‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 21 sur 703 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

verges de Dieu, il est plus certain que les ineschans n'osehaiiperoiit point ses tleaiix no son glaive. Et à ce propos il y a un dire notable de sainct Augustin, Si maintenant tout peclio estoit nianifestenient iiuny, on penseroit que rien ne seroit réservé au dernier jugement. * Derechef si Dieu ne punissoit maintenant nul peclié d'une façon exonqilaire, on ne croiroit pas ([u'il y eust nulle providence. Il faut donc(iues confesser qu'en chacune œuvre de Dieu, et sur tout en la masse universelle, ses vertus sont peintes connue en des tableaux, par lesquelles tout le genre humain est convié et allesché à la cognoissancc de ce grand ouvrier, et d'icelle à une pleine et vrayc félicité. Or combien que les vertus de Dieu sont ainsi pourtraites au vif et reluisent en tout le monde, toutesfois lors nous conqirenons à (pioy elles tendent, ipiol en est l'usage, et à (pielle fin il nous les faut rapporter, quand nous descendons en nous et considérons en (|uelle sorte Dieu desploye en nous sa vie, sagesse et vertu, et exerce envers nous sa justice, bonté et clémence. Car combien que David non sans cause se complaigne d'autant qu'ils n'appli(iuent point leur esprit à observer les conseils profonds de Dieu, quand à gouverner le genre humain (Ps. 92, 7) : toutesfois aussi ce qu'il dit ailleurs est vray, que la sagesse de Dieu en cest endroit suraionte les cheveux de nostre teste (Ps. 40, 13) : mais pource que cest argument sera traité cy après plus au long, je le coule pour ceste heure.

11. Or combien que Dieu nous représente avec si grande clarté au miroir de ses œuvres, tant sa majesté que son royaume immortel : toutesfois nous sommes si lourds, que nous demeuron" hebetez, pour ne point faire nostre profit de ces tesmoignages si clairs, tellement qu'ils s'esvanouissent sans fruict. Car quant est de l'édifice du monde tant beau, excellent, et si bien compassé, qui est celuy de nous qui en eslevant les yeux au ciel, ou les pourmenant par toutes les régions de la terre, adresse son cœur pour se souvenir du créateur, et non plustost s'amuse à ce qu'il void, laissant l'autlieur derrière ? Touchant des choses qui adviennent tous les jours outre l'ordre et le cours naturel, le pluspart et quasi tous imaginent (jue c'est la roue de Fortune qui tourne et agite les hommes ça et là ; bref que plustost tout va à l'adventure, qu'il n'est gouverné par la providence de Dieu. Mesme si quelque fois par la conduite de ces choses et adressa, nous sommes atraincz à considérer (jue c'est de Dieu, ce qui advient à tous de nécessité, en la fin après avoir conceu k la volée quelque sentiment de Dieu, incontinent nous retournons à noz resveries, et nous en laissons transporter, corrompans par nostre vanité propre la vérité de Dieu. îsous différons l'un d'avec l'autre en cest article,

que chacun s'amasse quelque erreur particulier : mais en cecy nous sonunes trop paifils. que nous sommes tous apostats en nous révoltant d'un seul Dieu, jiour nous jetter près noz idolateries monstrueuses : duquel vice non seulement les hauts et excellents esprits du comnmn peuple sont entachez mais les plus nobles et aigus y sont aussi bien enveloppez, .le vous prie, quelle sottise et combien lourde a monstre icy toute la secte des Philosophes ? car encores que nous en espargnons la pluspart qui ont badiné par trop, que dirons nous de Platon, lequel ayant plus de sobriété et religion que les autres, s'esvanouit aussi bien en sa figure ronde, faisant sa première Idée d'icelle ? Et que pourroit-il advenir aux autres, vcu (]ne les maistres et conducteurs, lesquels dcvoyent monstror au pcuijlo, se sont abusez si lourdement '? Pareillement (piaml le régime des choses humaines argue si clairement de la providence de Dieu, qu'on ne la sauroit nier : toutesfois les honunes n'y profitent non plus que si on disoit que la Fortune tourne sans fondement, et que les révolutions d'icelle sont confuses : tant est nostre nature encline cà erreurs. Je parle toujours des plus estimez en savoir et vertu, non pas de ces gens deshontez, dont la rage s'est desbordée tant et plus à prophaner la vérité de Dieu. De là est sorti ce bourbier infini d'erreurs, duquel tout le monde a esté rempli et couvert : car l'esprit d'un chacun y est comme un labyrinthe, tellement qu'fi ne se faut esbahir si les nations ont esté distraites en diverses resveries : et non seulement cela, mais si un chacun homme a eu ses dieux propres. Car d'autant cpie la témérité et audace est adjoustée avec l'ignorance et les ténèbres, à grand' peine s'en est jamais trouvé un seul qui ne se forgeast quehpie idole ou phantosme au lieu de Dieu. Certes comme les eaux bouillonnent d'une grosse source et ample, aussi une troupe infinie de dieux est sorUe du cerveau des hommes, selon que chacun s'esgare en trop grande licence, à penser folemcnt de Dieu cecy ou cela. Il n'est jabe.soin de faire icy un rollo ou dénombrement des superstitions os(iuelles le monde a esté enveloppé, veu ([u'aussi il n'y auroit nulle fin. Et combien que je n'en sonne mot, il appert assez par tant d'abus et tromperies quel horrible aveuglement il y a en l'esprit des hommes, .le laisse à parler du populaire (jui est rude et sans savoir : mais combien est vilaine la diversité entre les Philosophes, qui ont vouluoutrepasser les cieux par leur raison et science, selon que chacun a esté doué de haut e.sprit, et avec cela par son estude a esté mieux poli, s'est aussi acquis réputation de bien colorer et farder sa fantaisie ? Mais si on les espluche de près on trouvera que le tout n'est que fard qui s'escoule. Les Stoiques ont pensé avoir trouvé la fève au

Page 1