‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 193 sur 703 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

spirituelle, et beu le mesme breuvage spirituel «pli nous est donné : exposant que c'est Jésus Christ.

6. Mais ils objectent encore pourabhatre l'au- Ihorité de sainct Paul, le dict de Clirist, Yoz pères ont mangé la manne au désert, et sont morts : quiconque mangera ma chair, ne mourra point éternellement (Jean 6, 40 — SI). Mais l'un s'accorde facilement avec l'autre. Le Seigneur Jésus, pource qu'il addressoit sa parolle à des auditeurs qui cherchoyent seulement de repaistre leurs ventres, ne se soucians gueresdela vraye nourriture des âmes, accommode aucunement son oraison à leur cai)acité : cl principalement il fait ceste comparaison de la manne avec son corps selon leur sens. Ils retiueroycnl que pour avoir authorité, il approuvast sa vertu par ([uelque miracle tel que Moyse avoit fait au désert, quand il avoit faitplouvoir du ciel la manne. Or en la manne ils n'apprehendoyent rien, sinon un remède pour subvenir à leur indigence corporelle, de laquelle le peuple estoit pressé au désert. Ils ne montoyent point si haut, que de considérer le mystère que touche sainct Paul. Christ donc, pour demonstrer combien ils devoyent attendre un plus grand et excellent bénéfice de soy, que celuy qu'ils pensoyent leurs pères avoir receu de Moyse, fait ceste comparaison : Si c'a esté un si digne miracle, à vostre opinion, que le Seigneur a envoyé à son peuple de la viande céleste par la main de Moyse, à ce qu'il ne perist point de faim, mais fnst sustenté pour quelque temps : de cela cognoissez combien plus pretieuse est la viande laquelle apporte immortalité. Nous voyons pouriiuoy c'est (jue le Seigneur a laissé derrière ce qui estoit le principal en la manne, en prenant seulement la moindre utilité d'icelle : c'est que les Juifs (•omme par reproche luy avoyent olyecté Moyse, lequel avoit secouru le peuple d'Israël en sa nécessité, le repaissant miraculeusement de manne. Il respond qu'il e^t dispensateur d'une grâce bien plus pretieuse : au pri\ de laquelle ce que Moyse avoit fait au peuple d'Israël n'estoit quasi rien, combien qu'ils l'estimassent tant. Sainct Paul considérant que le Seigneur, quand il avoit fait plouvoir la manne du ciel, n'avoit pas seulement voulu envoyer viande corporelle a son peuple, mais luy avoit aussi voulu donner un mystère spirituel, pour figurer la vie éternelle qu'il devoit attendre de Christ, traite cest argument comme il estoit digne d'estre bien expliqué. Pourtant nous pouvons conclurre sans doute, que les mesmes promesses de vie éternelle, qui nous sont aujourdhuy présentées, non seulement ont esté communiciuées aux Juifs, mais aussi leur ont esté scellées et confermées par sacremens vrayement spirituels. Laquelle matière est amplement déduite par sainct Augustin contre Fauste Manichéen.

7. Toutesfois si les lecteurs aiment mieux d'ouyr un récit des tesmoignages de la Loy et des Prophètes, ausquels ils voyent que l'alliance spirituelle dont nous sommes aujourdhuy possesseurs a esté aussi bien commune aux Pères, selon qu'il nous estdeclairé par Christ et ses Apostres, je tascheray de satisfaire à cecy : voire d'autant plus volontiers, afm (|ue les contredisans soyent tant plus conveineus, et ne puissent tergiverser cy après. Je commeneeray par un argument qui sera estimé débile, et quasi ridicule entre les Anabaptistes, mais sera d'assez grande importance envers toutes gens de raison et de jugement. Je pren donc cecy pour résolu, qu'il y a une telle vigueur en la parolle de Dieu, qu'elle suffit à vivifier les âmes de tous ceux qui y participent. Car ce dire de sainct Pierre a tousjours esté \Tay, que c'est une semence incorruptible, laquelle demeure à jamais : comme aussi il le conferme par les mots d'Isaie (1 Pierre 1, 23; Is. 40, 6). Or puisque Dieu a jadis conjoint avec soy les Juifs par ce lien sacré et indissoluble, il n'y a doute qu'il ne les ait séparez et mis à part, pour les faire espérer en la vie éternelle. Car en disant qu'ils ont receu et embrassé la Parolle pour estre unis de plus près avec Dieu : je n'enten pas ceste espèce générale de communiquer avec luy, laquelle s'espand au ciel et en la terre, et en toutes créatures. Car combien qu'il vivifie toutes choses par son inspiration, assavoir chacune selon la propriété de sa nature, toutesfois il ne les délivre de la nécessité de corruption; mais celle dont je parle est spéciale, par laquelle les âmes des fidèles sont illuminées en la cognoissance de Dieu, et aucunement conjointes à luy. Comme ainsi soit donc qu'Abraham, Isaac, Noé, Abel, Adam, et les autres Pères, ayent adhéré à Dieu par une telle illumination de sa parolle, je dy qu'il n'y a nulle doute qu'elle ne leur ait esté une entrée au royaume éternel de Dieu; car c'estoit une vraye particii)ation de Dieu, laquelle ne peut estre sans la grâce de la vie éternelle.

8. Si cela semble advis aucunement obscur, venons au formulaire mesme de l'alliance, lequel non seulement contentera tous esprits paisibles, mais aussi redarguera suffisamment l'ignorance de ceux qui s'efforcent de contredire. Le Seigneiu' a fait tousjours ceste paction avec ses serviteurs : Je vous seray pour Dieu, et vous me serez pour peuple (Lev. 26, 12). Sous ces paroUes les Prophètes mesme exposoyent, vie et salut et la somme de toute béatitude estre comprise. Car ce n'est point sans cause que David souvent prononce le peuple estre bien-heureux, lequel a le Seigneur pour son Dieu : et la gent bien-heureuse, laquelle il a esleue pour son héritage (Ps. 144, 15; 33, 12); ce qui ne s'entend point d'une félicité terrienne : mais pource qu'il racheté de mort, conserve à jamais et entretient

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