‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 202 sur 703 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

aux eleus, el les trans^rressions abolies, lesquelles (leinouroyent en raucien ïeslament. Ou bien si quelcun ayme mieux, nous mettrons ceste diffinition, que le vieil Testament a esté la doctrine que Dieu a baillée au peuple Judaïque, enveloppée d'observation de cérémonies, lesquelles n'avoyent point d'efficace ne de fermeté; à ceste cause qu'il a esté tenqiorel, pource (ju'il estoit connue en suspens jusques à ce qu'il fust appuyé sur son accomplissement, et confermé en sa substance : mais que lors il a esté fait nouveau et éternel, quand il a esté consacré et establi au san^- de Cbrist. Pour ia(iuelle cause Christ appelle le calice qu'il donnoit k ses disciples en la Cène, Calice du nouveau Testament (Matth. m, -2H) : pour dénoter que l'alliance de Dieu est scellée en son sang, lors la vérité eu est accomplie : et ainsi est faite alliance nouvelle et éternelle.

5. De là il appert en quel sens sainct Paul dit, (lue les Juifs ont esté conduits à Christ par la doctrine puérile de la Loy, devant f|ue luy fust manifesté en chair (Gai. 3, 24). Il confesse bien qu'ils ont esté sous la charge dun pédagogue (Gai. 4, 1). Car c'estoit une chose bien convenable, que devant que le Soleil de justice fust levé, il n'y eust pas si grande clairté de révélation, ne si claire intelligence. Le Seigncm' donc leur a teUement dispensé la lumière de sa parolle, qu'ils ne la voyoyent encore que de loin et en obscurité. Pourtant sainct Paul voulant noter une telle petitesse il'intelligence, a usé du mot d'Enfance, disant que le Seigneur les a voulu instruire en cest aage-là par cérémonies, comme par rudimens ou elemens conveuans à l'aage puérile, jusques à ce que Christ fust manifeste [)our accroistre la cognoissance des siens, les confermant en telle sorte qu'ils ne fussent plûs en enfance. C'est la distinction que Jésus Christ a mise, en disant que la Loy et les Prophètes ont esté jusques k Jean Baptiste (Matth. 11, 13): que depuis, le royaume de Dieu a esté publié. Qu'est-ce que Moyse et les Prophètes ont enseigné en leur temps ? Ils ont donné quelque goust et saveur de la sagesse qui devoit estre une fois révélée: et l'ont nionstrée de loin: mais quand Jésus Christ peut estre monstre au doigt, le règne de Dieu lors est ouvert ; car en luy sont cachez tous les thresors de sagesse et doctrine (Col. 2, 3), pour monter quasi jusijues au plus haut du ciel.

6. Or à cela ne contrevient point, qu'à grand' peine en trouveroit-on un en l'Eglise Chrestienne qui soit digne d'estre accomparé à Abraham en fermeté de foy. Item, que les Prophètes ont eu une si grande intelligence, qu'elle sufht encores de présent a illuminer le monde. Car nous ne regardons pas icy quelles grâces nostre Seigneur a conférées à d'aucuns, mais quel ordre il a tenu pour lors : lequel apparoist mesme

en la doctrine des Prophètes, combien qu'ils ayent eu un singulier privilège par dessus les auUes. Car leur prédication est obscure, comme de chose lointaine, et est enclose en figures. Davantage (juehjues révélations ([u'ils eussent receues, toutesfois })ource (|u'il leur estoit nécessaire de se submettre à la pédagogie comname de tout le peuple, ils estoyent comprins au nombre des enfans, aussi bien que les autres. Finalement il n'y a jamais eu de ce tempslà si claire intelligence. laqueUe ne sentist aucunement l'obscurité du temps. C'est la cause pourquoy Jésus Christ disoit, Plusieurs Rois et Prophètes ont désiré de voir les choses que vous voyez, et ne les ont point veues : d'ouyr les choses que vous oyez, et ne les ont point Guyes. Et pourtant bien-heureux sont voz yeux de les voir, et voz oreilles de les ouyr (Matth. 13, 17 ; Luc 10, 24). Et de fait, c'estoit" bien raison que la présence de Jésus Christ eust ce privilège d'apporter plus ample intelligence des mystères célestes au monde, qu'il n'y avoit eu auparavant. A quoy tend ce que nous avons allégué cy dessus de la première Epistre de sainct Pierre : c'est qu'il leur a esté notifié que leur labeur estoit principalement utile à nostre temps (1 Pierre 1, 6. 10—12).

7. Venons maintenant à la troisième différence, laquelle est prise de Jeremie, duquel les paroUes sont : Yoicy les jours viendront, dit le Seigneur, que je feray une alliance nouvelle avec la maison d'Israël et de Juda : non pas selon celle que j'ai faite avec voz Pères, au jour que je les prins par la main pour les retirer de la terre d'Egj'pte : car ils l'ont cassée et anéantie, combien qu'ils fussent en ma seigneurie : mais l'alliance que je feray avec la maison d'Israël sera telle : J'escriray ma Loy en leurs entrailles, et l'engraveray en leur cœur, et leur seray propice a remettre leurs offenses. Lors un chacun n'enseignera point son prochain: car tous me cognoislront depuis le plus grand jusques au plus petit (Jer. 31, 31 — 34). De ce passage, sainct Paul a pris occasion de faire la comparaison entre la Loy et l'Evangile, en appellant la Loy. Doctrine literale, prédication de mort et de damnation, escrite en Tables de pierre : l'Evangile, Doctrine spirituelle de vie et de justice, engravée aux cœurs (2 Cor. 3, 6. 7). Davantage, que la Loy doit estre abolie, et que l'Evangile sera tousjours permanent. Veu que l'intention de sainct Paul a esté d'exposer le sens du Prophète, il nous suffira de considérer les parolles de l'un, pour les considérer tous deux : combien qu'ils différent aucunement ensemble. Car l'Apostre parle plus odieusement de la Loy que le Prophète. Ce qu'il fait, non pas regardant simplement la nature d'icelle: mais pource qu'il y avoit d'aucuns brouillons qui par un zèle desordonné qu'ils avoyent aux ceremo-

CHAPITRK XI

nies, s'elTorcnycnt d'obscurcir l;i ci.iirté do l'Evanfrile. il est contraint don disputer selon leur erreur et folle atïection. Il nous faut donc noter cela de particulier en sainct Paul. Quant est de la convenance qu'il a avec JeriMuio, pourco que l'un et l'autre oppnsoit le vieil Tfsi;iniont au nouveau, ils ne considèrent rien tous deux en la Loy. sinon ce qui est du propre d'icelle. Exeniitle : La Loy contient ça et la promesses do la Miisericorde de Dieu : mais pourco qu'elles sont prinses d'ailleurs, elles ne viemient point en conte, quanti il est (piestion de la nature de la Loy: soulemont ils luy attribuent do commander les choses (]ui sont bonnes et justes, défendre toute moscliancoté. promotlre rémunération aux observateurs de justice, menacer les pécheurs de la vengeance de Dieu sans qu'elle puisse changer ou corriger la perversité qui est naturellement en tous hommes.

8. Maintenant exposons membre a membre la companiison que met l'Aposlre : Le vieil Testament, selon son dict. est literal. pourco qu'il a esté publié sous l'efficace du sainct Esprit : Le nouveau est spirituel pource que le Seigneur l'a engravé au cœur dos siens. Pourtant la seconde opposition (|u'il fait, est pour declairer la première : c'est que le vieil Testament est mortel, d'autant (ju'il ne peut sinon envelopper en malédiction tout le genre humain : le nouveau est instrument do vie, pourco qu'on nous délivrant de malédiction, il nous remet en la grâce de Dieu. A une mesme fin tond ce qu'il dit après, que le premier est ministère de damnation: pource qu'il monstre tous les cnfans d'Adam estre coulpables d'ini(iuité : le second est ministère de justice, pource qu'il nous revoie la miséricorde de Dieu, en kuiuelle nous sommes justifiez. Le dernier membre se doit rapporter aux cérémonies : car pource (ju'olles estoyent images des choses absentes, il a fallu (|u'elles se soyent esvanouyesavec letenqis: pource que l'Evangile contient le corps, sa fermeté dure à tousjours. Jeremie appelle bien aussi la Loy rnoralo une alliance infirme et hagile : mais c'est pour autre raison, assavoir pource que par l'ingratitude du peuple elle a esté incontinent rompue et cassée : mais pource (jue cette violation vient d'un vice de dehors, il no se doi' point proprement attribuer à la Loy. Aussi pource que les cérémonies par leur propre iiitirrnité ont esté abroguées a l'advenoment de Christ, elles contiennent en soy la cause de leur abrogation. Or ceste dilTerence (jui est mise de la lettre et de l'esprit, no se doit pas entendre comme si le Seigneur eust anciennement baillé sa Loy aux Juifs sans fruit ny utilité, ne convertissant personne à soy : mais cela est dit par comparaison, pour plus magnifier l'aftluonce de grâce, de laquelle il a pieu au mesme Législateur, comme s'il se fust revestu d'une nouvelle personne, or-

ner la prédication de l'Evangile, pour honnoror le ;o!'no do son Christ. Car si nous leputons la multitude laipiello il a recuoillio ito diverses nations par la prédication de son Evangile, en la rogeneiant par son Espiit. nous trouverons que le nombre de ceux qui ont rocou la doctrine de la Loy en vraye atïection de cœur, estoit si petit au pris, (pi'il n'y a |)oint (U' comparaison: combien (jua la vérité si on regarde le peuple d'L<rael sans considérer l'Eglise Chiostienne, il y a eu lors beaucoup de vrais lidolos.

9. La quatrième diiVoronce dépend et sort de la tierce : car l'Escriluio a[q)olle le vieil Testament, Alliance de servitude, pource qu'il engendre crainte et teirour aux cfouis des hommes : le nouveau, de liberté, pouVco qu'il les couferme en seureté et fiance. En ceste manière parle sainct Paul on l'Epistro aux Romains, en disant. Vous n'avez point rocou derechef l'Esprit de servitude on crainte : mais l'Esprit d'adoption par lequel nous crions Abba, Pore (Koin. 8, lo). C'est aussi ce ((uo veut signifier l'authour de l'epistio aux Hebiioux, (juand il dit que les fidèles ne sontpoint venus maintenant à la montagne visible de Sinai. où on ne voyo (jue feu, tonnerre, tempeste, esclairs : connue le peuple d'Israël n'y voyoit rien qui ne luy causast horreur et estonneinent, en telle sorte que Moyse mesme en estoit espovanté : et ipio Dieu ne parle point à eux d'une voix terrible, comme il faisoil lors : mais qu'ils sont venus en la montagne céleste de Sion, et en .lerusalem cité do Dieu vivant, pour estre en la compagnie des Anges (Hebr. 12, 18 — 22), etc. Ceste sentence, laquelle est brièvement touchée au lieu que nous avons allégué do l'Epistro aux Romains, est plus amplement exposée en l'Epistro aux Galatiens, où sainct Paul fait une allégorie des deux enfans d'Abraham en ceste manière : c'est que Hagar chambrière est figure do la montagne de Sinai, où le peuple d'Israël a receu la Loy : Sara mai.stresse, est figiu'o de Jérusalem, dont procède l'Evangile. Comme la lignée de Hagar est serve et ne peut venir a riieritage : au contraire la lignée de Sara est libre, et doit venir a hériter, ainsi que la Loy ne peut engenilror eu nous que servitude, qu'il n'y a ({ue l'Evangile qui nous régénère en liberté (Gai. 4, 22). La somme revient là, que le vieil Testament a esté pour estonner les consciences et que par le nouveau joye et Uessi- leur est donnée : ([ue le premier a tenu les consciences estraintes et enserrées au joug de servitude, le secoml les délivre et alîranchist on liberté. Si on objecte les Pères de l'ancien Testament, on allegant que puis qu'ils ont eu un mesme Esjirit do loy que nous, il s'ensuyt qu'ils ont esté participans d'une mesme liberté et joye : à cela nous respondons qu'ils n'ont eu ne l'un ne l'autre par le bénéfice de la Lov. mais plusto.st se vovans estre par icelle te-

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