CHAPITRE X
Ions temps auparavant promis TEvangilo de Jésus Christ par les Proplietes en ses sainctes Escritures, lequel il a publié maintenant au temps qu'il avoit déterminé. Item, que la justice de Foy, laquelle est enseignée en l'Evangile, a esté teslifiée en la Loy et par les Prophètes (Rom. 1, "2; :$, -M). Certes, l'Evangile ne retient point les cœurs des hommes en une joye de la vie présente, mais les esleve à l'espérance d'inunorlalilé : et ne les attache point aux délices terriennes, mais demonstranl l'espérance laquelle leur est préparée au ciel, les transporte en haut. Car à cela nous mené la detinition qu'il en met en un autre lieu: Depuis, dit-il, que vous avez creu à l'Evangile, vous avez esté maniuez du sainct Esprit, leciucl est arre de nostre héritage, etc. Item, >«ous avons entendu de vostre foy en Christ, et de vostre charité envers les fidèles, à cause de l'espérance que vous avez au ciel, laciuolle vous a esté annoncée par la doctrine de l'Evangile. Item, le Seigneur nous a appeliez par son Evangile en participation de la gloire de nostre Seigneur .îcsus Christ (Ephes. 1, 13; Col. 1,4; 2 Thess. 1 li). De la vient aussi qu'il est appelle Doctrine de salut, Puissance de Dieu pour sauver tous croyans, et Royaume des cieux (Eplies. i, 13:Rom. 1, 16). ()r,si ladoctrine de l'Evangile est spirituelle, et nous donne entrée en la vie incorruptihle, ne pensons pas que ceux ausquels l'Evangile a esté promis et presché, se soyent anmsez comme liestes brutes à prendre leurs voluptez coi-porelles, ne se soucians de leurs âmes (Luc 9, 62). Et ne faut point que quelcun caville icy que les promesses lesquelles Dieu avoit anciennement données de l'Evangile par ses Prophètes, ont esté destinées au peuple du nouveau Testament. Car l'Apostre, un peu ap''es avoir mis ceste sentence, (jue l'Evangile a esté promis en la Loy, adjouste pareillement, que tout ce que la Loy contient s'adresse proprement à ceux qui sont sous la Loy (Rom. 3, 19). Je confesse bien que c'est à autre propos : mais il n'estoit pas tant oublieux, qu'en disant que tout ce que la Loy enseigne appartient aux Juifs, il ne pensast à ce (}u'il avoil dit auparavant, touchant de l'Evangile promis en la Loy. Il demonstre donc clairement en ce passage, (pie le vieil Testament regardoit principalement la vie future : vcu qu'il dit que les promesses de l'Evangile y sont comprinses.
4. Par une mcsme raison il s'ensuit qu'il consistoit en la miséricorde gratuite de Dieu, et avoit sa fermeté en Christ. Car la prédication p]vangelique ne chante autre chose, sinon que les povres pécheurs sont jusiilluz par la clémence paternelle de Dieu, sans l'avoir mérité. Et toute la sonune d'icclle est cora|)rinse en Jésus Christ. Qui osera donc priver les Juifs de Christ, aus(piels nous oyons l'alliance de l'Evangile avoir esté faite, de laquelle le fonde-
ment unique est Christ ? Qui est-ce qui les ose- . ra estranger de l'espérance de salut gratuit, veu que nous oyons que la doclriue de foy leur a esté administrée, laquelle nous ajjporte justice gratuite? Et aliii de ne faire long débat 'l'une chose trop claire, nous avons pour cela une sentence notable du Seigneur Jésus: Abraham, dit-il, a esté csmeu d'un grand désir de voir mon jour : il l'a veu, et s'en est resjouy (Jean 8, o6). Ce (jui est la dit d'Abraham, l'Aixistre monstre avoir esté universel en tout le peuple fidèle, quand il dit que Christ a esté hier et aujourdhuy et sera éternellement (llebr. 13, H). Ciiv il ne parle pas seulement de la divinité éternelle de Christ, mais de la cognoissance de sa vertu : laquelle a esté tousjours manifestée aux fidèles. Pourtant la vierge xMarie et Zacharie en leurs Cantitiiu's, appellent le salut qui est révélé en Christ, un acconq)lissenient des [)romesses, les- (|uelles Dieu avoit faites à Abraham et aux Patriarches (Luc 1, ,%. oo. 72. 73). Si Dieu en manifestant son Christ s'est acijuité de son serment ancien, on ne peut dire que la fin du vieil Testament n'ait esté en Christ, et en la vie éternelle.
5. Davantage, l'Apostre non seulement fait lepeuple d'Israël pareil et égal à nous en la grâce de l'alliance, mais aussi en la signification des Sacremens. Car voulant espovanter les Coi'inthiens par leur exemple, à ce (lu'ils ne touillassent en niesmes crimes que Dieu avoit grièvement puniz en iceux, il use de ceste préface: (jue nous n'avons point aucune prérogative ou dignité, laquelle nous puisse délivrer de la vengeance de Dieu, qui est venue sur eux (1 Cor. 10, 1. 6. 11). Qu'ainsi soit, non seulement nostre Seigneur leur a fait les mesmes bénéfices qu'il nous fait, mais aussi a illustré sa grâce entre eux par mesmes signes et Sacremens : comme s'il disoit, 11 vous semble que vous estes hors de danger, pource (jue le Baptesme dont vous avez esté marquez et la Cène du Seigneur ont des promesses singulières : cependant, en mesprisant la bonté de Dieu, vous vivez dissolument : mais il vous f;xut penser que les Juifs n'ont pas esté despourveus des mesmes Sacremens, contre les(piels le Seigneur n'a pas laissé pour cela d'exercer la rigueur de son jugement. Ils ont esté baptisez au passage de la mer rouge, et en la nuée qui les defendoit de l'ardeur du soleil. Ceux qui répugnent a ceste doctrine, disent ([uc (;'a esté Baptesme charnel, correspondant au nostre spirituel selon (pielque similitude : mais si cela leur est conceilé, l'argument de l'Apostre ne procédera point, lequel a voulu oster aux Chrestiens ceste vaine fiance, de penser (pi'ils fussent plus excellens que les Juifs, a cause du Baptesme. Et mesme ce qui s'ensuit incontinent après, ne se peut nullement caviller: c'est qu'ils ont mangé la mesme viande