CHAPITRE X
beau-pere : qu'il no soit de luy persécuté, et attaint an milieu "In chemin : et i)nurce que Dieu ne permettuil point qu'il luy ailvint pis, il est vexé de beaucoup d'opprobres et contumelies, par celuy duipiel il a\oit bonne matière de se plaindre. 11 enUe incontinent après en une plus grande destresse : car en approchant de son frère, il a autant de morts devant les yeux, qu'on en i)eut attendre d'un cruel ennemy (Gen. '.i-2, 11). U a donc le cœur horriblement tnrinenté, et comme deschiré d'angoisse, cependant qu'il attend sa venue. Quand il le void, il se jette à ses pieds connue demy mort, juscjues à ce qu'il le sent plus doux qu'il n'eust osé espérer (Gen. 33. .3). En la première entrée de son pays il perd sa lenune Hachel en travail d'enlant, la(|uelle il aimoit uniijuement (Gen. 35, 10). xVpres on luy rapporte que l'enfant qu'il avoit eu d'elle, lequel il aimoit par dessus tous, est dévoré de (juelque beste sauvage. De laquelle mort son cà'ur est si amèrement navré, qu'après avoir bien ploré, il refuse toute consolation, et délibère de mourir en ceste tristesse, n'ayant autre jtlaisir que de suyvre son enfant au sepulchre. Davantage, quelle tristesse, fascherie et destresse pensonsnous (|ue ce luy soit, cpiand il voit sa fille ravie et detlorée (Gen. 34, :2) ? Et davantage, que ses fils pour en faire la vengeance, saccagent une ville ? En quoy non seulement ils le rendent odieux à tous les habitans, mais le mettent en danger de mort. L'horrible crime de Rubeu sm'vient après, lequel luy devoit causer merveilleuse angoisse (Gen. 3;), i'i). Car comme ainsi soit qu'une des plus grandes misères que puisse a'soir l'homme, soit que sa femme soit violée : que dirons-nous quant une telle meschanceté est comnuse par son propre fils ? Peu de temps après, sa f?mille est encore contaminée par un autre inceste (Gen. 38, 18): tellement que tant de déshonneurs pouvoyent rompre un cœur le plus ferme et le plus patient du monde. Sur sa dernière vieillesse, voulant subvenir à l'indigence de luy et de sa famille, il envoyé (pierir du blé eu pays estrange par ses enfans. L'un demeure en prison, lequel il pense estre en danger de mort : pour le racheter, il est contraint d'envoyer Benjamin, auquel il prenoit tout son [)iaisir(Gen. 42, 34. 38). Oui penseroit qu'en telle multitude de malheuretez. il ait une seule minute de tenijts, pour respirer à son aise ? C'est ce qu'il tesmoigne à Pharaon, disant (jue les jours de sa vie ont esté cours et misérables (Gen. 47, 9). Celuy (|ui alTerme fl'avoir esté en misères continuelles, ne concède pas d'avoir senty une telle prospérité que Dieu luy avoit promise. Parquoy, ou Jacob estoit ingrat et mescognoissant envers Dieu, ou il protestoit véritablement d'avoir esté niiseralile sur la terre. Si son dire estoit vray, il s'ensuit qu'il n'a pas eu son espérance fichée es choses terriennes.
13. Si tous ces saincts Pères ont attendu de Dieu une vie bien-heureuse (ce qui est indubitable) ils ont certes cognu et attendu une autre béatitude que de la vie terrienne. Ce que l'Apostre demonslre tresbien : Abraham, dit-il, est demeuré en foy en la teire i)romise, connue estrangiere, habitant en cahuettes avec Isaac et Jacob, qui estoyent jiarticipans d'un mesme héritage. Car ils attendoyent une cite l)ien fondée, de ia(iuelle Dieu est le maistre ouvrier. Ils sont tous morts en ceste foy, sans avoir receu les promesses : mais les regardans de loin, et sachans et confessans qu'ils estoyent estrangers sur la terre; en quoy ils signifient qu'ils cherchent un autre pays. Or s'ils eussent esté touchez de désir de leur pays naturel qu'ils avoyent abandonné, ils y pouvoyent retourner : mais ils en esperoyent un meilleur, assavoir au ciel. Pourtant Dieu n'a point iionte de se nonnner leur Dieu, pource (]u'il leur a préparé une habitation (Hebr. 11, 9— 16). Et de fait ils eussent esté plus stupides que troncs de bois, en poursuyvant si constamment les promesses, desquelles ils n'avoyent mdie apparence en la terre, n'eust esté qu'ils attendoyent l'accomplissement ailleurs. Ce n'est ])as sans cause aussi (]ue l'Apostre insiste principalement en cela, qu'ils se sont nommez pèlerins et estrangers en ce monde, comme mesme Moyse recite (Gen. 47, 9). Car s'ils sont estr;mgers en la terre de Canaan, où est la promesse de Dieu, par laquelle ils en sont constituez héritiers ? Cela donc demonstre que ce que Dieu leur avoit promis regardoit plus loin que la terre. Pourtant ils n'ont pas acquis un pied de possession au pays de Canaan, sinon pour leurs sepulchres (Act. 7. o). En quoy ils testifioyent que leur espérance n'estoit pas de jouyr de la promesse, sinon après la mort, (rest aussi la cause iiourciuoy Jacob a tant estimé d'y estre ensevely : tellement qu'il adjura par serment son fils Joseph, d'y faire porter son corps. Ceste mesme raison suyvoit Joseph, commandant que ses cendres y fussent j)ortées, environ trois cens ans après sa mort (Gen. 47, 29. 30; oO, ->5).
14. En somme il apparoist manifestement, qu'en toutes leurs œuvres ils ont tousjours regardé ceste béatitude de la vie future. Car à quel propos Jacob eust-il avec si grande peine et danger appelé la primogeniture, laquelle ne luy apportoit nul bien, et le chassoit hors de la maison de son père, s'il n'eust regardé à une bénédiction plus haute ? F^t mesme il a dedairé avoir eu ceste alTection, quaml il crie en jettant les derniers souspirs : J'attendray ton salut. Seigneur (Gen. 49, 18). Puis qu'il savoit qu'il s'en alloit rendre l'ame : quel salut eust-il attendu, s'il n'eust veu en la mort un commencement de nouveUe vie ? Et qu'est-ce que nous débattons des enfans de Dieu : veu que celuy mesme qui