quoy que la gloire de Dieu reluise tant et plus, a grand'peine s'en trouve-il de cent l'un qui en soit vray spectateur. Nous pouvons aussi bien dire de sa jjuissance et sagesse, (ju'elles ne sont non i)lus cachées en ténèbres: car toutes fois et quanles que la fierté des pervers, laquelle selon l'opinion des hommes estoit invincible, est rabatuc en un moment, et leur arrogance domtée: quand toutes leurs forteresses sont démolies et rasées, leurs armes et munitions brisées ou anéanties, leurs forces cassées, tout ce qu'ils machinent renversé, bref, quand ils se précipitent de leur propre furie et impétuosité, et que leur audace qui s'eslevoit sur les cieux est abysmée au centre de la terre: à l'opposite toutes fois et quantes que les povres et comtemptibles sont eslcvez de la pouldre, les mesprisez sont retirez de la fange (Ps. 113, 7), les affligez et oppressez sont eslargis de leurs angoisses, ceux qui estoyent comme perdus sont remis au dessus, les povres gens despourveus d'armes et qui ne sont point aguerris et qui sont en petit nombre, davantage foibles et de nulle entreprinse, sont neantmoins vainqueurs de leurs ennemis qui les viennent assaillir en grand équipage, en grand nombi'e et avec grand'forcc: je vous prie, ne devons nous point Là considérer une puissance autre qu'iaimaine, et qui sort du ciel pour estre cogneue icy bas ? De la sagesse de Dieu, elle se magnifie assez clairement en dispensant si bien et reiglement toutes choses, en confondant toutes les subtilitez du monde, en surprenant les plus fins en leurs ruses (1 Cor. 3, 19), finalement en ordonnant toutes choses par la meilleure raison qu'il est possible de penser.
9. Nous voyons qu'il n'est ja besoin d'user de longues disputes, et amener beaucoup d'argumens pour monstrer quels tesmoygnages Dieu a mis par tout pour esclaircir et' maintenir sa majesté. Car de ce bref récit, par lequel j'en ay seulement donné quelque goust, il appert de quelque costé qu'on se tourne, qu'ils viennent
promptement au devant, et nous rencontrent, en sorte (pie nous les pouvons marquer de veue et monstrer au doigt. Derechef nous avons icy à noter (pie nous sonnnes conviez à une cognoissance de Dieu, non pas telle que plusieurs imaginent, assavoir qui voltige seulement au cerveau en spéculant, mais laquelle ait une droite fermeté et ])roduise son fruict, voire quand elle est dcuement comprinse de nous et enracinée au cœur, (^ar Dieu nous est manifesté par ses vertus, desquelles (piand nous sentons la force et vigueur en nous, et jouyssons des biens qui en proviennent, c'est bien raison que nous soyons touchez beaucoup plus au vif d'une telle appréhension, qu'en imaginant un Dieu eslongné de nous, et lequel ne se fist point sentir par elîect. Dont aussi nous avons à recueillir que la droite voye de chercher Dieu, et le meilleur ordre que nous puissions tenir est, non pas de nous fourrer avec une curiosité trop hardie à esplucher sa majesté, laquelle nous devons plutost adorer que sonder trop curieusement: mais de le contempler en ses œuvres, par lesquelles il se rend prochain et familier à nous, et par manière de dire se communique. A quoy sainct Paul a regardé, en disant qu'il n'est ja mestier de le chercher loing, veu que par sa vertu toute notoire il habite en chacun de nous (Act. 17, 27). Parquoy David ayant confessé que la gramleur de Dieu ne se peut raconter, estant venu à en parler dit qu'il la racontera (Ps. 145). C'est l'enqueste qu'il convenoit faire pour cognoistre Dieu, laquelle tienne noz esprits en admiration, de telle sorte qu'elle les touche vivement au dedens. Et comme S. Augustin advertist quelque part, Pource que nous le pouvons comprendre, defaillans sous sa grandeur, nous avons à regarder à ses œuvres pour estre recréez de sa bonté. "
iO. Il y a aussi que telle cognoissance non seulement nous doit inciter au service de Dieu, mais aussi esveiller et eslever à l'espérance de la vie advenir. Car puis que nous cognoissons que les enseignemens que Dieu nous donne tant de sa bonté que de sa vigueur, ne sont qu'à demy et en partie, nous avons à noter pour certain (lue par ce moyen il commence et s'apprcste à besongner plus à plein : et ainsi qu'il reserve la pleine manifestation en l'autre vie. D'autrepart, voyant que les bons sont outragez et opprimez par les moscbans, ils sont foulez par leurs injures, grevez de calomnies, deschirez de moipieries et opprobres : et ce pendant que les iniques llorissent, prospèrent, sont en crédit et à leur aise avec repos et sans fascherie, nous avons incontinent à conclure qu'il y viendra une autre vie en laquelle quand l'iniquité aura sa punition, la justice aura son salaire. Davantage quant nous voyons à l'œil que les fidèles sont le plus souvent chastiez des