‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 203 sur 703 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

nus capiifs eu scM'vitude et troulilede oonseience, ils out eu leur recours en l'Evani^iie. Dont il ajjpert que e'a esté un fruit particulier du nouveau Testament, qu'ils ont esté exempts de ceste misère. Davantage, nous nierons qu'ils ayent eu si grande liherté ou asseurance, qu'ils n'ayent gousté aucunement la crainte et servitude? que la Loy causoit. Car conihien qu'i's jouissent du privilège (lu'ils avoyent obtenu par l'Evangile, si estoyent-ils sujets communément avec les autres à toutes les ol)servations. charges et liens qui estoyent pour lors. Puis doiic (lu'ainsi est qu'ils estoyent contraints d'observer les cérémonies lesquelles estoyent comme enseignes de la pédagogie, (jue sainct Paul liit estre semblable à servitude, pareillement scedules par lesquelles ils se confessoyent estre coulpables devant Dieu, sans s'accjuitter de leuis dettes : c'est à l)on droit (|u"au pris de nous ils sont dits avoir esté sous le Testament de servitude, ((uand on regarde l'ordre et manière de l'aire que tenoit loi's le Seigneur envers ie peuple d'Israël.

iO. Les trois comparaisons dernières sont de la Loy et de l'Evangile. Parquoy en icelles, sous le nom du vieil Testament il nous faut entendre la Loy, comme par le nouveau Testament est signifié l'Evangile. La première que nous avons mise s'estendoit plus loin : car elle comprenoit en soy aussi bien Testât des Pores anciens qui a esté devant la Loy. Or ce que sainct Augustin nie, que les promesses de ce temps-là soyent comprinses sous l'ancien Testament, ^'- son opinion est en cela bonne. Et n'a voulu autre chose dire, que ce que nous enseignons. Car il regarrtoit à ces sentences que nous avons alléguées de Jeremie et de sainct Paul, ausquelles le vieil Testament est opposé à la doctrine de grâce et de miséricorde. C'est aussi tresbien parlé à luy. quand il adjouste que tous les tideles qui ont este régénérez de Dieu dés le commencement du monde, et ont suyvi sa volonté en foy et en charité, appartiennent au nouveau Testament : et qu'ils ont eu leur espérance fichée, non pas en biens charnels, terriens et temporels : mais spirituels, célestes et éternels. Singulièrement qu'ils ont creu au Médiateur, i)ar le(iuel ils ne doutoyent pas que le sainct Esprit ne leur fust donné pour bien vivre, et qu'ils n'obtinssent pardon toutes fois et quantes fju'ils auroyent peclie. C'est ce (jue j'ay voulu prétendre : assavoir que tous les saincts, lesquels nous lisons en l'Esciiture avoir esté esleus de Dieu depuis le commencement du monde, ont esté particii)ans avec nous des mesmes bénédictions qui nous sont données en salut éternel. Il y a seulement ceste dilTerence entre la division que j'ay mise et celle de sainct Augustin : que j'ay voulu distinguer entre la clairté de l'Evangile, et l'obscurité qui avoit esté auparavant, suyvant ceste sentence

de Christ, où i! dit que la Loy et les Pi'ophetes ont esté jus(ju'a Jean Baptiste et que de la le Royaume de Dieu a commencé à estre presché (Maitli. 11, i:{). Luy s'est contenté de distinguer entre l'intirnuté de la Loy et la fermeté de l'Evangile. Il nous faut aussi noter cela des anciens Pères, qu'ils ont tellement vescu sous l'ancien Testament, qu'ils ne s'y sont point arrestez, mais ont tousjours aspiré au nouveau : et mesme y ont participé en vraye affection de cœur. Car tous ceux qui se contentans des ombres extérieures, n'ont point eslevé leur entendement a Christ, sont condanmez d'aveuglement et de malédiction par l'Apostre. Et de fait, quel aveuglement plus grand pourroit-on imaginer, que d'es|)erer purgation de ses péchez de la mort d'une beste brute f ou chercher le lavement de son ame en l'aspersion corporelle d'eau? que de vouloir appaiser Dieu en cérémonies qui sont de nulle importance, comme s'il s'y delectoit beaucoup? encore que nous nous taisions de beaucoup d'autres choses semblables. Or tous ceux qui sans regarder Christ, s'amusent en observations extérieures de la Loy, tombent en telle absurdité.

M. La cinquième ditference que nous avons dite pouvoir estre adjoustée, gist en ce que jusques à l'advenement de Christ, Dieu avait segregé un peuple, auquel il avoit commis l'alliance de sa grâce. Quand le Dieu tout puissant distribuoit les peuples, dit Moyse, quand il divisoit les enfans d'Adam, son peuple luy est escheu en partage : Jacob a esté son héritage (Deut. '.i'i, S. 9). En un autre lieu il parle ainsi au peuple, Voicy le ciel et la terre, et toutes choses qui y sont contenues appartiennent a ton Dieu. Et neantmoins il s'est conjoint avec tes Pères, et les a aymez, pour eslire leur semence après eux d'entre tous les autres peuples (Deut. 10, 14. 15). Nostre Seigneur donc a fait cest honneur a ce peuple-Là seul, de se donner a cognoistre à luy, comme s'il luy eust plus appartenu que les autres. 11 luy a commis son alliance : il a manifesté la présence de sa divinité au milieu de luy, et l'a exalté en tous autres privilèges. Mais laissons la les autres bénéfices ([u'il luy a faits : contentons-nous donc de celuy dont il est question, c'est qu'en luy communiquant sa parolle, il s'est conjoint à luy pour estre appelle et estimé son Dieu. Cependant il laissoit cheminer toutes les autres nations en vanité et erreur (Act. 14, 16), comme si elles n'avoyent nulle accointance avec luy, et ne leur donnoit point le remède par lequel il leur pouvoit subvenir : assavoir la prédication de sa parolle. Parquoy Israël lors estoit nommé le fils délicat de Dieu : tous les autres estoyent tenus pour estrangiers. Il estoit dit estre cogneu de Dieu, et receu en sa sauve-garde et tutele : les autres estre délaissez en leurs ténèbres. Il estoit dit es-

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