‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 191 sur 703 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

d'enhaut. C'est aussi en ce sens qu'il a esté nonuué par Jésus Clirist, Une lampe anianle et luisante (Jean S, 35) : pource que la pleine clarté du jour n'estoit point encores venue. Toutesfois cela n'enipesclie qu'il ne soit nombre et tenu entre les prescheurs de l'Evangile : comme

de fait il a usé du mesme Baptesme locjuel depuis a esté commis aux Apostres. Mais ce qu'il a commencé n'a pas esté accomply jusqu'à ce que le Fils de Dieu estant lové en la majesté de son empire, a donné un cours plus libre, et plus grand avancement à ses Apostres.

De la similitude du vieil et nouveau Testament.

1. Il peut desja estre notoire par ce que nous avons déduit, que tous ceux que Dieu a voulu adopter dés le commencement du monde en la compagnie de son peuple, ont esté par mesme raison alliez avec luy, estans conjoints d'un mesme lien de doctrine que celle que nous avons : mais pource qu'il est bien requis que cest article soit confermé, j'adjousteray comme par forme d'accessoire, comment c'est que les Pères ont esté participans d'un mesme héritage avec nous, et ont espéré un salut comnum par la grâce d'un mesme Médiateur : et toutesfois qu'en telle société leur condition a esté diverse. Or combien que les tesmoignages que nous avons cueillis de la Loy et des Prophètes suffisent à prouver qu'il n'y a jamais eu au peuple de Dieu autre reiglc de pieté et de religion que celle que nous tenons, toutesfois pource que souvent il est parlé aux Docteurs anciens de la diversité du vieil et du nouveau Testament d'une façon rude et aspre, et qui pourroit engendrer scrupule à ceux qui ne sont pas trop aigus, il m'a semblé advis bon de faire un traitté particulier pour mieux discuter ceste matière. Davantage, ce qui autrement estoit tresutile, nous est nécessaire à cause de l'importunité tant de ce monstre Servet, que d'aucuns Anabaptistes, lesquels n'ont autre estime du peuple d'Israël que comme d'un troupeau de porceaux : veu qu'ils pensent que nostre Seigneur l'ait voulu seulement engraisser en terre comme en une auge, sans espérance aucune de l'immortalité céleste. Pourtant afin de retirer tous fidèles de cest erreur pestilent, pareillement de délivrer les simples personnes de toutes difficultez lesquelles viennent en l'entendement, quand il est fait mention de quelque diversité entre le vieil et nouveau Testament, regardons brièvement que c'est qu'ont de semblable ou divers, l'aUiance que le Seigneur a laite devant l'advenement de Christ avec le peuple d'Israël, et celle qu'il a faite avec nous après l'avoir manifesté en chair.

2. Or l'un et l'autre se peuvent despescher en un mot : c'est que l'alliance faite avec les Pères

anciens, en sa substance et vérité est si semblable à la nostre, qu'on la peut dire une mesme avec icelle. Seulement elle diffère en l'ordre d'estre dispensée. Mais pource que d'une telle brièveté nul ne pourroit concevoir certaine intelligence, il faut poursuyvre cela plus amplement si nous voulons profiter quel([ue chose. En expliquant la similitude, ou plustost l'unité d'icelles, il seroit superflu de traiter derechef au long toutes les parties que nous avons desja depeschées : et de mesler ce qu'il faudra déduire ailleurs, il ne viendroit pas à propos. Il nous faudra donc icy arrester en trois articles. Premièrement, que le Seigneur n'a point proposé aux Juifs une félicité ou opulence terrienne, comme un but auquel ils deussent aspirer : mais qu'il les a adoptez en espérance d'inmiortalité, et leur a révélé et testiflé ceste adoption, tant par visions qu'en sa Loy et en ses Prophètes. Secondement, que l'alliance par laquelle ils ont esté conjoints avec Dieu n'a pas esté fondée sur leurs mérites, mais sur la seule miséricorde d'iceluy. Tiercement, qu'ils ont eu et cognu Christ pour Médiateur, par lequel ils estoyent conjoints à Dieu, et estoyent faits participans de ses promesses. Le second, pource qu'il n'a pas encore esté assez esclairci, sera plus amplement demonstré en sou lieu. Car nous prouverons par beaucoup de certains tesmoignages des Prophètes que tout ce que le Seigneur a fait ou promis jamais de bien h son peuple, est provenu de sa pure bonté et clémence. Le troisième, nous l'avons aussi demonstré çà et là assez facilement : mesmes nous avons aucunement touché le premier en passant.

3. Mais pource que cestuy-cy appartient de plus près à la cause présente et qu'il y en a plus de débat et de controversics, il nous faut mettre plus grande diligence à l'expliquer : neantmoins il nous y faut arrester en telle sorte, que s'il y a quelque chose qui défaille encores à la droite exposition des autres, nous le depescliions Ijrievement selon que l'opportunité le portera. L'Apostre certes nous oste toute doute des trois, quand il dit que le Seigneur avoit

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